Sur la Vérité: La Tyrannie de l’Illusion

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Par Stefan Molyneux

D’un point de vue simplement pratique et à court terme, vous ne voulez vraiment pas lire ce livre. Ce livre va chambarder votre vie telle que vous la connaissez. Ce livre va changer chacune de vos relations interpersonnelles – de manière encore plus importante, votre relation avec vous-même. Ce livre va changer votre vie même si vous n’implémentez aucune des propositions qu’il contient. Ce livre va changer votre vie même si vous êtes en désaccord avec chacune des idées qu’il propose. Même si vous le déposez maintenant, ce livre va avoir changé votre vie, puisque maintenant vous savez que vous avez peur du changement.

Ce livre est radioactif et douloureux – ce n’est qu’incidemment le genre de radiation et de douleur qui va vous guérir.

Relations

Il n’y a réellement que trois sortes de relations interpersonnelles dans le monde. La première est celle dont nous rêvons tous – joyeuse, mutuellement bénéfique, profonde, significative, divertissante, un véritable plaisir à avoir et à garder.

Cette sorte de relation est extraordinairement rare. Si cette sorte de relation était un animal, elle ne serait même pas sur la liste des espèces en danger. Elle serait par beaucoup considérée éteinte.

La deuxième sorte de relation est mutuellement bénéfique, mais pas joyeuse, profonde ou significative. C’est la sorte de relation que vous avez avec votre épicier, votre banquier, et peut-être votre patron. Elle est volontaire, définie par un contrat implicite ou explicite, et peut ordinairement être rompue ou terminée sans culpabilité, regret ou remords.

Cette sorte de relation n’est pas inhabituelle, mais pas très importante non plus. Nous ne perdons pas nos vies, notre bonheur ou nos propres âmes dans le creux de ce genre de relations. Elles sont de simples calculs d’utilité mutuelle. Nous ne sommes pas obligés d’aller au lit de mort de nos banquiers; nos épiciers ne nous forcent pas à aller à l’église lorsque nous n’avons pas la foi; nous entrons rarement dans des disputes avec nos patrons sur la question de baptiser nos enfants ou pas.

Non, c’est la troisième sorte de relation qui nous inquiète le plus dans nos vies. C’est la troisième sorte de relation qui nous torture si souvent. C’est la troisième sorte de relation qui sape notre joie, notre intégrité et notre indépendance. 

La première sorte de relation n’implique pas d’obligations, mais du plaisir. Il n’y a aucun besoin de culpabilité ou de manipulation, d’intimidation ou de contrôle, de larme ou d’agressivité passive. Nous n’avons pas besoin d’obligations pour nous attirer vers ce qui nous donne du plaisir, pas plus qu’un enfant n’a besoin d’être cajolé pour manger ses bonbons.

La deuxième sorte de relation implique des obligations, mais elle est choisie volontairement, pour avantage mutuel. Nous payons notre hypothèque; la banque nous donne une maison. La relation est contractuelle, et donc n’a pas besoin de culpabilité ou de manipulation.

C’est sur la troisième sorte de relation que ce livre va se concentrer. 

C’est la troisième sorte de relation qui nous dévore vivants.

La Troisième Sorte

La troisième sorte de relation a trois principales composantes. La première et qu’elle n’est pas choisie; la deuxième est qu’elle implique des obligations, et la troisième est qu’elle est considérée morale.

Le premier et plus important aspect de cette sorte de relations est qu’elle n’est pas consentie volontairement. Vous êtes né dedans. Vous ne choisissez pas vos parents. Vous ne choisissez pas vos frères et sœurs. Vous ne choisissez pas votre famille élargie. Vous ne choisissez pas votre pays. Vous ne choisissez pas votre gouvernement. Vous ne choisissez pas votre religion. Vous ne choisissez pas votre école. Vous ne choisissez pas vos professeurs.

Tristement, lorsque vous êtes un enfant, la liste est presque sans fin. 

Vous êtes né dans ce monde sans choix, dans un environnement familial, social, éducationnel, politique et géographique qui n’était qu’accidentel. Et pour le reste de votre vie, tout le monde va essayer de vous convaincre que vous êtes responsable de cet accident. 

Vos parents ont décidé d’avoir un enfant – vous n’étiez d’aucune façon impliqué dans ce choix, puisque vous n’existiez pas encore lorsque la décision a été prise. Même si vous avez été conçu par accident, ou adopté, vos parents ont décidé de vous garder.

