La salsa sous le signe de la cubanité

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La salsa sous le signe de la cubanité J’ai soutenu en septembre un Mémoire intitulé « La salsa cubaine à Paris, construction et transformations d’une cubanité rêvée ». Dans ce Mémoire, j’ai essayé de décrire comment des acteurs cubains et non-cubains vivant à Paris s’organisaient pour faire vivre et vivre d’un milieu musical et chorégraphique, celui de la « salsa cubaine ». Par « cubanité rêvée », j’entends que, dans ce milieu, l’île de Cuba et toute personne ou qualité qui pourrait lui être apparentée est d’emblée distinguée et idéalisée : le « peuple » cubain serait naturellement doué pour la musique, il ferait l’expérience d’une entente sociale extraordinaire. En conséquence, savoir danser « à la cubaine »donnerait accès à une forme d’allégresse et l’on pourrait soi-même, au sein d’une communauté de danseurs « transplantée », goûter à ce plaisir de faire partie d’« un peuple de la musique ».

Mais justement, la musique, pour la plupart des danseurs amateurs, semble être secondaire. La plupart d’entre eux sont concentrés sur l’apprentissage des chorégraphies. Bien souvent, les sorties dansantes ne consistent pas à vouloir découvrir un groupe qui les fera « groover », mais sont une
occasion de s’exercer, parfois aux dépens du partenaire et de l’écoute musicale.
Mon terrain parisien représente un milieu de quelques centaines d’acteurs qui sont principalement des danseurs amateurs, des professeurs de salsa cubaine et d’autres danses cubaines, des djs, des organisateurs de soirée et souvent simultanément de voyages à Cuba, des musiciens. Je cite volontairement les musiciens en dernier car ils sont aujourd’hui les moins visibles, du moins les musiciens locaux. La majorité des musiciens sont cubains, la plupart des professeurs et djs sont Cubains mais aussi Haïtiens, Martiniquais, Guadeloupéens et Français hexagonaux. Dans mon
ethnographie, je me suis principalement intéressée aux clubs de danse et aux écoles. De mon expérience parmi les acteurs et avec eux (j’ai enseigné la salsa, organisé de petits concerts etc), je reviendrai sur les quelques traits communs des danseurs amateurs de salsa cubaine, puis je
retiendrai trois idées :
1) La salsa cubaine est entrée dans un âge mûr : après avoir enchanter, elle doit être rentable, aussi bien pour les organisateurs d’événements que pour les participants. L’exemple de la Défense.
2) Dans le milieu de la salsa cubaine parisien, il y a de plus en plus d’offres (de cours, de soirées etc) pour de moins en moins de place, et de demande. Soient des crabes plongés dans de l’eau bouillante. L’exemple des Quais de Seine.
3) Dans cette économie, les musiciens sont aujourd’hui à la marge. Au centre se trouve le trio de l’organisateur de soirée, du professeur et du disc-jockey. Je m’appuierai sur le parcours d’un musicien, Nelson Palacios, pour illustrer cette position délicate.

