De l’origine du préjugé de couleur en Haïti

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Résumé
L’histoire de la république d’Haïti est marquée par un fort antagonisme entre ceux que l’on appelle les « mulâtres », assimilés aux anciens libres de couleur, et les « noirs », perçus comme les descendants des anciens esclaves. Les récents travaux sur les libres de couleur permettent de mieux connaître les premiers. Ces hommes sont composés de métis, mais aussi d’un nombre important de « nègres libres », des libres de naissance ou des affranchis, souvent propriétaires d’esclaves et de biens immeubles en ville ou à la campagne. Si la minorité des grands planteurs du Sud, du Nord et de l’Ouest souhaite l’assimilation et le blanchiment légal, la majorité des petits et moyens propriétaires, comme nombre d’affranchis, assume leur identité complexe. Ils entretiennent ainsi des relations plus proches avec les esclaves. En outre, en dépit du préjugé de couleur, ils créent, dans les zones où les nègres libres sont les plus riches, des communautés véritables, ouvertes à tous, indépendamment de la couleur et du statut.

Pour l’Européen peu familier des sociétés antillaises traditionnelles, les grifs, les mulâtres, les quarterons, les mestifs, les sacatras et autres quarteronnés de la nomenclature[1]Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et de la partie française de l’isle de Saint-Domingue, 1797-1798, nouvelle édition présentée par B. Maurel et … Continue reading de Moreau de Saint-Méry semblent tous des Noirs, ou des Blancs pour les plus clairs. S’il peut concevoir un éventuel racisme des Blancs par rapport aux Noirs, il ne comprend pas bien les subtiles différences que les Noirs font entre eux. Dans toute l’histoire de la république d’Haïti, la couleur et éventuellement le phénotype des individus sont des critères de différenciation politique, économique et sociale forts. En 1804 cependant, Jean- Jacques Dessalines assimile clairement 2[2]Le texte de la déclaration d’indépendance vise en fait les Français, assimilés aux Blancs. le Blanc à l’ennemi. Dès 1805, la constitution du nouvel Etat précise que « tous les Haïtiens sont frères » 3[3]Article 3 de la constitution de 1805. et qu’il n’y a plus de différences de couleur entre les personnes. Tous les citoyens, même les quelques Allemands ou Polonais ralliés à la cause des révoltés, sont dès lors connus « sous le nom générique de Noirs » 4[4]Article 14 de la constitution de 1805. Il suffit rarement d’une loi pour changer les mentalités. Or, pour David Nicholls 5[5]David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, Colour and National Independence in Haiti, 1979, Cambridge University Press, 1996, 3e édition, Warwick, University Caribbean Studies, Macmillan. et bien d’autres avant lui, les hommes qui créent cette nouvelle nation sont les héritiers d’une société domingoise raciste où les esclaves, majoritairement noirs, sont perçus comme inférieurs aux Blancs et où les libres de couleur, appelés ordinairement « mulâtres », méprisent les Noirs. En outre, après l’indépendance, cet antagonisme initial aurait été renforcé par un clivage régional (le parti noiriste est dominant dans le Nord, tandis que les mulâtres sont particulièrement soutenus par les citadins de l’Ouest et du Sud) et par des différences socio-économiques (les mulâtres sont souvent plus riches et les Noirs plus pauvres ; les uns sont des patrons, les autres des employés). Fondamentalement cependant, selon David Nicholls, cette opposition aurait été aussi entretenue par les leaders noirs dans le but de prendre le pouvoir à l’élite mulâtre. Ils auraient ainsi choisi de diaboliser les « mulâtres », en insistant sur leur passé d’anciens propriétaires d’esclaves et d’alliés naturels des Blancs du fait de leur origine, pour se présenter, à l’inverse, comme les seuls vrais représentants des anciens noirs. Néanmoins, une fois au pouvoir, ils auraient, comme les autres, préservé leurs intérêts de classe. Toute l’histoire politique d’Haïti, au xixe siècle, ne serait donc en fait que la lutte de deux groupes appartenant à la même classe sociale. Le premier serait composé de citadins et de métis, l’autre de militaires noirs, bien implantés dans les campagnes. Différents par la couleur, ce seraient tous néanmoins des possédants. Le bon sens populaire haïtien ne s’y trompe d’ailleurs pas. Un proverbe local affirme « Neg wiche se mulat, mulat pov se neg » 6 [6]Traduction : « le Noir riche est un mulâtre et le pauvre mulâtre un Nègre ».: En Haïti, les idéologues de chacun des camps défendent leurs positions avec passion mais sans égard parfois pour la vérité historique, au point qu’il n’est pas toujours aisé de savoir ce qui s’est vraiment passé. Toutefois, les travaux récents 7[7]John D. Garrigus, Between Servitude and Citizenship Free colored in Pre-revolutionary Saint-Domingue, Ph.D. Johns Hopkins University Press, 1988 ; King Stewart R., The Haitian Middle Class before … Continue reading sur les libres de couleur de Saint-Domingue permettent de mieux comprendre de ce préjugé de couleur en Haïti.

Du préjugé dans la société domingoise : le point de vue des élites blanches

Traditionnellement, les historiens décrivent la société domingoise comme un monde dominé, structuré même, par le mépris des Blancs envers les Noirs, où au nom de ce que l’on appelle le préjugé de couleur, les Blancs accordent un peu plus de considération aux métis, alors que ceux-ci, par ricochet, en accordent moins aux Noirs. On illustre souvent ce propos par quelques considérations de voyageurs métropolitains étonnés, tel, en 1789 Alexandre-Stanislas de Wimpfen : « Partout ailleurs, l’espèce humaine se divise en deux classes » 8.[8]Alexandre-Stanislas de Wimpfen, Haïti au XVIIIe siècle, richesse et esclavage dans une colonie française, édition présentée et annotée par P. Pluchon, Karthala, 1993, p. 75. (…) « C’est ici la couleur de la peau qui, dans toutes les nuances du blanc au noir, tient lieu de distinctions du rang, du mérite, de la naissance des honneurs, et même de la fortune ; de sorte qu’un Nègre, dût-il prouver sa descendance directe du roi nègre qui vint adorer Jésus-Christ dans la crèche ; dût-il joindre au génie d’une intelligence céleste, tout l’orque renferment les entrailles de la terre, ne sera jamais aux yeux du plus chétif, du plus pauvre, du plus sot, du dernier des Blancs, que le dernier des hommes, un vil esclave, un Noir » 9[9]Alexandre-Stanislas de Wimpfen, Haïti au XVIIIe siècle, …, op. cit., p. 76-77. Au-delà du fait que les voyageurs métropolitains ne sont pas toujours les plus à même de une société antillaise éminemment complexe, il ne faudrait pas oublier que cette hiérarchisation n’a pas toujours existé et qu’au départ elle n’était en rien légale.

Au xvne siècle, le Code noir ne mentionne aucun argument pigmentaire ou racial pour justifier l’esclavage. De manière symptomatique, les articles LVII et LIX du code accordent aux anciens esclaves l’égalité des droits avec les autres sujets du roi, marquant ainsi une totale indifférence à une éventuelle « macule servile » ou pigmentaire. Si l’usage favorise des métis, la loi ne distingue que les affranchis et les libres de naissance. L’article LVIII du Code noir oblige les premiers à marquer un
certain respect à leurs anciens maîtres, alors qu’il n’en était rien pour les seconds. En cas de recel, les juges peuvent aller jusqu’à retirer la liberté des affranchis, ce qui est tout à fait impossible pour un libre de naissance.
Jusqu’au milieu du xvme siècle, les libres de couleur de Saint-Domingue bénéficient des mêmes droits que les Blancs. Certains deviennent procureurs du roi 10[10]Jacques de Cauna en signale un exemple au Cap-Français en 1706 dans J de Cauna, L’Eldorado des Aquitains, Gascons, Basques et Béarnais aux îles d’Amérique, XVIIe-XVIIIe siècles, … Continue reading, d’autres votent aux assemblées paroissiales ou occupent, jusqu’à la fin du xvme siècle, des fonctions officielles 11[11]Gabriel Debien signale l’existence d’un greffier de couleur à Jérémie. « De quelques documents inédits concernant Saint-Domingue (17851793) », Conjonction, n° 118, juillet 1972.