Donc la relation de vos parents avec vous lorsque vous étiez enfant était essentiellement contractuelle, de la même façon que si vous achetez un chien, vous êtes dans l’obligation de le nourrir. Naturellement, il est préférable – et certainement possible – que votre relation avec vos parents soit aimante, mutuellement agréable, respectueuse et plaisante.

Mais comme je l’ai dit plus tôt, cette sorte de relation est, malheureusement, beaucoup trop rare.

D’entières générations d’enfants ont grandi avec l’idée que l’acte d’être né crée une obligation.

C’est entièrement faux, et un des mythes les plus destructeurs de l’humanité.

Premièrement, je vais vous dire ce qui est vrai. Ensuite, je vais vous dire pourquoi c’est vrai. Et après, je vous dirai comment changer.

Ce Qui Est Vrai

Il est vrai que vos parents ont décidé de vous avoir. Il est aussi vrai qu’en faisant ce choix, vos parents ont assumé une obligation volontaire envers vous. Cette obligation consistait de deux parties: La première était physique, la deuxième morale.

La partie physique de cette obligation était l’habillement, la nourriture, l’attention médicale, l’abri, etc. – les besoins physiques de base. Je ne passerai pas beaucoup de temps là-dessus dans ce livre, puisque la vaste majorité des parents réussissent à acquérir nourriture et abri pour leurs enfants – et ceux qui échouent sont si évidemment déficients qu’un livre philosophique n’est guère requis pour mettre en lumière leurs défauts.

Les obligations morales que vos parents ont assumé en décidant de vous avoir étaient doubles. La première partie est plus ou moins comprise dans la société et consiste de toutes les vertus standard tel que vous éduquer, vous garder en sécurité, s’empêcher de vous maltraiter physiquement ou émotionnellement, etc.

La deuxième partie de l’obligation morale de vos parents envers vous est beaucoup plus subtile et corrosive. C’est le domaine de l’intégrité, et est un grand défi pour les sociétés à travers le monde. 

Intégrité 

L’intégrité peut être définie comme une cohérence entre la réalité, les idées et le comportement. La cohérence avec la réalité est de ne pas dire à un enfant que papa est ”malade” quand il est en fait ivre. La cohérence avec le comportement est de ne pas gifler un enfant pour avoir frappé un autre enfant. La valeur de cette sorte d’intégrité est aussi bien comprise par plusieurs, même si imparfaitement pratiquée, et nous ne nous y attarderons pas beaucoup non plus.

C’est la cohérence avec les idées qui cause le plus de problèmes pour les familles – et le plus de souffrance à long-terme pour les enfants à travers leurs vies.

Lorsque vous étiez enfant, on vous a dit encore et encore que certaines actions étaient soit bien ou mal. Dire la vérité était bien; voler était mal. Frapper votre frère était mal; aider votre grand-mère était bien. Être à l’heure était bien; ne pas faire vos corvées était mal.

Implicitement, dans toutes ces instructions – des instructions morales – il y avait la prémisse que vos parents savaient ce qui était bon et ce qui était mauvais; ce qui était bien ou mal.

Pensez-vous que c’était réellement vrai ? Est ce que vos parents connaissaient ce qui était bien ou mal lorsque vous étiez enfant ?

Quand nous disons à un enfant que quelque chose est mal – pas seulement incorrect, mais moralement mauvais – il n’y a vraiment que deux possibilités. La première est que nous connaissons réellement ce qui est bien ou mal en général, et nous appliquons nos connaissances morales universelles sur une action spécifique commise par l’enfant.

C’est toujours présenté à l’enfant de cette façon. C’est aussi presque toujours le mensonge le plus dangereux du monde.

La seconde possibilité est que nous disons à notre enfants que ses actions sont ”mauvaises” pour une variété de raisons qui n’ont rien à voir avec la moralité de quelque manière que ce soit. 

Par exemple, nous pouvons dire à un enfant que voler est mal parce que:

1. Nous sommes embarrassés par les actions de notre enfant.

2. Nous avons peur d’être perçu comme un mauvais parent.

3. Nous avons peur que le vol de notre enfant soit découvert.

4. Nous répétons simplement ce qu’on nous a dit.

5. Humilier notre enfant nous procure du plaisir.

6. Corriger notre enfant sur ”l’éthique” nous fait sentir moralement supérieurs.

7. Nous voulons que notre enfant évite des actions qui ont fait en sorte que nous avons été puni étant enfants.

Etc, etc.