Pour commencer , je serai un bref rappel historique. La salsa est née sous ce nom (c’est comme le funk d’hier une étiquette commerciale) dans les années 1970 à NY. Salsa !, littéralement « sauce ! », est originellement une interjection pour encourager les orchestres. Reprise par le label newyorkais Fania Records en vertu de son usage banalisé, elle devint une appellation pratique pour identifier un certain nombre d’artistes latino-new-yorkais en vogue. A Paris et je crois que l’on pourrait dire en Europe, la « salsa » n’est plus tant la musique de revendication de communautés latinocaribéennes unies par leur destin d’exil mais, en revanche, la propriété musicale de pays présentés par leurs ressortissants comme étant chacun «aux origines » de la salsa. Ainsi à Paris, la salsa est principalement incarnée par trois réseaux d’acteurs dominants: celui de la salsa colombienne, de la salsa portoricaine et de la salsa cubaine. Or, il existe beaucoup d’autres variations de salsa, nées pour la plupart dans les Amériques : L.A. Style, salsa on 2…
[DIAPO 2 ]
On pourrait aussi citer des milieux minoritaires de salsa, comme une jeune association parisienne, Jew Salsa, qui dit mêler « timba cubaine (le style musical cubain sur lequel se danse le plus fréquemment les figures de la salsa dite cubaine), musique klezmer, et figures de danse orientale.
Une hybridation qui, pour en avoir été témoin, en est encore au stade expérimental. [décrire la
photo] Comme le décrit le sociologue et danseur Christophe Apprill dans son livre sur le Tango Argentin en France, la France connaît depuis les années 1980 un renouveau des danses de couple, en particulier dans leur version latino-américaine. La salsa s’impose au grand public un peu plus
tard que le tango, dans les années 1990. Plus ou moins à la même période, l’engouement pour la musique cubaine est réinitialisé par le film Buena Vista Social Club de Wim Wenders, sorti en 1999 et qui met en scène un projet musical du même nom réunissant 12 musiciens cubains. Si vous l’avez
manqué, vous avez peut-être eu la chance d’aller voir l’année suivante le film « Salsa ! », soit l’histoire d’un pianiste de musique classique qui se grime en mulâtre et se fait passer pour un cubain afin d’intégrer un groupe de musiciens, et de séduire une fille, bien entendu. Bref. A Paris, la salsa
cubaine compte une dizaine d’années de succès, avec un moment de gloire au début des années 2000. Au début des années 1990, ce sont des professeurs indépendants qui, comme l’américaine Susan Sparks au club Les Etoiles, improvisaient des cours avant les concerts de musiciens. A la fin
des années 1990 , des lieux dédiés au monde « latino » ont fleuri, notamment autour de la Bastille, le Barrio Latino ou le Cuba Compagnie. Les cours se sont peu à peu institutionnalisés dans et en dehors des clubs. Des écoles ont été créées, par des ressortissants cubains, portoricains, colombiens, mais aussi antillais ou américains. Aujourd’hui, certaines écoles brassent des centaines d’élèves, comme l’Ecole des Danses Latines et Tropicales, Salsalianza ou Cubanadanse. Elles ont formé des milliers de danseurs amateurs qui sillonnent les soirées de la capitale, les stages, festivals et congrès de France, d’Europe voire du monde. Il y a en effet un réseau mondial de salseros, qui s’informent et communiquent via les réseaux sociaux et les sites de référencement locaux.
La grande majorité des soirées dansantes, qui accueillent désormais que très rarement de la musique en live, sont précédées par des cours dit « débutant » et « intermédiaire ». Le dj, souvent semiprofessionnel, voyageur et grand collectionneur de musiques, est devenu le personnage
indispensable. La musique existe dans l’espace de la danse grâce à lui, mais il « mixe » à l’écart des danseurs, symboliquement et physiquement, recevant seulement quelques habitués et amis. La plupart des danseurs ignorent l’existence du disc-jockey jusqu’à ce que survienne une avarie ou une
anomalie, lorsque la musique cesse de « fonctionner » correctement (par exemple, une panne de générateur électrique pour les djs qui animent les bals d’été sur les quais de Seine, ou un disque quin saute).
Concrètement, lors des soirées dansantes, les « marques de la cubanité » se matérialisent dans des manières similaires de se vêtir, de se mouvoir (tremblement épaules et roulement des hanches exacerbés, buste en avant…), d’employer certaines interjections (« Agua !1 », « Ahinama ! », « Aïe ! » etc). Pourtant, la diversité des participants (la salsa serait la championne du meltingpot) est systématiquement vantée. Cette contradiction apparente m’a fait penser à une analyse que fait un lecteur de Michèle de La Pradelle (1996) : « À Carpentras, par exemple, le marché est un événement marquant de la vie de la cité qui se présente comme une célébration de l’identité locale. Or, beaucoup de chalands viennent d’ailleurs. On y trouve beaucoup de touristes ou de gens qui ne sont pas originaires de la ville. Si bien que pour être partie prenante de cet événement, on se doit d’affirmer une appartenance locale fictive ou non, simplement pour en être. Cette revendication passe en partie par la neutralisation des identités des acteurs. Et cette indifférenciation des identités a pour effet de produire à une égalité formelle de tous les partenaires.»2 Par tous ces codes partagés, du vêtement à l’exclamation au refrain scandés en coeur sans en comprendre les paroles, les danseurs de salsa cubaine deviennent aussi des « partenaires », audelà du couple de la danse. Un partenariat exigent, nous allons le voir…Les soirées ne sont pas
seulement « conviviales ».
2) La soirée de salsa cubaine doit être rentable, pour son organisateur mais aussi pour ses participants. Parlons d’abord des organisateurs et prenons pour exemple une configuration typique : un organisateur propose à un gérant de salle, restaurant, bar ou boîte de nuit, d’organiser une soirée de salsa. Le plus souvent, il est déjà en lien avec un ou plusieurs professeurs et un ou plusieurs dj. L’organisateur peut décider de faire appel à des musiciens plutôt qu’à un dj. Seulement, le dj demandera un dédommagement de 100 à 150 euros par soirée, tandis que chaque musicien (moins
de trois est très risqué) lui demandera légitimement, et cela paraît encore dérisoire pour deux sets d’une heure, 50 euros. Les musiciens ne sont plus rentables car le public aurait changé : de manière caricaturale et selon le témoignage de gérants, il ne s’agit plus d’un public néophyte et consommant
au bar mais d’un public de danseurs aguerris qui veut danser, et la danse exclut la consommation d’alcool. Aujourd’hui, les sociabilités se sont recentrées sur la danse comme activité sportive, voire compétitive. La danse aurait pris le pas sur la musique, qui n’est plus valorisée que comme support.
La soirée de salsa doit non seulement apparaître rentable pour ses organisateurs, mais aussi pour ses participants. Certains danseurs amateurs m’ont dit se comporter de manière consumériste, je reprends le mot d’un danseur : ils espèrent danser avec le plus de partenaires, avec les meilleurs
partenaires, ils n’acceptent pas de perdre une danse avec un débutant, ils sortent 5 fois par semaine,ils cherchent le club le plus près de leur domicile,  le moins cher etc. Les danseurs optimisent leur sortie dansante et les activités qui y sont liées : cours, stages principalement. Comme pour d’autres
loisirs, les écoles qui dispensent des cours de salsa cubaine proposent des cartes avec un certain nombre de cours, des réductions sur les produits dérivés pour les élèves « membres » etc. Dès lors, appartenir à une école détermine beaucoup de choses : le parcours des soirées que l’on va
fréquenter, les amitiés liées à la danse, parfois les goûts musicaux etc. Chaque danseur dispose dans son paysage mental d’une cartographie des lieux à danser. Ces lieux organisent les statuts entre les danseurs, par leurs droits d’entrée, leur emplacement, leur musique en live ou non. Par exemple,
plus l’horaire est tardif, plus la population des danseurs est qualifiée, voire plus elle devient latine.