La situation ne se radicalise qu’à partir de la guerre de Sept Ans. A Saint-Domingue, le déséquilibre démographique toujours plus grand entre Blancs et les Noirs 12[12]Entre 1771 et 1789, le rapport blancs/esclaves passe de 1 pour 12 à 1 pour 15. cf. G1509 folio 30-38. semble alors rendre possible et efficace une éventuelle révolte. La reconnaissance officielle de l’existence autonome des Nègres de la Montagne bleue à la Jamaïque dès 1739, ou celle des Saramakas, des Djukas et des Bonis du Surinam entre 1749 et 1772 montre trop bien qu’il existe une alternative à la domination des Blancs. Alors que la colonie de Saint-Domingue frémit encore du souvenir de Macandal, le ministère des Colonies accepte d’officialiser le principe de l’infériorité des Noirs. Les instructions des administrateurs des années 1770 assènent « [la] couleur [des esclaves] est vouée à la servitude », « rien ne peut rendre [l’esclave] égal à son maître » 13[13]A.N., fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F391, instructions aux administrateurs messieurs Fieldmont et Malouet en 1776, page 209.
Alors même que Sartine, interrogé sur le cas des libres de Gorée, rappelle que « c’est l’esclavage et non la couleur qui imprime aux Nègres une tache ineffaçable » 14[14]Jean Tarrade, « L’esclavage est-il réformable ? Les projets des administrateurs coloniaux à la fin de l’Ancien Régime », Les Abolitions de l’esclavage, de L. F. Sonthonax à V. … Continue reading, à Saint-Domingue, la couleur est perçue comme un facteur distinctif majeur. Sous l’influence des travaux du Premier Comité de les administrateurs multiplient les réglementations discriminatoires envers les libres de couleur. L’objectif avoué est de « maintenir la distinction des couleurs et faire respecter la supériorité du sang blanc » 15[15]Emilien Petit, Traité sur le gouvernement des esclaves, section VI, page 283.. Pour les colons, l’esclave apparaît comme l’ennemi naturel des Blancs et le libre de couleur, « affranchi ou descendant d’affranchis », semble leur allié tout aussi naturel.

Dans les dernières années de l’Ancien Régime, un courant dissident, favorable à un aménagement du préjugé de couleur, gagne du terrain. Sous l’influence des idées des Lumières, les administrateurs du Bureau de colonies perçoivent différemment la situation des esclaves. L’intendant de la Le Mercier de la Rivière, ose parler du droit naturel des esclaves à la liberté : « une fois que nous reconnaissons la nécessité physique (…) que nous vivions en société, nous voyons évidemment qu’il est d’une nécessité, et conséquemment d’une justice absolue, que chaque homme soit propriétaire de sa personne et des choses qu’il acquiert par ses recherches et ses travaux » 16[16]Paul-Pierre Le Mercier de la Rivière, L’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, 1767, pages 14 et 10, cité par J. Tarrade, « L’esclavage est-il réformable ?… opus … Continue reading. Dès 1777, le chapitre « esclave » des instructions royales aux administrateurs domingois reconnaît implicitement que est un état contre nature : « on ferait souvent mieux en adoucissant le sort de ces hommes malheureux et en leur faisant perdre, s’il est possible 17[17]Nous soulignons., le désir de liberté » 18[18]A.N., fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F3 72, notamment page 46.. A partir de 1782, les administrateurs envoyés à Saint-Domingue sont chargés de « recueillir le sentiment des Conseils supérieurs, des chambres d’Agriculture et des habitants qu’ils jugent les plus dignes de leur confiance » « pour tempérer le parti pris de la dégradation établie [contre les libres de couleur] et de lui donner même un terme » 19[19]A.N., fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F3 72, notamment page 46.. En effet, « les personnes les plus réfléchies » perçoivent désormais les libres de couleur « comme la barrière la plus forte opposée à tout trouble de la part des esclaves ». La deuxième mouture de l’article mulâtre de l’Encyclopédie, rédigée par le gouverneur Bellecombe, témoigne du changement d’état d’esprit.

Article mulâtre :

« II eût sans doute été à souhaiter pour les bonnes moeurs et pour la population des Blancs dans les colonies, que les Européens n’eussent jamais senti que de l’indifférence pour les Négresses, mais il était moralement impossible que le contraire n’arrivât pas car les yeux se font rapidement à une différence de couleur qui se présente sans cesse et les jeunes Négresses sont presque toutes bien faites, faciles et peu intéressées. On ne peut s’empêcher de convenir que de ce désordre [le mélange des races] ne soit résulté quelques avantages réels pour nos colonies. Les affranchis de mulâtres ont considérablement augmenté le nombre de libres et cette classe de libres est sans contredit, en tout temps, le plus sûr appui des Blancs contre la rébellion des esclaves. Ils en ont eux-mêmes et, pour peu qu’ils soient aisés, ils affectent avec les Nègres la supériorité des Blancs, à quoi il leur faudrait renoncer si les esclaves secouaient leur joug. En temps de guerre, ils font une excellente milice à employer à la défense des côtes parce que ce sont presque tous des hommes robustes et plus propres que les Européens à soutenir les fatigues du climat.

La consommation qu’ils font des marchandises de France, en quoi ils emploient tout le profit de leur travail, est une des principales ressources du Commerce des colonies ». Les lois anciennes ne sont pas abolies, mais de nombreuses mesures 20[20]Sur le détail des mesures, voir D. Rogers, Les libres de couleur des capitales de Saint-Domingue, fortune, mentalité et intégration à la fin de L’Ancien Régime, (1776-1789), chapitre 4. concrètes sont prises pour améliorer la situation des esclaves et favoriser les libres de couleur. Cependant, après consultations des élites locales, en 1788, les instructions du gouverneur du Chilleau sont explicites : la fin de l’avilisement  des libres de couleur ne peut intervenir qu’à « l’époque où les signes qui attestent l’origine des gens de couleur auront disparu » 21[21]ANSOM, fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F3 72, folio 241. Instructions au gouverneur du Chilleau du 1/8/1788., c’est-à-dire au moment où ils pourront passer pour des Blancs. Le texte précise : « il paraîtrait que dès que les esclaves ne pourraient reconnaître en eux les desendants  de ses compatriotes, il serait juste de les faire jouir de tous les avantages attribués à tous les autres citoyens et de les confondre avec les Européens et les Créoles ». Si, pour certains métropolitains 22[22]Voir A.N., F3139, page 289, « Réflexions sur les moyens de rendre meilleur l’état des Nègres et des affranchis de nos colonies, mémoire dit de Saint-Lambert »., cette assimilation des libres de couleur n’est que le prélude à l’émancipation des esclaves, pour les coloniaux et notamment l’élite blanche domingoise consultée, la préférence accordée aux métis s’ancre sur une hiérarchie particulière des valeurs.
Comme l’écrit Barré de Saint- Venant 23[23]A.N.fonds Moreau de Saint-Méry, F3125, dl24 (44), Mémoire sur les affranchis du 3 octobre 1776., pourtant favorable à l’assimilation des libres de couleur dès le stade du quarteron : « le bienfait de la liberté doit tomber sur ceux qui en sont dignes et qui y sont préparés d’avance. L’expérience vous apprend que l’âme des gens de couleur s’élève à mesure qu’ils s’éclaircissent » ! Quelques années 24[24]En 1777, l’ouvrage est présenté comme le produit de dix ans de recherche dans les archives de la colonie, il évoque donc une réalité un peu antérieure à celle des treize dernières … Continue reading avant, Hilliard d’Auberteuil 25[25]Hilliard d’Auberteuil, Considérations sur l’état présent de la colonie française de Saint-Domingue, 1777. d’attendre la sixième génération de blanchiment.