En assumant qu’ils ne sont pas terrifiés, lorsqu’ils reçoivent une instruction morale pour la première fois, la plupart des enfants vont demander ”Pourquoi ?” Pourquoi voler est-il mal ? Pourquoi mentir est-il mal ? Pourquoi intimider est-il mal ? Pourquoi frapper est-il mal ?

Ce sont toutes des questions parfaitement valides, similaires à demander pourquoi le ciel est bleu. Le problème surface dans le fait que les parents n’ont pas de réponses rationnelles, mais prétendent éternellement qu’ils en ont. 

Lorsqu’un enfant nous demande pourquoi quelque chose est mal, nous entrons dans un terrible dilemme. Si nous disons que nous ne savons pas pourquoi mentir est mal, nous croyons que nous allons perdre notre autorité morale dans les yeux de notre enfant. Si nous disons que nous savons pourquoi mentir est mal, nous gardons notre autorité morale, mais seulement en mentant à notre enfant.

Depuis la chute de la religion, nous avons perdu notre route en terme d’éthique. En tant qu’athée, je ne déplore pas la perte des illusions de dieux et de démons, mais je suis alarmé du fait que nous n’avons pas encore admis que la chute de la religion ne nous a pas procuré une boussole morale objective et rationnelle. En refusant d’admettre que nous ne savons pas ce que nous faisons éthiquement, nous commettons une grave erreur morale sur nos enfants.

Fondamentalement, nous leur mentons sur notre bonté.

Nous leur disons que certaines choses qu’ils font sont bien ou mal – et pourtant nous ne leur disons pas pourquoi ces choses sont bien ou mal. Si notre enfant nous demande pourquoi mentir est-il mal, nous pouvons dire que mentir cause de la douleur aux gens – mais la dentisterie aussi – ou nous pouvons dire ”tu n’aimes pas quand quelqu’un te ment” ce qui serait un incitatif à ne pas se faire prendre, plutôt qu’à ne pas mentir, etc. Chaque réponse que nous inventons amène à encore plus de questions et d’incohérences. Que faisons nous ensuite ?

Eh bien, nous devons les intimider. 

Cela ne veut pas dire les frapper ou crier – même si c’est beaucoup trop souvent le cas, malheureusement – parce qu’en tant que parents, nous avons un arsenal presque infini de tactiques passives-agressives tel que soupirer, avoir l’air exaspéré, changer le sujet, leur offrir un biscuit, les amener prendre une marche, faire semblant d’être ”trop occupé”, les distraire ou les rejeter d’un million de façons différentes. 

Ce genre de questions innocentes sur la moralité représentent une sorte d’horreur pour les parents. En tant que parents, nous devons garder notre autorité morale sur nos enfants – mais en tant que citoyens du monde moderne, nous n’avons pas de base rationnelle sur notre autorité morale. Nous sommes donc forcés de mentir à nos enfants sur la bonté et notre connaissance de celle-ci, ce qui transforme la vertu d’une discipline rationnelle à un conte de fées effrayant.

Dans le passé, lorsque la mythologie religieuse était dominante, quand les enfants demandaient ”D’ou vient le monde ?” les parents pouvaient répondre que Dieu l’a fait. Malgré l’ignorance religieuse de ceux qui font cette affirmation encore aujourd’hui, la plupart des parents modernes fournissent l’explication rationnelle et scientifique de l’origine du monde, ou du moins vont envoyer leurs enfants sur l’Internet, à une encyclopédie ou à la bibliothèque.

Il y a eu un temps, toutefois, où la question de l’origine du monde était très difficile à répondre. Quand les explications religieuses devenaient de moins en moins crédibles, mais les explications scientifiques n’étaient pas encore tout à fait établies, les parents devaient dire – s’ils voulaient parler avec intégrité – ”Je ne sais pas d’où vient le monde”.

En exprimant ouvertement leur manque de certitude, les parents n’ont pas seulement agi avec honnêteté et intégrité, mais ont aussi stimulé leurs enfants à poursuivre une vérité qui était, il faut en convenir, absente de leur monde. 