[DIAPO 3] Pour géocaliser un peu ces lieux, Sauf quelques rares enclaves comme le Jane Club dans le quartier latin, les principaux se trouvent dans l’Est parisien, dans le Paris « populaire » s’il en est un: la Pena Festayre à la Porte de la Villette (soirées hebdomadaires du jeudi), le restaurant
Los Mexicanos, métro Poissonnière (les mardis), le Retro Dancing, proche de la place de la République (samedi), plusieurs lieux dans le quartier festif de Bastille…Le seul lieu de concert hebdomadaire est La Casa Cubana (« La maison cubaine ») à Montreuil, un lieu culturel dédié à Cuba et qui propose deux concerts par semaine, les vendredis et samedis, ainsi que des cours et diverses animations en semaine.
Les midis dansés de La Défense sont un exemple d’activité dansée optimisée pour un « rendement » optimal en termes de proximité avec le travail et de présence de partenaires de bon niveau technique (aux dépens parfois d’une bonne écoute musicale) . Tous les mercredis midi à La Défense, de 12h30 à 14h, sous le dôme du centre commercial des Quatre Temps, une piste de parquet accueille un bal de salsa. C’est l’association « Dejs de la Défense » qui l’organise. La plupart des danseurs descendent des tours environnantes mais deux fidèles d’entre eux viennent par exemple du Conseil Général des Hauts de Seine, Nanterre. L’événement est gratuit et ne porte pas de bannière. Les danseurs, quel que soit leur style de prédilection, s’accommodent de la timba, d’un morceau du colombien Joe Arroyo ou d’un vieux tube du Gran Combo de Puerto Rico. La programmation est éclectique ; chacun danse à son rythme sur le même espace, observé par les clients du restaurant japonais voisin et par les passants qui collent leur nez à la baie vitrée enserrant la piste. A priori, rien à signaler. On croirait « la salsa » à nouveau unie. En réalité, à chaque invitation, les partenaires se mettent d’accord pour danser « la salsa cubaine » ou « la portoricaine », et refuse parfois un partenaire en raison de sa filiation.
Lorqu’on questionne les danseurs, ils disent vouloir « décompresser », « se vider la tête », « oublier le boulot ». Ils avalent un sandwich en quatrième vitesse ou raccourcissent leur pause déjeuner des autres jours pour que celle du mercredi soit plus longue. La salsa est une pratique parmi d’autres (ils courent ou nagent d’autres midi) pour « combler » un temps libre chronométré. Souvent, peu importe la musique, peu importe les paroles (la plupart des danseurs des soirées et midi de salsa cubaine ne sont pas hispanophones), peu importe le lieu coincé entre un restaurant japonais et des cinémas. Cela pourrait sonner comme une escapade romantique, mais cela a souvent des allures calibrées. Les danseurs s’accommodent de pratiques de la danse « pratiques », et ces contextes ne laisse pas de place aux musiciens (demande un minimum de logistique : place, espace, assez de temps…).
[DIAPO 4] Un autre type de manifestation qui témoigne du « panier de crabe » : De juin à septembre, la Mairie de Paris autorise l’utilisation d’une esplanade et de quelques alvéoles sur les quais, non loin de l’Institut du Monde Arabe. Des milongas3 de tango, des bals de salsa, de rock, de
danses écossaises… ont lieu chaque soir sous réserve du beau temps. L’accès est libre, bien que certains organisateurs du côté de la salsa commencent à faire des quêtes de plus en plus moralisatrices et à organiser des vestiaires payants. Ces événements de plein air sont ouverts au grand public (c’est aussi l’occasion pour les nombreux professeurs de danses de couple de faire leur promotion avant la rentrée). Les danses « de tout le monde » cohabitent et les danseurs butinent d’une alvéole à l’autre.
L’organisation menée par le fédération d’associations Paris Danse en Seine (PDES) ne fait pas l’unanimité. Certains danseurs accusent le collectif de n’être qu’un relais au service de la promotion d’écoles de danse. Les soirées et aprèsmidi dansantes sur les quais sont en effet précédées de cours
d’initiation et autres animations où se produisent les principaux professeurs de région parisienne. Les danseurs voient dans ces animations des entraves à la danse. Eux viennent pour danser, non pour entendre des discours de professeurs et discjockeys qui se « congratulent sur leur travail ». Cidessous, un commentaire d’internaute danseurs sur Facebook où le groupe « Quais de Seine des
organisateurs officiel » est l’une des principales plateformes de débats :
« C’est marrant, en 11 ans de salsa, je serai passé de mai septembre, 21h-2h (voire 4/5h parfois…) à juillet/août 21h-22h30. Sérieusement, voir Pécresse et Huchon illustre par l’absurde ladérive de l’événement “quais salsa”. Et qu’on cesse de mettre cette dérive sur le dos de la préfecture
ou du port autonome ! »