A ce stade, malgré le changement de contexte, les hésitations ultimes de l’administration coloniale et les propositions de l’élite blanche semblent corroborer le schéma classique, selon lequel les populations de couleur de Saint-Domingue vivent dans une société raciste où les Noirs sont inférieurs aux Blancs et où seuls les plus clairs jouissent d’une certaine faveur. Encore faudrait-il se demander ce que pensent et ce vivent les masses et en particulier les libres de couleur. Au travers des minutes des greffes et des notaires de la colonie, il est possible de prendre conscience de leur place réelle dans la société et de leurs points de vue et donc de percevoir l’inadaptation complète des réformes proposées.

Une société stratifiée mais sans hiérarchie pigmentaire

A la veille de la révolution, on ne peut pas parler de « société de castes » à Saint-Domingue. Les strates sociales traditionnelles ne correspondent pas à des groupes fermés. A la suite d’une mésalliance, les Blancs peuvent perdre les avantages de leur statut initial, en étant, par exemple, exclus de certaines fonctions publiques. A l’inverse, quelques métis très clairs, comme les familles Gellée et Trichet 26[26]Il est par nature difficile, sinon impossible, de repérer de telles assimilations. En menant ses recherches sur l’ensemble du xvme siècle, John Garrigus a pu confirmer quelques-uns de ces … Continue reading de Torbec, parviennent jusqu’à la fin du xvme
siècle à « franchir la ligne » et à être assimilé de fait à des Blancs. Certes, toutes les études 27[27]Il s’agit d’études menées sur des plantations tenues par des Blancs. l’attestent, les esclaves ne comportent qu’une toute petite minorité de métis : 2 % de la population servile pour Gabriel Debien 28[28]Gabriel Debien, Les Esclaves aux Antilles françaises, Société d’Histoire de la Guadeloupe Basse Terre, 1974, pages 64-65, 2,7 % sur les sucreries et 1,6 % dans les caféières pour David Geggus 29[29]« Sugar and Coffee Cultivation in Saint-Domingue and the Shaping of the Slave Labor Force », Ira Berlin, Philip Morgan, eds., Cultivation and Culture : Labor and the Shaping of the Slave Life in … Continue reading.
Cependant, une fois affranchis tous peuvent jouir des avantages de la liberté.

A l’intermédiaire, les libres de couleur sont aussi bien des affranchis que des libres de naissance et sont à la fois des métis et des Nègres libres. Jean Fouchard 30[30]Jean Fouchard, Les Marrons de la liberté, Paris, éditions de L’Ecole, 1972, réédition 1988, éd. Deschamps. l’affirmait déjà il y a trente ans, mais David Nicholls 31[31]David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, …opus cité, 1996, 3e édition, Macmillan, page 27. n’y avait vu que l’argument partial d’un historien mulâtre soucieux de faciliter l’intégration de sa caste. Les registres notariés confirment l’hypothèse de Jean Fouchard, même si le poids numérique des Nègres libres n’a pu encore être évalué de manière satisfaisante. En 1791 32[32]Julien Raimond, Observations sur l’origine et les progrès du préjugé des Blancs contre les hommes de couleur ; sur les inconvénients de le perpétuer, la nécessité de le détruire, Paris, … Continue reading, Julien Raimond soutenait, péremptoire, qu’ils étaient moins de 1500 individus. En 1789, Moreau de Saint-Méry parlait plus volontiers d’un tiers de la population de couleur libre, soit 9333 personnes. Un recensement partiel de 1782 33[33]ANSOM, fonds Colonies, G1 509, folio n° 33. dénombre plus d’un quart de la population de couleur libre des parties Ouest et Sud de la colonie (25,5 %).

Au-delà de leur nombre, l’importance économique et sociale des Nègres libres est bien plus fondamentale. Ceux des campagnes n’ont guère été étudiés, néanmoins un rapide sondage dans les minutes de quelques notaires domingois confirment leur présence. Humbles propriétaires d’une place à vivre ou de quelques carreaux de terre encore inexploités, ils apparaissent aussi comme de véritables planteurs, caféiers ou cotonniers. Si leurs revenus ne sont guère comparables aux quelque 83 000 livres du sucrier moyen, nombre d’entre eux parviennent à débourser les quelque 10 000 livres coloniales qui suggèrent déjà une certaine aisance 34[34]Stewart King situe l’aisance à partir de 10 000 livres. King Stewart R., Blue coat…opus cité, The University of Georgia Press, Athens and London, 2001, p. 227. Jacques de Cauna situe le … Continue reading. Evoquons ainsi Julie dit Joca, propriétaire au Dondon d’une caféière d’une valeur de 34 900 livres ou
Catin dit Malory, à la tête d’une belle caféière de 45 000 livres. Au Mirebalais, les affranchis Colas dit Marcou et Jean Charles Pierre ou, à FArcahaye, Pierre
Lavallé, habitant aux Matheux seraient d’aussi bons exemples.

Les résultats obtenus pour les citadins du Port-au-Prince et du Cap-Français, étudiés dans le détail, sont encore plus éloquents. Les Nègres libres sont présents dans tous les secteurs de l’économie citadine : des plus classiques (le bâtiment, la pêche, la navigation côtière, le vêtement, les métiers de bouche, le commerce, la domesticité) aux plus spécialisés (poste aux lettres, chapellerie, orfèvrerie et musique). Seuls les quelques rares emplois de négociants ne semblent atteints que par des métis. Il existe des différences d’une capitale à l’autre. Au Cap-Français, les Nègres libres représentent 56,5 % des clients, et même 61 % si on leur adjoint les grifs 35[35]Des hommes de couleur nés de parents noirs et mulâtres.. Certains d’entre eux dépensent des sommes suggérant une réelle aisance. Entre 1776 et 1788, le maçon Pierre Antoine intervient pour près de 100 000 livres coloniales, contre déjà 55 638 pour la marchande Geneviève Zoquoe, et 52 600 livres pour le pêcheur Simon Mansel. Au Cap, nous avons pu dénombrer plus d’une cinquantaine de Nègres libres ou de grifs réalisant des opérations de vente ou d’achat comprises entre 10 000 et 50 000 livres et une petite quarantaine intervenant dans des opérations entre 6000 et 10 000 livres. Au Port-au-Prince, en revanche, l’enrichissement semble plus médiocre. Les Nègres libres ne représentent que 39,2 % des 446 clients
individuels des notaires. Parmi eux, seule Marie Rosé connue sous le nom de Durieux, avec un total de 56 005 livres coloniales, apparaît très aisée. Quelques
Négresses libres, tutrices de leurs enfants mulâtres, gèrent, il est vrai, des sommes comparables. Globalement, cependant, moins d’une cinqueantaine de Nègres libres du Port-au-Prince réalisent des ventes et des achats pour des sommes comprises entre 6000 et 50 000 livres.

Une population de couleur libre de plus en plus hétérogène.

On perçoit plus souvent les libres de couleur comme les enfants illégitimes de quelques puissants planteurs Blancs ou comme l’un de ces riches planteurs  du groupe d’Aquin qui, en 1789, ont réclamé l’égalité politique. Ceux-là existent, bien sûr, mais ils ne sont qu’une minorité.
Le plus connu d’entre eux est le quarteron Julien Raimond. C’est un gros indigotier du quartier d’Aquin, qui traite plus de 40 % de ses affaires 36[36]J. Garrigus, ” New Christians / and « New Whites », Sephardic Jews, Free People of Colour and Citizenship in French Saint-Domingue, 1760-1789 “, in The Jews and the Espansion of Europe … Continue reading à l’international. Ses partenaires outre-mer sont pour l’essentiel des négociants et des capitaines bordelais, des commerçants de Curaçao, quelques Flamands de Bruges et d’Ostende et quelques rares Nantais. En 1782 37[37]J. Garrigus, The Free Colored Elite of Saint-Domingue : the Case of Julien Raimond,
1744-1801, Jacksonville University, August 17th 1989, page 20.
, au moment de son remariage, sa fortune personnelle est estimée à 202 000 livres coloniales.
Sa deuxième femme, la mulâtresse Françoise Dasmard-Challe, lui apporte une dot de 177 000 livres et une seigneurie en Angoumois ! En 1790, les époux Raimond possèdent 104 esclaves et trois plantations établies en coton, en indigo et en café. Si on est encore loin des deux millions de livres des établissements de Benjamin Fleuriau, on se rapproche néanmoins de la caféière de 200 000 livres de monsieur de Lacombe, membre de la Chambre d’Agriculture ou du patrimoine de 330 000 livres de Cottes de Jumilly, membre du Conseil supérieur 38[38]Blanche Maurel, Saint-Domingue et la Révolution française : les représentants des colonies en France de 1789 à 1795, Paris, Presses Universitaires de France, 1943.