Hélas, nous souffrons des difficultés similaires aujourd’hui, mais sur un sujet beaucoup plus important. La base religieuse pour la moralité est tombée, mais nous n’avons aucune théorie crédible ou acceptée pour la remplacer. Pendant un temps, le patriotisme et l’allégeance à la culture avait un certain pouvoir pour convaincre les enfants que leurs ainés avaient une certaine connaissance éthique objective, mais maintenant que la corruption militaire et gouvernementale devient de plus en plus évidente, l’allégeance à un pays, à une armée ou à un État sont devenus des bases de plus en plus fragiles pour des absolus éthiques. Même nos théories chéries à propos de la démocratie sont maintenant sous de plus en plus haute pression, alors que des gouvernements gargantuesques continuent de se séparer des vœux de leurs citoyens et agissent dans un ”état naturel” quasi-total.

Les explications religieuses de la vertu ont échoué non seulement parce que nous ne croyons plus en Dieu, mais aussi parce qu’il est maintenant totalement évident que lorsque la plupart des gens parlent de la ”vérité”, ils font en fait référence à la culture. 

Culture

Pensez à un père dans un pays musulman. Quand son enfant lui demande: ”Papa, c’est quoi le bien ? ” il va généralement répondre: ”Obéir à Allah et Son prophète”. Pourquoi est-ce sa réponse ? Est-ce parce qu’il a eu la directe expérience avec le Prophète, écrit les livres saints lui-même, et a une compréhension directe de la moralité provenant du créateur originel ? S’il avait grandi seul sur une île déserte, est-ce que sa réponse aurait été la même ?

Bien sûr que non. Il ne fait que répéter ce qu’on lui a dit étant enfant.

Cependant, il y a beaucoup plus que cela.

Ce père musulman sait que son enfant va devoir survive – et idéalement, prospérer – dans une société musulmane. S’il dit à son enfant qu’il ne sait pas ce qui est bien ou mal, non seulement va-t-il perdre son autorité morale dans les yeux de son enfant, mais il va aussi amener son enfant vers d’éternels conflits avec tous les autres dans sa société.

En d’autres mots, si tout le monde ment à leurs enfants, quels sont les coûts – sociaux, romantiques, économiques et ainsi de suite – de dire la vérité a vos enfants ?

Mon voisin a quatre enfants adorables – l’autre jour, son fils est venu et m’a montré un dessin qu’il a fait, une représentation convenable de Jésus-Christ assis sur une roche et priant aux cieux. En toute innocence, il m’a demandé ce que je pensais du dessin. Naturellement, je savais que son père lui avait dit que Jésus-Christ était un homme-dieu réel et vivant qui est revenu des morts, a monté au paradis, et va le libérer du péché s’il communique télépathiquement son amour à son fantôme. Ce n’est pas plus ou moins horrifiant que n’importe quel autre culte de culpabilité et de contrôle. 

Mais qu’est-ce que je pouvais dire à cet enfant ? Pourrais-je dire que c’était un très bon dessin d’un personnage de fiction ? Pourrais-je lui dire que c’était une excellente représentation d’un conte de fées ? Pourrais-je voir la douleur et la surprise dans ses yeux ? Pourrais-je imaginer la conversation qu’il aurait plus tard avec son père, lui demandant pourquoi le gentil monsieur d’à côté lui a dit que Jésus-Christ était un personnage fictif ? Pourrais-je imaginer la froideur qui descendrait sur les relations cordiales entre nos deux maisons ? Pourrais-je imaginer son père dire à tous ses enfants de rester loin du gentil monsieur d’à côté, qui veut les éloigner de Dieu ? Pourrais-je supporter les regards glaciaux que je recevrais à chaque fois que je verrais sa famille pour les prochaines décennies…?

J’ai pris le chemin de non-résistance, mais je n’ai pas menti à l’enfant. Je lui ai dit que je pensais que l’image était bien dessinée, et je lui ai demandé ce que lui en pensait.

Dire la vérité n’est pas une chose facile.

Nous pouvons très facilement comprendre pourquoi les parents d’autres cultures répètent simplement les normes culturelles à leurs enfants comme si elles étaient des vérités objectives. Les parents japonais enseignent à leurs enfants l’obéissance et la piété; les parents catholiques enseignent leurs enfants à boire le sang de leur dieu; les parents musulmans enseignent à leurs enfants qu’un homme qui a marié une fille de six ans – et consumé ce mariage quand elle en avait neuf – est le parangon de la vertu; les parents occidentaux enseignent à leurs enfants que la démocratie est le plus grand idéal; les parents nord-coréens enseignent à leurs enfants que le dictateur qui dirige leur vie est une sorte de divinité qui les aime.