Cette citation de Valérie Pécresse et Jean-Paul Huchon fait référence à leur présence à la soirée d’ouverture des « quais salsa » le 25 juin 2014. Selon cet internaute, les représentants de plusieurs causes (représentants politiques, représentants du milieu enseignant et culturel des danses et musiques cubaines) grignotent peu à peu l’espace et le temps des danseurs. À mesure que leur fréquentation s’est intensifiée, les quais sont en effet devenus un espace d’expression et de visibilité médiatique convoité. On est loin du poste radio et de la clave dans un coin. Néanmoins, selon l’auteur, les organisateurs de l’événement ne reconnaissent pas ce qui serait une forme de spoliation due à des enjeux de pouvoirs internes au milieu. Le début d’été pluvieux qu’a connu l’année 2014 avive ces tensions. Les danseurs attendent ce moment estival toute l’année et sont d’autant plus frustrés de remarquer la réduction des plages horaires de danse et de percevoir entre les lignes une concurrence interne aux associations, qui sont presque toutes partenaires d’ écoles. La plupart se sentent dépossédés d’un événement qui serait organisé pour eux. Parlons maintenant du parcours du musicien en question, Nelson Palacios.
Nelson Palacios passa les vingt-six premières années de sa vie à Cuba (éventuellement entre Cuba et la Jamaïque pour des tournées). Il a grandi à San Miguel del Padron, selon lui un « quartier rasta » de La Havane où le reggae était une véritable culture de rue. Cela ne l’a pas empêché d’apprendre le piano et le violon dans un établissement équivalent au conservatoire, découvrant à quatre ans la « musique classique » (a Cuba, distinction très forte selon lui entre musique classique et musique populaire). A l’adolescence, il a commencé à jouer de la « musique cubaine » avec des groupes aficionados, puis professionnels. Il arriva en France en 2001 avec le quartet de jazz de Carlos Maza et sillonne aujourd’hui l’Europe en représentant et défenseur de la musica popular cubana. A Paris, il est connu comme musicien donnant des concerts dans les soirées de salsa cubaine, mais son activité ne se limite pas à cette ville et à ce répertoire. A Madrid, il appartient à un autre groupe, les Cuban Beats All Stars, qu’il forme avec trois anciens membres du groupe de rap cubain Orishas. La plupart des gens ne savent pas ce qu’il fait à Madrid et vice versa, et il en est fier.
J’ai rencontré Nelson Palacios en 2011 alors qu’il jouait régulièrement le dimanche au
Dansoir Karine Saporta, sur le parvis de la BNF, et au restaurant de la Cinémathèque française, le 51, deux lieux qui ne programment plus de salsa. Néanmoins, Nelson Palacios est un des rares musiciens (de musiques cubaines) parisien qui peut vivre de sa musique. C’est en quelque sorte en
étant “partout” qu’il y arrive. En 2014, nous pourrions dire que Nelson Palacios se produisit aux trois coins du monde : en Amérique Latine lors d’une tournée avec le groupe Cuban Beats All Stars, en Côte d’Ivoire pour le Congrès de Salsa d’Abidjan aux côtés d’un autre groupe en mai, en Corse
pour le festival Kulturarte en mai également, bien sûr à Paris tout au long de l’année, à Madrid en janvier avec les Cuban Beats All Stars et en Europe continentale pour des festivals de musique estivaux. Durant le même mois, il peut diriger des ateliers de charanga et de changuï, (respectivement une formation et un style de musique cubains), animer une soirée dansante dans un bar où il sera amené à réinterpréter pour la centième fois La Guantanamera, accompagner musicalement un stage de salsa cubaine, jouer ses propres compositions à La Casa Cubana à Montreuil, tout en dansant la salsa avec son public à la pause. Il enseigne aussi depuis 2007 dans une école de musique privée du 20ème arrondissement : l’Institut des Arts Afro-Caribéens. « Il faut bien payer son loyer », dit-il.
Par rapport à sa place de musicien dans les soirées dansantes, Nelson Palacios témoigne en ces termes : « Il y avait la Flèche d’or, la Coupole…il y avait toujours les mardis de la Coupole.
Il y avait la Java, les Étoiles… Il y avait plein d’endroits pour jouer ! Tous les musiciens pouvaientaller jouer. C’était pas comme aujourd’hui : « bah, moi j’organise une soirée, j’aurai besoin de musiciens… ». Avant, c’était…Le lieu. On va à tel lieu, il y a de bons musiciens. Avant, c’était partout ! Maintenant, il reste quelques lieux : New Morning, Cabaret Sauvage…[…] Maintenant, il y a plein de soirées, soirées…Donc la valeur des musiciens, elle s’est perdue, là. Aujourd’hui, les organisateurs, c’est les vraies stars. C’est plus les musiciens. Donc, dès que tu arrives, t’as pas de valeur pour le public. C’est pour ça qu’ils vont pas payer… Ça, c’est pour les grou Cubains de Paris ont un autre statut que les Cubains de Cuba ou de Miami, plus « authentiques » aux yeux du public en quête d’exotisme, ou du moins d’étrangeté. Les tournées européennes des musiciens cubains de