Comme l’ont démontré John Garrigus et Stewart King, le cas de Julien Raimond n’est pas exceptionnel, sinon peut-être pour la seigneurie en Angoumois. Les libres de couleur des quartiers de Cayes, de Nippes et de Torbec se sont considérablement enrichis dans les années 1780-1789. La valeur moyenne de leurs acquisitions d’emplacements ou d’immeubles urbains est de 16 176 livres contre 19 034 livres 39[39]Color and Class on the Eve of Haitian Révolution : Saint-Domingue’s Free Colored Elite as Colons Américains », communication au congrès annuel de l’Association des Historiens de la … Continue reading dans le rural. Dans ce dernier domaine, 40 % de leurs opérations sont situées dans un intervalle compris 6000 et 679 000 livres coloniales. Vingt ans auparavant, seules 20 % de leurs plus grosses opérations étaient compris entre 6000 et 53 200 livres.
Quelques figures marquantes se détachent parmi eux. A Aquin, en 1782, le mulâtre libre Michel Depas-Medina40[40]J. Garrigus, ” New Christians / and « New Whites »,…, Opus cité, 2001, p. 320. laisse à son décès une plantation de 67 esclaves, 27 cases et sept bâtiments d’habitation et d’exploitation. A Torbec, en 1785, François Boisrond est propriétaire d’une sucrerie estimée à 500 000 livres. En 1782, son frère, Mathurin, possède une indigoterie de 76 000 livres et une petite exploitation de 10 000 livres. En 1791, l’indigotier Guillaume Labadie est à la tête d’une belle propriété de plus de 150 esclaves.
Dans l’Ouest, Stewart King a particulièrement mis en évidence le cas des familles 41[41]En 1775, Jean-Baptiste Nivard possède au Mirebalais une plantation de 110 000 livres ; dans les années 1780, la famille Baugé trois habitations à Croix-des-Bouquets pour près de 200 000 livres. … Continue reading Baugé, Turgeau, Nivard et Dahay. Dans le Nord, il a évoqué notamment les quelque 177 000 livres du patrimoine de Vincent Ogé en 1776 et surtout les 800 carreaux de terre et les 300 esclaves possédés à Limonade par la famille métisse des Laporte. On pourrait en ajouter bien d’autres.
Notons ainsi, à Arcahaye, le quarteron libre 42[42]Dans certains documents, il est dit grif libre. Jean-Baptiste La Pointe et sa femme, Marie Barbancourt, propriétaires d’une habitation de 259 250 livres, comprenant 112 carreaux de terre plantés pour moitié en café et 34 esclaves. A Croix-des-Bouquets, n’oublions pas le quarteron Simon Labuxière, propiétaire d’une sucrerie de 550 carreaux évaluée un million de livres en 1787 43[43]D. Rogers, Les Libres de couleur… opus cité, chapitre 5.

ordinaires. En 1789, le salaire d’un économe varie encore entre 600 et 1500 47 [44]Jacques de Cauna, Au temps des îles à sucre, histoire d’une plantation de Saint-
Domingue au XVIIIe siècle, Op. cit., page 45.
livres coloniales, celui d’un chirurgien entre 1200 et 1500 livres. Le gérant d’une grosse habitation peut même espérer un salaire moyen de 6000 à 10 000 livres 48[45]Gabriel Debien, Les Esclaves aux Antilles françaises, Société d’Histoire de la Guadaloupe Basse Terre, 1974, page 108., en plus d’un petit pourcentage de 2 % sur les recettes brutes. Cependant, les résultats obtenus pour les opérations foncières sont bien inférieurs à ceux des libres de couleur du sud (19 034 livres pour les libres des Cayes, d’Aquin et de Torbec) ou à ceux de l’élite des planteurs de l’Ouest et du Nord (quelque 24 000 livres dans l’échantillon de Stewart King). Les valeurs modales de 1800 et 2000 livres pour le foncier en milieu rural confirment la réalité d’une population aux revenus bien plus faibles qui restent à évaluer.
Pour les clients domiciliés en ville, on dispose déjà d’une information plus précise. La très grande majorité des citadins de couleur (70,8 % au Cap-Français et 70,1 % au Port-au-Prince) réalise un volume d’affaires inférieur à 6000 livres. Pour la plupart, celui-là ne correspond d’ailleurs qu’à une seule opération. Les Capois ou plutôt les Capoises (les femmes sont 66 % du total) acquièrent pour l’essentiel un esclave unique, d’une valeur moyenne de 1800 livres. Au Port-au-Prince, en revanche, les citadins répartissent davantage leurs investissements entre le petit emplacement, souvent à bâtir, et l’achat d’un esclave. La petite parcelle dans le rural apparaît plus occasionnellement.

Diversité des opérations des libres « les moins riches »

Les citadins de couleur participent néanmoins à l’enrichissement général, comme en témoigne la valeur moyenne de leurs opérations immobilières urbaines. Plus largement, un quart de leurs investissements est compris entre 4000 et 80 000 livres au Cap et entre 6000 et 259 250 livres au Port-au-Prince. Nombre de ces clients sont des femmes, qui vivent de la location d’un bien immobilier ou de quelques esclaves achetés de leurs deniers ou hérités de leur famille blanche ou de couleur. Hormis une petite minorité de grandes marchandes 49[46]Réussir dans un monde d’hommes : les stratégies des femmes de couleur libres du Cap-Français », communication au congrès de l’American Historical Association, Chicago, 2003, Journal … Continue reading, la richesse est le fait le plus souvent des hommes. Ceux-ci parviennent, en effet à tirer du travail artisanal des ressources importantes.
En 1787 50[47]D. Rogers, Les Libres de couleur… opus cit, chapitre 3., la pêche des deux équipages du Nègre libre François Janvier La Tortue aîné rapporte en moyenne 20 000 livres par an. Entre 1777 et 1786, l’entrepreneur Joseph Rouanet réalise, entre autres, cinq gros contrats pour un montant total de 334 909 livres.

Cette réalité nouvelle s’accompagne aussi d’une plus grande hétérogénéité statutaire des libres de couleur. Entre 1776 et 1789, les 1484 esclaves libérés au Cap-Français et au Port-au-Prince sont des noirs respectivement dans 45 % et 48 %. Ceci n’est pas une spécificité urbaine, maîtres et esclaves viennent de toutes les parties de l’île. En outre, un état des affranchissements de 1785 51[48]Deux tiers des affranchis sont des femmes (65,40 %). Les Nègres et les mulâtres forment les groupes les plus nombreux, respectivement 47,2 % et 48,3 %. (ANSOM, fonds Colonies, C98 156). donne des résultats similaires pour l’ensemble de la colonie.
Chaque année, la population globale augmente officiellement d’une moyenne de 750 nouveaux affranchis, dont près de la moitié sont des noirs créoles ou africains. Ce sont, pour plus de la moitié, des adultes en âge de travailler et non de vieux esclaves fatigués comme on l’affirme trop souvent. D’autres bénéficient simplement d’un consentement officiel de liberté, qui, mieux qu’une liberté de savane, leur permet de faire les démarches pour leur rachat et leur émancipation.