La liste continue encore et encore. Pratiquement chaque parent dans le monde croit qu’elle enseigne la vérité à son enfant, quand elle ne fait qu’infliger ce qu’on peut poliment appeler des mythologies culturelles à son enfant.

Nous mentons à nos enfants, tout en leur disant que mentir est mal.

Nous ordonnons à nos enfants de penser par eux-mêmes, tout en répétant les absurdités les plus préjudiciables comme étant des faits objectifs.

Nous disons à nos enfant d’être bons, mais nous n’avons aucune idée de ce qu’est vraiment la bonté.

Nous disons à nos enfants que le conformisme est mauvais (”Si tout le monde sautait du haut de l’Empire State Building, sauterais-tu toi aussi?”) mais nous sommes en même temps des esclaves complets de l’inertie historique des préjugés d’avant.

Trop Dur ?

J’ai souvent été accusé d’être trop dur envers les parents. ”Les parents font du mieux qu’ils peuvent dans des circonstances difficiles; vous ne pouvez pas juger les instructions parentales pratiques sur un genre de standard philosophique abstrait et absolu. Mes parents n’étaient pas des philosophes – ils me disaient simplement la vérité qu’ils croyaient, ce qu’ils pensaient vrai”.

La chose merveilleuse, lorsqu’il en vient à appliquer des concepts philosophiques dans nos propres vies est que les théories sont très faciles à tester. Discuter d’une théorie philosophique sur les causes du déclin de l’empire Romain est un exercice largement théorique, puisque nous ne pouvons pas revenir dans le temps pour la tester.

Les théories sur nos familles, par contre, sont très faciles à tester, assumant que nous avons accès aux membres de la famille en question.

Ma ferme croyance est que la plupart des êtres humains sont absolument brillants. Je suis venu à cette conclusion après des décennies d’étude de la philosophie et ayant eu les conversations les plus stupéfiantes avec d’innombrables personnes. Je suis maintenant certain que les parents savent exactement ce qu’ils font – et un test relativement simple peut prouver ceci à n’importe quelle personne rationnelle.

Un Exercice Pratique

Asseyez-vous avec vos parents et demandez-leur quelle est la capitale du Madagascar – ou une autre information anodine qu’ils ne savent probablement pas. Ils vont très probablement sourire, secouer la tête et dire: ”Je ne sais pas”. Ils ne vont pas éviter la question. Ils vont être plus qu’heureux de vous aider à trouver la réponse.

Après que vous ayez établi la capitale du Madagascar, demandez leur: ”C’est quoi, le bien?”

Je vous garantie absolument qu’il y aura un froid instantané dans la pièce – il va y avoir une quantité énorme de tension, et vos parents – et vous aussi, probablement – sentiront un désir très fort de changer le sujet, ou d’abandonner la question.

Pourquoi est-ce ainsi ? Pourquoi, lorsque vous demandez à vos parents ce qu’est la bonté, la tension dans la pièce monte dramatiquement ?

Eh bien, pour la même raison que Socrate a été introduit à une sinistre libation appelée cigüe.

Il y a une terreur dans la question ”Qu’est-ce que le bien?” parce que les figures d’autorité prétendent au droit de nous dire quoi faire basé sur leurs connaissances supérieures. Si nous décidons d’apprendre le karaté, nous nous soumettons au jugement et à l’instruction d’un expert en karaté. Si nous devenons malade, nous soumettons notre jugement à un docteur, un expert dans le domaine. En d’autres mots, lorsque nous ne savons pas, nous nous remettons à quelqu’un qui prétend en savoir plus.

Nos parents ont prétendu au droit de nous instruire sur le bien et le mal basé sur leurs grandes connaissances de l’éthique, pas basé sur leur pouvoir en tant que parents. Nos pères ne nous ont pas dit: ”Obéis moi ou je vais te battre”. Même si cette terrible phrase peut avoir sorti de leurs bouches à un certain moment, la base de leur éthique était que nous leur devions obéissance comme une juste dette, et donc que nous pouvions être punis pour ne pas leur donner. ”Tu honoreras ton père et ta mère” est une base d’instruction morale à travers le monde, à la fois religieux et laïque. Néanmoins,  l’honneur que nous sommes sensés conférer à nos parents doit être basée sur une connaissance et une pratique supérieure de la vertu – sinon le mot ”honneur” ne ferait aucun sens. Si nous étions jetés en prisons, nous obéirions les gardes parce qu’ils auraient le pouvoir sur nous, pas parce que nous les ”honorerions”. Si un voleur presse un couteau à nos côtes, nous lui donnons notre portefeuille – obéissons à ses voeux – non pas parce que nous l’honorons, mais parce qu’il a le pouvoir de nous faire du mal.