Cuba sont très fréquentes. Cet été, la région parisienne accueillit chaque semaine un représentant de la « musique cubaine ». Samedi dernier, Puppy y los que son son, un groupe qui a la cote, se sont par exemple produits au Back Up, discothèque du 15ème arrondissement. Hier, Philipp Tagg a
montré un extrait du concert de Los Van Van, un des plus célèbres groupes cubains, qui se sont produits le 7 mai à Enghien les bains. Les salseros parisiens les plus chevronnés se déplacent volontiers en Province ou à l’étranger pour ne pas « rater l’occasion », alors qu’ils dédaignent la
scène locale. Il est aussi vrai que les groupes locaux peuvent paraître moins attractifs car ils ont rarement la possibilité de jouer en formation complète, encore une fois pour des questions de rémunération Aujourd’hui, ceux qui font autorité au yeux des danseurs amateurs sont surtout les
professeurs de danse.

La population générale des danseurs amateurs est de plus en plus qualifiée, c’est-à-dire qu’elle a une maîtrise technique de plus en plus aboutie et que les écoles de danse développent en conséquence une quantité de formations et de distractions qui nivellent (et ralentit) leur progression. Les danseurs amateurs veulent avant tout danser, et la musique enregistrée leur convient. En contrepartie, les lieux de concerts hebdomadaires se sont raréfiés. Cette pénurie créée une vive concurrence entre les musiciens mais aussi une dynamique d’alliances entre plusieurs formations musicales qui fonctionnent comme des réseaux de coopération, chose que je n’ai pas décrite dans l’exposé. Les musiciens ont souvent des carrières binationales, se déplacent énormément, enseignent, et peuvent aussi compter sur des initiatives d’amateurs de musique qui mettent à profit leur compétences personnelles. Ainsi, Mauricio, un ingénieur du son parisien, a fondé en 2012 l’association loi 1901 Kimbombo Productions dans le but de promouvoir quatre groupes de musiques dites latino-américaines dont celui de Nelson, Nelson Palacios y su Cosa Loca. A ce titre et avec Mauricio comme ingénieur du son, Nelson sera en concert ce soir à la Pena Festayre, un restaurant basque proche de la Porte de la Villette.pes qui viennent de France, ou d’Europe. Mais si c’est des groupes qui viennent de Cuba, Havana de Primera, je sais pas quoi…Ah, là ! Après, on vient tous de Cuba ! […] Nous, les Cubains qui habitons à Paris, on est comme…des Martiens ! » (entretien chez Nelson, le 23 décembre 2013).