Les libres de couleur et le préjugé à la veille de la Révolution

On perçoit généralement les attentes et les valeurs des libres de couleur au travers des revendications du groupe d’Aquin. Entre 1784 et 1789, ces planteur  et ces négociants, par l’intermédiaire de Julien Raimond, réclament l’aménagement du préjugé de couleur et l’assimilation pour ceux d’entre eux qui seraient de naissance légitime, riches et très métissés (à partir des mestifs dans une première mouture, dès les quarterons dans une deuxième version).
Le groupe allègue qu’ils sont riches du fait de leur travail et non de simples libéralités, que propriétaires d’esclaves, ils sont attachés au système exclavagiste et qu’enfin ils ont le souci de la chose publique, comme le prouve notamment leur implication dans la milice, dans la police et la maréchaussée.
Ces hommes, qui envoient leurs enfants faire des études en France, qui vivent dans un luxe très comparable à celui de leurs voisins blancs, ne se perçoivent pas comme des descendants d’Africains. Ils ne demandent pas à être intégrés en tant qu’hommes de couleur, ils veulent être « blanchis », reconnus oficiellements pour Blancs, à l’instar des « brancos da terra » de Bahia 52[49]Maria Inès Cortes de Olivera, Retrouver une identité : jeux sociaux des Africains de Bahia de vers 1 750 à vers 1890. Thèse de 3e cycle soutenue en 1993, Paris.. Ces propos expriment-ils vraiment leur point de vue ? Selon John Garrigus, compte tenu  du discours blanc dominant, ils n’avaient guère d’autres choix avant 1789.
Après, il estime qu’ils se sont effectivement battus pour tous les hommes de couleur, sans distinction. On remarquera cependant que ni les planteurs du Nord, ni les artisans du Cap-Français ne se sont associés à leur démarche. On est dès lors fondé à se demander si les petits et moyens libres de couleur que nous avons décrits adhèrent aux mêmes valeurs. Sont-ils eux aussi fortement hostiles aux esclaves, comme l’affirme David Nicholls 53 [50]David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, Colour and National Independence in Haiti, 1979, Cambridge University Press, 1996, 3e édition Macmillan, Warwick University Caribbean Studies, page … Continue reading? En vertu de ce que l’on appelle « la cascade de mépris » ou le « sous-racisme », les plus clairs d’entre eux méprisent-ils aussi les plus foncés ?

Les relations avec les esclaves

Les libres de couleur sont certes ordinairement propriétaires d’esclaves, ils les louent, les vendent, les mettent en gage et les marquent, parfois, au fer rouge, avec la même indifférence pragmatique que les Blancs. Cependant, les nombreux affranchis de la fin de l’Ancien Régime conservent des liens importants avec le monde servile. Au Port-au-Prince 54[51]Au Cap-Français, ces mariages sont beaucoup moins fréquents (à peine 12 % du total)., où l’on dispose d’une information statutaire assez fiable 55[52]Sur les pratiques des notaires du Cap et du Port-au-Prince en matière d’identification, cf. D. Rogers, Les libres de couleur.., opus cité, chapitre 5., près de 40 % des mariages de libres de couleur concerne un fiancé esclave. Dans près de 85 % des cas, le conjoint libre est un affranchi. Dans les testaments des femmes de couleur des deux capitales, le rachat des enfants ou des parents ainsi que leur manumission est l’un des thèmes les plus fréquents. Plus largement, tous les libres de couleur
participent à la fièvre d’affranchissements si spécifique à Saint-Domingue à la fin de l’Ancien Régime. Selon Stewart King 56[53]King Stewart R., Blue Coat …, Op. Cit., The University of Georgia Press, Athens and London, 2001, p. 108., ils représentent 45 % des demandeurs de liberté. Si les Blancs affranchissent des métis dans plus de 50 % des cas, les libres sollicitent l’administration pour des Noirs non métissés dans plus de 73,5 % des cas. Ces hommes et ces femmes ne sont des membres de leur famille qu’une fois sur trois (34 % des actes). Même si cette étude menée sur un petit échantillon de 984 esclaves a besoin  d’être confirmée à plus grande échelle, elle fournit déjà une approximation intéressante pour les paroisses 57[54]L’échantillon concerne quelques registres du Cap-Français, de Limonade, de Fort-Dauphin, du Mirebalais, Croix-des-Bouquets et du Port-au-Prince. de l’Ouest et du Nord de l’île sur lesquelles elle a été faite. Enfin, au Cap-Français, il n’est pas rare de voir des libres de couleur servir d’intermédiaire pour faciliter le rachat d’un esclave. En 1788 58[55]ANSOM, fonds Colonies, notsdom 870, donation du 10/6/1788., le Nègre libre Jean-Baptiste L’éveillé dit Aply, maçon, donne ainsi trois esclaves Arada de 22 ans aux Maisons de la Providence, pour obtenir la liberté de leur commandeur, Noël, un Nègre créole, de 30 ans. Même si la donation impose aux administrateurs des Maisons de la Providence de payer tous les frais de son affranchissement, l’échange reste inégal. Sans cet intermédiaire, Noël n’aurait pu se libérer, et il devra sans doute travailler de nombreuses années pour rembourser son bienveillant 59[56]Un bienveillant est une personne, distincte du maître, qui accepte de faire les démarches pour la libération d’un esclave. De même, en 1778, les nègres libres Pierre Augustin, Jean-Baptiste Timbase, Jeanne Huila et Geneviève Zoquoe n’hésitent pas à s’associer pour payer l’émancipation de Pierre Bonnard. Il manque 1200 livres ; chacun s’engage à payer 300 livres à chaque échéance et à répondre de l’insolvabilité ou de la mort des uns ou des autres. Au Cap-Français, l’entraide est de rigueur entre les hommes de couleur, pour l’une des obligations fondamentales : libérer sa famille. On présente souvent les libres de couleur comme des maîtres particulièrement cruels, des « despotes rigoureux » selon l’intendant Barbé de Marbois et le gouverneur La Luzerne en 1786. Moreau de Saint-Méry 60[57]Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique …opus cité, Paris, 1984, p. 108., qui connaît bien la colonie, affirme qu’ils s’entendent très bien avec les esclaves des autres. Serait-ce donc une simple question d’organisation domestique ?

Pour les gros propriétaires des campagnes de Saint-Domingue, la situation est nécessairement différente. Libres de naissance depuis plusieurs genérations  souvent, ils n’ont objectivement plus de lien avec le monde servile. Au-delà des histoires personnelles, que peut d’ailleurs représenter un esclave pour celui, noir au blanc, qui en possède plusieurs dizaines voire centaines ? Sans doute pas grand-chose. David Geggus 61[58]« Sugar and Coffee Cultivation in Saint-Domingue and the Shaping of the Slave Labor Force », Ira Berlin, Philip Morgan, eds., Cultivation and Culture : Labor and the Shaping of the Slave Life in … Continue reading a cependant démontré que les taux de natalité des esclaves des sucreries sont de 277/1000 dans la partie Nord, alors qu’ils ne sont que de 356/1000 dans les caféières. Parce que les libres sont souvent caféiers, qu’ils ont des exploitations souvent plus petites, et qu’ils gardent leurs esclaves plus longtemps, Stewart King 62[59]King Stewart R., Blue Coat or Powdered Wig, ….opus cité, Athens and London, 2001, p. 108. estime, au-delà des contraintes spécifiques de la culture du sucre et du café, que les conditions de vie des esclaves des libres de couleur ont été meilleures que celles de ceux des Blancs.
Le niveau modeste des petits libres de couleur des campagnes l’illustre de manière exemplaire. A la Savane de Limonade, la Négresse libre Marie-Madeleine Lisette63[60]ANSOM, fonds Colonies, notariat de Saint-Domingue, 173, Bordier jeune, vente du 11/9/1777. est propriétaire d’un petit carreau de terre, sur lequel s’élève une case en bois, poteaux en terre et bousillés, avec un toit de paille.
Le confort est modeste. Le notaire détaille 150 livres de meubles : deux coffres de bois de sap, fermant à clef, un garde-manger en toile, une table et quatre mauvaises chaises. Dans un coin, il note trois bois de lits avec leur paillasse et leur couverture de brin ou d’indienne. Les compagnons de vie de Marie-Madeleine sont trois esclaves : Victoire, une jeune Négresse créole de 16 ans avec son bébé, Pierre-Louis, et un vieil homme de 50 ans, très malade.
Trois lits, trois adultes, libres ou esclaves : sur un carreau de terre, le travail commun rapproche les uns et les autres. Les préséances se marquent peutêtre par le bois du lit : l’un est en acajou, les deux autres en sap. A une échelle un peu supérieure, Stewart King M décrit aussi le cas de la famille Poupart toujours à Limonade. Marie Elisabeth Poupart ne possède que six carreaux de terre et 7 esclaves : une famille de cinq personnes, une jeune femme et un vieil esclave surâgé Pierrot. A deux reprises, en 1779 et 1787, le vieil homme est loué avec une petite parcelle de terre aux Fonds bleus. Marie Elisabeth n’en demande que 100 livres. A l’évidence, la force de travail de Pierrot n’est pas un atout décisif, mais il est présenté comme le « guardian et caretaker 65 » de la dite parcelle. Il y a là la reconnaissance explicite de son attachement à cette terre et, indépendamment de son efficacité économique, le respect de cela.