En utilisant le mot ”honneur”, les parents disent que nous leur devons allégeance dû à leur savoir supérieur et leur pratique de la vertu.

En ce moment, la fondation de l’éthique de la famille – la base entière de l’autorité des adultes – est que les parents savent distinguer le bien du mal, et que les enfants ne savent pas. Métaphoriquement, les parents sont les docteurs, et les enfants sont les patients. Les parents réclament l’autorité de dire à leurs enfants quoi faire pour la même raison que les docteurs réclament l’autorité de dire à leurs patients quoi faire – les connaissances supérieures du premier groupe, et l’ignorance relative du second.

Si vous êtes souffrant, et vous vous mettez sous l’autorité d’un docteur et suivez ses instructions, mais vous rendez compte que vous ne vous sentez pas mieux – mais en fait semblez empirer – il serait sage de vous assoir avec votre docteur et revoir ses compétences – particulièrement si vous ne pouvez pas changer de physicien pour quelque raison que ce soit. Puisque suivre ses instructions vous rend pire qu’avant, vous devez demander: ”Pourquoi devrais-je suivre vos instructions ?”

Ils serait logique de commencer par demander au docteur de confirmer ses références et diplômes. Ensuite, vous pourriez continuer en lui demandant ce qu’est sa définition de la santé, pour être certain que vous être sur la même page. Finalement, vous continueriez avec des questions plus spécifique sur la nature de votre maladie, la nature de ses connaissances de la médecine et du corps humain, et sa compréhension de vos maux et la méthodologie avec laquelle il a décidé de votre remède.

Ceci est la conversation que vous devez avoir avec vos parents sur la nature de la vertu et leur connaissance de celle-ci. Vos parents étaient les docteurs moraux de votre être lorsque vous étiez en train de grandir – si, en tant qu’adulte, vous êtes heureux et en santé, plein de joie et engagé dans des relations profondes et significatives, il vaut quand même la peine d’examiner le savoir de vos parents, puisque vous pourriez avoir des enfants dans un certains temps, et vous allez vous-même devenir un ”docteur” pour eux. 

Si, par contre, vous n’êtes pas heureux ou accompli en tant qu’adulte, alors il est essentiel que vous examiniez les connaissances éthiques de vos parents. Si votre régime de santé a été établi par un charlatan qui n’a aucune idée de ce qu’il fait, vous n’allez jamais être en santé tant que vous suivrez ses instructions, puisque personne ne peut arriver à la vérité au hasard.

Si un fou se fait passer pour un docteur, lorsqu’un patient lui demande ses références, il va sourire et dire ”Bien sûr que je n’en ai pas!” Son ouverture à propos de son manque de connaissances et de références établit sa relative innocence.

Cependant, lorsqu’un patient demande les références d’un docteur, si celui-ci évite la question, ou devient hostile ou dédaigneux, alors le docteur est clairement conscient de ce qu’il fait à un certain degré. Un homme qui commet un meurtre dans une station de police peut prétendre être fou; un homme qui tue en secret et ensuite cache le corps a la capacité du rationnel, même s’il semble incapable de vertu, et ne peut pas prétendre être cinglé.

Le fait que vos parents vont presque tout faire pour éviter la question ”Qu’est-ce que le bien?” est la connaissance la plus révélatrice que vous pouvez posséder. C’est le fait qui ouvre la cage de la culture toute grande. C’est le savoir terrifiant qui va vous libérer.

Vous n’allez pas seulement bénéficier d’examiner vos parents. Vous pouvez aussi vous assoir avec votre prêtre, et l’examiner à propos de la nature de l’existence de Dieu (c’est aussi une conversation utile à avoir avec des parents religieux). Si vous êtes persistant, et avez fait votre recherche à l’avance, vous allez rapidement découvrir que votre prêtre n’a pas de connaissance certaine de l’existence de Dieu – et qu’il va devenir très inconfortable et/ou agressif si vous persistez, et vous devriez.