Les Cubains de Paris ont un autre statut que les Cubains de Cuba ou de Miami, plus « authentiques » aux yeux du public en quête d’exotisme, ou du moins d’étrangeté. Les tournées européennes des musiciens cubains de Cuba sont très fréquentes. Cet été, la région parisienne accueillit chaque semaine un représentant de la « musique cubaine ». Samedi dernier, Puppy y los que son son, un groupe qui a la cote, se sont par exemple produits au Back Up, discothèque du 15ème arrondissement. Hier, Philipp Tagg a montré un extrait du concert de Los Van Van, un des plus célèbres groupes cubains, qui se sont produits le 7 mai à Enghien les bains. Les salseros parisiens les plus chevronnés se déplacent volontiers en Province ou à l’étranger pour ne pas « rater l’occasion », alors qu’ils dédaignent la scène locale. Il est aussi vrai que les groupes locaux peuvent paraître moins attractifs car ils ont rarement la possibilité de jouer en formation complète, encore une fois pour des questions de rémunération Aujourd’hui, ceux qui font autorité au yeux des danseurs amateurs sont surtout les professeurs de danse. La population générale des danseurs amateurs est de plus en plus qualifiée, c’est-à-dire qu’elle a une maîtrise technique de plus en plus aboutie et que les écoles de danse développent en conséquence une quantité de formations et de distractions qui nivellent (et ralentit) leur progression. Les danseurs amateurs veulent avant tout danser, et la musique enregistrée leur convient. En contrepartie, les lieux de concerts hebdomadaires se sont raréfiés. Cette pénurie créée une vive concurrence entre les musiciens mais aussi une dynamique d’alliances entre plusieurs formations musicales qui fonctionnent comme des réseaux de coopération, chose que je n’ai pas
décrite dans l’exposé. Les musiciens ont souvent des carrières binationales, se déplacent énormément, enseignent, et peuvent aussi compter sur des initiatives d’amateurs de musique qui mettent à profit leur compétences personnelles. Ainsi, Mauricio, un ingénieur du son parisien, a fondé en 2012 l’association loi 1901 Kimbombo Productions dans le but de promouvoir quatre groupes de musiques dites latinoaméricaines dont celui de Nelson, Nelson Palacios y su Cosa Loca. A ce titre et avec Mauricio comme ingénieur du son, Nelson sera en concert ce soir à la Pena Festayre, un restaurant basque proche de la Porte de la Villette.

 

Tiré du texte de: Claire Clouet

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Arts · Culture · FNUIPH

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