Les relations entre les Nègres et les métis libres

Selon les historiens, le préjugé de couleur impose que l’on ne se fréquente qu’entre gens de même nuance de couleur. Yvan Debbasch affirme : chaque sous-groupe de la communauté libre de couleur « se veut et se sent étranger à ceux que l’éthique raciste lui indique comme étant situés à des niveaux inférieurs au sien » 66. A la fin du xvme siècle, les hommes de couleur sont souvent plus pragmatiques.
Parmi les partenaires économiques 67 de Julien Raimond, John Garrigus ^ a signalé l’existence de Blancs, de mulâtres, mais aussi d’une Négresse libre, originaire du Curaçao. Anne-Dominique Acquiez a été affranchie à l’âge de 25 ans. En 1770, elle possède à Aquin une auberge et une boutique. Pendant trois ans et demi, Julien Raimond a pris ses repas dans son établissement et, en 1775, s’est fait livrer quelque 402 livres de marchandises. Entre eux, des liens plus personnels se sont tissés. En 1773, Julien sert de témoin pour authentifier son testament. Plus important, son frère, Guillaume Raimond, signe son contrat de mariage, en grande pompe, chez « Marna Acquiez ». Au-delà des différences pigmentaires, la familiarité semble possible.

Dans les villes de Saint-Domingue, la ségrégation résidentielle n’existe pas. Au quartier de la Petite Guinée du Cap, seuls 46 % des bailleurs ou des locataires partagens sont des Nègres libres, les 54 % restant se répartissent presque également entre Blancs et métis. Comme au Port-au-Prince, les Blancs, les Noirs et les métis sont présents dans tous les quartiers. Du fait de la configurations  particulière des maisons domingoises, propriétaire et locataires souvent la cour, la cuisine et le puits, en toute simplicité. D’autres vivent effectivement sous le même toit, sans qu’il y ait concubinage. Entre juin et juillet 1784, le quarteron libre Joseph Pironneau sous-loue ainsi plusieurs appartements d’une maison donnant sur la rue Royale et sur la rue des Religieuses : le sieur Constantin Parfait prend une chambre et deux cabinets
sur la rue Royale ; le sieur Lasserre, une seule chambre sur la même rue ; les négresses libres Marie-Louise A Traitté et Marie-Louise Tardivy choisissent chacune une chambre et un cabinet sur la rue des Religieuses. Le montage est prévu pour le long terme : seul le bail de Marie-Louise A Traitté n’est que de trois ans, les autres ont une durée de sept ans. Si au Port-au-Prince, les propriétaires métis privilégient souvent les locataires blancs, le quarteron Joseph Pironneau semble ici faire pleinement confiance à des Négresses libres.

Dans les villes comme les campagnes, la proximité résidentielle a permis le développement de relations de voisinage, de confiance et d’amitié parfois. Au Cap-Français, le choix du maître d’apprentissage se fait indépendamment de la couleur : depuis le petit Blanc confié à un mulâtre jusqu’au petit quarteron confié à un nègre libre. Au moment de choisir, la personne qui rachètera, et/ou éduquera leurs enfants encore esclaves, les Négresses libres du Cap-Français font confiance, dans 40 % des cas, à un tuteur blanc ou métis, souvent d’ailleurs sans compensation financière. Ainsi, « en reconnaissance de la bonne amitié qu’elle lui porte et des services qu’elle lui a rendus  depuis cinq ans qu’elle la loge, la nourrit, et qu’elle continue à lui rendre journellement », Marie-Jeanne, Négresse libre du Cap, lègue tous ses biens à la dame
Veuve Cottin, mulâtresse libre, « sa sincère amie ». Plus largement, les testaments mentionnent aussi des petits prêts du quotidien consentis sans reconaissance
de dette, ainsi que des legs accordés à des amis ou à des filleuls d’une couleur différente. En 1784, dans la paroisse isolée du Baynet, le nègre libre François Tourat 69, sellier de profession, favorise ainsi un petit mulâtre Jean-François Fillières, une petite Négrille, Marie-Françoise Fillières, sa demi-soeur, et une quarteronne Marie-Henriette Tourat.
A niveau plus personnel, les contrats de mariage des clients des notaires du Cap-Français et de Port-au-Prince confirment cependant l’importance de l’identité pigmentaire. On épouse quelqu’un de sa nuance de couleur dans près de 80 % des cas au Cap-Français et 70 % au Port-au-Prince. Si l’on ne prend en compte que les nègres libres, ce taux s’élève respectivement à 90 % et 86 %. En revanche, les métis du Cap-Français ne respectent la norme que dans 61 % des cas, contre 54,5 % au Port-au-Prince. A l’évidence, les transgressions sont aisées entre métis. Le quarteron Julien Raimond et sa deuxième femme, la mulâtresse Françoise Dasmard-Challe, en sont d’ailleurs un bon exemple. Souvent, les transgressions concernent les milieux assez fortunés. En 1785, la Négresse libre Anne Barthélémy dite Sancié 70[61]ANSOM, fonds Colonies, notsdom 1521, Porée, contrat du 18/10/1785. apporte ainsi une dot de près de 40 000 livres (quatre esclaves offertes par sa mère et 32 000 livres de biens propres en esclaves, argent et divers effets personnels, dont des bijoux). Comme dans les riches mariages mixtes, des précautions  sont prises et la communauté est limitée à 12 000 livres.

Doit-on en déduire du racisme ou un préjugé de couleur ? Lors de la signature de 25 % des contrats de mariage au Cap, l’assistance est composée de personnes de toutes les couleurs. Certains sont des voisins de la Petite Guinée, du Haut-du Cap pour Geneviève Scipion, d’autres des artisans d’un même secteur professionnel. En 1788, le mariage de Marie-Noëlle, Négresse libre, et de Louis Rodin, mulâtre libre, scelle une union déjà féconde. La marraine et le parrain du petit garçon sont là : l’un est quarteron, l’autre mulâtresse. Un négociant Blanc est parmi les témoins ainsi que deux mulâtres La mère de Marie-Noëlle, Marie- Catherine dite Angélique surnommée
Fabia, une Négresse, affranchie en 1783, est aussi présente. On mentionne enfin une autre Négresse libre, la soeur utérine de l’époux. A l’évidence, les nuances n’ont pas l’air de gêner les uns et les autres. A Baynet, en 1783 71[62]ANSOM, fonds Colonies, Funuel de Séranon 645, acte n° 26 du 25/9/1783., la négresse Marie-Magdeleine Denis ouvre sa maison au quarteron Antoine Lavoile et à la Demoiselle Marie-Jeanne Moutard, mulâtresse libre, pour la signature de leur contrat de mariage.

Cette proximité des hommes de couleur n’est pas due au hasard. Elle est liée, au Cap-Français, à l’existence, d’une véritable communauté, structurée autour d’un groupe nombreux d’artisans et de commerçants de couleur riches ou aisés, dont les qualités sont reconnues par les Blancs, dans leur travail, et par les notaires ou les magistrats, au civil. Au Cap, l’identification des personnes de couleur se fait, le plus souvent, en fonction de la seule possession d’état. Les notaires ne mentionnent pas les certificats exigibles depuis le règlement de 1773 72[63]Article 6 du règlement de 1773.. Il est ainsi souvent impossible de savoir si on à faire à un affranchi ou un libre de naissance. De même, ils accordent les titres enviés de « sieur », de « dame » et « demoiselle » 73[64]Sur la complexe question de l’identification des libres de couleur voir D. Rogers, Les Libres de couleur.. .Opus cité, chapitre V. à des libres de couleur peu métissés. Plus encore, les artisans de couleur du Cap sont ordinairement sollicités pour expertiser les travaux confiés à des Blancs ou des libres et pour les départager. A la demande des uns et des autres, ils interviennent comme experts et « surexperts ». Une quarantaine de libres de couleur est réguliérements requise pour authentifier les actes officiels, même quand ils ne savent pas écrire.
Tous ces choix, qui témoignent de la confiance des blancs envers les Nègres et les métis libres, n’existent pas au Port-au-Prince. Les notaires exigent la présentation des actes de liberté et des actes de baptême, ils n’accordent des faveurs qu’à leurs clients les plus clairs et ne font authentifier des actes par des libres qu’à cinq reprises. Au Port-au-Prince, il n’y a pas de vraie communauté. Filleuls, parents, frères et soeurs appartiennent toujours à la même nuance de couleur, les noirs vivent avec les Noirs, les métis avec les métis. Cette préférence pigmentaire se rencontre aussi au Cap-Français, mais les voies d’alternance et les rencontres entre des personnes de couleurs
différentes sont beaucoup plus fréquentes. Ici, ceux qui n’ont pas de famille n’ont guère de choix. Devant l’inexistence d’une communauté de couleur, riche et structurée, le réfèrent le plus immédiat est l’ancien maître, souvent un blanc. Il est parfois mentionné lors de la signature du contrat de mariage, mais plus souvent encore dans les testaments d’un très grand nombre de femmes de couleur isolées.

Conclusion :

A ce stade, il paraît possible d’affirmer que non seulement la stratification sociale domingoise ne se double pas d’une hiérarchie pigmentaire, mais qu’en outre, il n’y a pas d’adéquation entre la couleur des individus et leur comportement. Dès cette époque, au-delà des histoires individuelles, c’est le niveau de richesse et d’intégration sociale qui est déterminant. En dépit du discours raciste dominant, les rencontres naissent tout naturellement de la proximité résidentielle ou professionnelle et parfois d’une expérience servile commune. Pourquoi, dès lors, accorde-t-on tant d’importance à la couleur des individus ? Peut-être tout simplement, parce que c’est ce que l’on voit le plus, c’est une différence objective. En outre, les populations haïtiennes noires sont issues de sociétés africaines où l’appartenance ethnique est un élément d’identification fort. Si le brassage des ethnies a été très important à Saint-Domingue, la structure mentale des populations noires de cette nouvelle nation tend à classifier les individus. En l’absence d’éléments de différenciations culturels et linguistiques majeurs, les différences chromatiques ont pu sembler pertinentes. Ajoutons à cela la propagande habile des leaders noirs, associant à la couleur des métis des valeurs négatives, au prix d’une simple reconstruction ou du moins simplification du passé, il n’en faut pas forcément davantage. Au quotidien, on remarquera a contrario que l’on trouve des gens de toutes les couleurs dans les deux camps.

Les principaux ministres de Jean- Jacques Dessalines, d’Henry Christophe 74[65]De Vastey, Chanlatte et Dupuy auprès du roi Christophe ; Thomas Madiou, Emile Nau et
Louis Dufrène auprès de Faustin Ier
comme de Faustin Ier sont des « mulâtres » et ce n’est peut-être pas toujours pour des raisons opportunistes comme le suggère David Nicholls. De même, sans le soutien de la masse des anciens esclaves noirs du sud de l’île, ni Alexandre Pétion, ni André Rigaud, ni Jean-Pierre Boyer ne pouvaient espérer obtenir et conserver le pouvoir. Dans leurs gouvernements, on trouve aussi des généraux et ministres noirs 75[66]On peut évoquer ainsi à la commission constitutionnelle de 1806 les anciens Nègres libres, Ambroise Magloire, David Troy et Guillaume Manigat. D. Nicholls, From Dessalines, Op. cit., 1996, p. 55.. Dès lors, il pourrait être fructueux de s’intéresser davantage au facteur régional, évoqué de manière un peu allusive par David Nicholls, mais qui semble déjà avoir une certaine prégnance avant la révolution. En 1789, Vincent Ogé et Julien Raimond ont présenté séparément leur cause aux planteurs du club Massiac. Pendant la révolution, les libres de couleur du Nord se sont comportés et ont été perçus différemment de ceux du Sud et de l’Ouest. Au-delà d’une question de distance, il y a
peut-être aussi une conception différente de la société à créer.

Tire du texte:  Rogers Dominique. De l’origine du préjugé de couleur en Haïti. In: Outre-mers, tome 90, n°340-341, 2e semestre 2003. Haïti
Première République Noire. pp. 83-101;
doi : https://doi.org/10.3406/outre.2003.4045

References

References
1Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique et de la partie française de l’isle de Saint-Domingue, 1797-1798, nouvelle édition présentée par B. Maurel et E.Taillemite, Société française d’histoire d’Outre-mer, Paris, 1984, tome 1, pp. 96-99.
2Le texte de la déclaration d’indépendance vise en fait les Français, assimilés aux Blancs.
3Article 3 de la constitution de 1805.
4Article 14 de la constitution de 1805.
5David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, Colour and National Independence in Haiti, 1979, Cambridge University Press, 1996, 3e édition, Warwick, University Caribbean Studies, Macmillan.
6Traduction : « le Noir riche est un mulâtre et le pauvre mulâtre un Nègre ».
7John D. Garrigus, Between Servitude and Citizenship Free colored in Pre-revolutionary Saint-Domingue, Ph.D. Johns Hopkins University Press, 1988 ; King Stewart R., The Haitian Middle Class before 1791 : Planters, Merchants and Soldiers, Ph. D., Johns Hopkins 1997 ; Dominique Rogers, Les Libres de couleur dans les capitales de Saint-Domingue, Fortune, mentalités et intégration à la fin de l’Ancien Régime, (1776-1789), thèse de doctorat, Bordeaux, 1999.
8Alexandre-Stanislas de Wimpfen, Haïti au XVIIIe siècle, richesse et esclavage dans une colonie française, édition présentée et annotée par P. Pluchon, Karthala, 1993, p. 75.
9Alexandre-Stanislas de Wimpfen, Haïti au XVIIIe siècle, …, op. cit., p. 76-77.
10Jacques de Cauna en signale un exemple au Cap-Français en 1706 dans J de Cauna, L’Eldorado des Aquitains, Gascons, Basques et Béarnais aux îles d’Amérique, XVIIe-XVIIIe siècles, Atlantica, Biarritz, 1998, page 190.
11Gabriel Debien signale l’existence d’un greffier de couleur à Jérémie. « De quelques documents inédits concernant Saint-Domingue (17851793) », Conjonction, n° 118, juillet 1972
12Entre 1771 et 1789, le rapport blancs/esclaves passe de 1 pour 12 à 1 pour 15. cf. G1509 folio 30-38.
13A.N., fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F391, instructions aux administrateurs messieurs Fieldmont et Malouet en 1776, page 209
14Jean Tarrade, « L’esclavage est-il réformable ? Les projets des administrateurs coloniaux à la fin de l’Ancien Régime », Les Abolitions de l’esclavage, de L. F. Sonthonax à V. Schoelcher, 1793, 1794, 1848, sous la direction de Marcel Dorigny, Presses Universitaires de Vincennes, Editions Unesco, Paris, 1995, page 139.
15Emilien Petit, Traité sur le gouvernement des esclaves, section VI, page 283.
16Paul-Pierre Le Mercier de la Rivière, L’Ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, 1767, pages 14 et 10, cité par J. Tarrade, « L’esclavage est-il réformable ?… opus cité », Paris, 1995, page 134
17Nous soulignons.
18, 19A.N., fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F3 72, notamment page 46.
20Sur le détail des mesures, voir D. Rogers, Les libres de couleur des capitales de Saint-Domingue, fortune, mentalité et intégration à la fin de L’Ancien Régime, (1776-1789), chapitre 4.
21ANSOM, fonds Colonies, Collection Moreau de Saint-Méry, F3 72, folio 241. Instructions au gouverneur du Chilleau du 1/8/1788.
22Voir A.N., F3139, page 289, « Réflexions sur les moyens de rendre meilleur l’état des Nègres et des affranchis de nos colonies, mémoire dit de Saint-Lambert ».
23A.N.fonds Moreau de Saint-Méry, F3125, dl24 (44), Mémoire sur les affranchis du 3 octobre 1776.
24En 1777, l’ouvrage est présenté comme le produit de dix ans de recherche dans les archives de la colonie, il évoque donc une réalité un peu antérieure à celle des treize dernières années de la colonie.
25Hilliard d’Auberteuil, Considérations sur l’état présent de la colonie française de Saint-Domingue, 1777
26Il est par nature difficile, sinon impossible, de repérer de telles assimilations. En menant
ses recherches sur l’ensemble du xvme siècle, John Garrigus a pu confirmer quelques-uns de ces passages de la ligne.
27Il s’agit d’études menées sur des plantations tenues par des Blancs.
28Gabriel Debien, Les Esclaves aux Antilles françaises, Société d’Histoire de la Guadeloupe Basse Terre, 1974, pages 64-65
29« Sugar and Coffee Cultivation in Saint-Domingue and the Shaping of the Slave Labor Force », Ira Berlin, Philip Morgan, eds., Cultivation and Culture : Labor and the Shaping of the Slave Life in the Americas, Charlottesville : University of Virginia Press, 1993, page 79
30Jean Fouchard, Les Marrons de la liberté, Paris, éditions de L’Ecole, 1972, réédition 1988, éd. Deschamps.
31David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, …opus cité, 1996, 3e édition, Macmillan, page 27
32Julien Raimond, Observations sur l’origine et les progrès du préjugé des Blancs contre les hommes de couleur ; sur les inconvénients de le perpétuer, la nécessité de le détruire, Paris, Belin, 1791, p. 13
33ANSOM, fonds Colonies, G1 509, folio n° 33.
34Stewart King situe l’aisance à partir de 10 000 livres. King Stewart R., Blue coat…opus cité, The University of Georgia Press, Athens and London, 2001, p. 227. Jacques de Cauna situe
le seuil de la prospérité entre 6000 livres et 10 000 livres.
35Des hommes de couleur nés de parents noirs et mulâtres.
36J. Garrigus, ” New Christians / and « New Whites », Sephardic Jews, Free People of Colour and Citizenship in French Saint-Domingue, 1760-1789 “, in The Jews and the Espansion
of Europe to the West, 1450-1800, The John Carter Brown Library, 2001, p. 320. Résultats obtenus à partir d’un inventaire del59 papiers commerciaux déposés en 1785 chez le notaire Paillou
37J. Garrigus, The Free Colored Elite of Saint-Domingue : the Case of Julien Raimond,
1744-1801, Jacksonville University, August 17th 1989, page 20.
38Blanche Maurel, Saint-Domingue et la Révolution française : les représentants des colonies en France de 1789 à 1795, Paris, Presses Universitaires de France, 1943.
39Color and Class on the Eve of Haitian Révolution : Saint-Domingue’s Free Colored
Elite as Colons Américains », communication au congrès annuel de l’Association des Historiens de la Caraïbe, San Germàn, Puerto Rico, 1994, page 2. Résultats obtenus à partir de 2679 actes notariés pour la période del760-1769 et 4882 actes entre 1780 et 1789.
40J. Garrigus, ” New Christians / and « New Whites »,…, Opus cité, 2001, p. 320.
41En 1775, Jean-Baptiste Nivard possède au Mirebalais une plantation de 110 000 livres ; dans les années 1780, la famille Baugé trois habitations à Croix-des-Bouquets pour près de 200 000 livres. En 1786, Julie Dahay et ses enfants sont à la tête d’une fortune de 260 000 livres.
42Dans certains documents, il est dit grif libre.
43D. Rogers, Les Libres de couleur… opus cité, chapitre 5
44Jacques de Cauna, Au temps des îles à sucre, histoire d’une plantation de Saint-
Domingue au XVIIIe siècle, Op. cit., page 45.
45Gabriel Debien, Les Esclaves aux Antilles françaises, Société d’Histoire de la Guadaloupe Basse Terre, 1974, page 108.
46Réussir dans un monde d’hommes : les stratégies des femmes de couleur libres du Cap-Français », communication au congrès de l’American Historical Association, Chicago, 2003, Journal of Haitian Studies, août 2003.
47D. Rogers, Les Libres de couleur… opus cit, chapitre 3.
48Deux tiers des affranchis sont des femmes (65,40 %). Les Nègres et les mulâtres forment les groupes les plus nombreux, respectivement 47,2 % et 48,3 %. (ANSOM, fonds Colonies, C98 156).
49Maria Inès Cortes de Olivera, Retrouver une identité : jeux sociaux des Africains de Bahia de vers 1 750 à vers 1890. Thèse de 3e cycle soutenue en 1993, Paris.
50David Nicholls, From Dessalines to Duvalier, Race, Colour and National Independence in Haiti, 1979, Cambridge University Press, 1996, 3e édition Macmillan, Warwick University Caribbean Studies, page 7.
51Au Cap-Français, ces mariages sont beaucoup moins fréquents (à peine 12 % du total).
52Sur les pratiques des notaires du Cap et du Port-au-Prince en matière d’identification, cf. D. Rogers, Les libres de couleur.., opus cité, chapitre 5.
53King Stewart R., Blue Coat …, Op. Cit., The University of Georgia Press, Athens and London, 2001, p. 108.
54L’échantillon concerne quelques registres du Cap-Français, de Limonade, de Fort-Dauphin, du Mirebalais, Croix-des-Bouquets et du Port-au-Prince.
55ANSOM, fonds Colonies, notsdom 870, donation du 10/6/1788.
56Un bienveillant est une personne, distincte du maître, qui accepte de faire les démarches pour la libération d’un esclave
57Moreau de Saint-Méry, Description topographique, physique, civile, politique …opus cité, Paris, 1984, p. 108.
58« Sugar and Coffee Cultivation in Saint-Domingue and the Shaping of the Slave Labor Force », Ira Berlin, Philip Morgan, eds., Cultivation and Culture : Labor and the Shaping of the Slave Life in the Americas, Charlottesville, University of Virginia Press, 1993, pp. 74-98.
59King Stewart R., Blue Coat or Powdered Wig, ….opus cité, Athens and London, 2001, p. 108.
60ANSOM, fonds Colonies, notariat de Saint-Domingue, 173, Bordier jeune, vente du 11/9/1777.
61ANSOM, fonds Colonies, notsdom 1521, Porée, contrat du 18/10/1785.
62ANSOM, fonds Colonies, Funuel de Séranon 645, acte n° 26 du 25/9/1783., la négresse Marie-Magdeleine Denis ouvre sa maison au quarteron Antoine Lavoile et à
63Article 6 du règlement de 1773.
64Sur la complexe question de l’identification des libres de couleur voir D. Rogers, Les Libres de couleur.. .Opus cité, chapitre V.
65De Vastey, Chanlatte et Dupuy auprès du roi Christophe ; Thomas Madiou, Emile Nau et
Louis Dufrène auprès de Faustin Ier
66On peut évoquer ainsi à la commission constitutionnelle de 1806 les anciens Nègres libres, Ambroise Magloire, David Troy et Guillaume Manigat. D. Nicholls, From Dessalines, Op. cit., 1996, p. 55.
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