Est-ce que c’est mal pour un prêtre de dire qu’il croit seulement en Dieu parce qu’il ”a un sentiment”? En termes de vérité, pas exactement – en termes d’intégrité, absolument. 

Le problème fondamental n’est pas que le prêtre prétend l’irrationalité émotionnelle de la ”foi” comme étant sa justification de sa croyance en Dieu, mais plutôt que l’existence de Dieu vous a été présenté comme un fait objectif, et aussi qu’on ne vous a jamais permis les mêmes critères pour ”le savoir”.

Ces deux facettes des faussetés que l’on vous a dit lorsque vous étiez enfant sont essentielles à votre libération en tant qu’adulte.

Fiction comme des Faits

Quand vous étiez enfant, vous n’aviez pas la capacité de valider objectivement les commandements de ceux qui avaient le pouvoir sur vous. Votre susceptibilité était une grande tentation pour ceux qui aimeraient mieux être crus qu’avoir raison. Tout pouvoir tend à corrompre, et le pouvoir que les parents ont sur leur enfant est le plus grand pouvoir du monde. 

Un enfant est biologiquement prédisposé à faire confiance et obéir à ses parents – ceci a une grande utilité, dans le sens que les parents vont souvent dire à leurs enfants de ne pas manger des baies empoisonnées, ne pas enlever une poêle à frire brûlante du four ou ne pas courir dehors toute la journée sans crème solaire. Les critères de la survie ont tendance à décourager d’éternels ”essai-erreurs”.

Lorsque les parents instruisent leurs enfants, ils peuvent présenter cette instruction comme étant conditionnelle, ou absolue. Des instructions conditionnelles – ne frappe pas ton frère sauf en légitime défense – ont tendance à amener à un nombre infini d’autres questions, et révèlent rapidement le manque de connaissance des parents. Pendant que l’enfant continue de demander ce qu’est réellement la légitime défense, si les attaques préventives sont acceptables, si taquiner peut être considéré comme une attaque et ainsi de suite, les zones floues innées de tous les systèmes d’éthique deviennent rapidement visibles. 

Lorsque ces zones floues deviennent plus claires, les parents craignent encore une fois la perte de leur autorité morale. Néanmoins, le fait que certaines zones de l’éthique sont plus difficiles à définir que d’autres ne veut pas dire que l’éthique est une discipline purement subjective. En biologie, la classification d’espèces très similaires pouvaient être tout aussi floue  – du moins, avant la découverte de l’ADN – mais cela ne veut pas dire que la biologie est une science purement subjective. L’eau ne peut jamais être parfaitement pure, mais ça ne veut pas dire que l’eau en bouteille est impossible à distinguer de l’eau de mer.

Dû à leur désir pour des commandements simples et absolus, les parents prennent une quantité énorme de temps à amener leurs enfants le plus loin possible des ”falaises” que sont les complexités morales. Ils déploient une variété de tactiques abusives et distrayantes pour achever cette fin – et toutes ces tactiques sont conçues pour convaincre l’enfant que ses parents possèdent une connaissance absolue des affaires éthiques.

Cependant, lorsque les enfants grandissent – particulièrement à l’adolescence – un danger certain commence à se présenter. Les enfants, autrefois dociles (du moins à partir de l’âge de deux ans jusqu’à la puberté) commencent à soupçonner que le ”savoir” de leurs parents n’est guère plus qu’une forme d’intimidation hypocrite. Ils commencent à voir le véritable conformisme de leurs parents par rapport à la culture et commencent réellement à comprendre que ce qui leur a été présenté comme un fait objectif était en fait une opinion subjective.

Ceci cause une grande confusion et beaucoup de ressentiment, parce que les adolescents comprennent instinctivement la vraie corruption de leur parents.

Un faux-monnayeur respecte nécessairement la valeur de l’argent réel, puisqu’il ne passe pas son temps et son énergie à créer des répliques exactes de l’argent Monopoly. Le faux-monnayeur souhaite reproduire avec précision l’argent réel parce qu’il sait que l’argent réel a de la valeur – il souhaite que sa reproduction soit aussi précise que possible parce qu’il sait que son argent faux n’a pas de valeur.

Similairement, les parents présentent leurs opinions comme des faits parce qu’il savent que les faits objectifs ont plus de pouvoir et de validité qu’une simple opinion. Un ”docteur” qui fausse ses références le fait parce qu’il sait que les références ont le pouvoir de créer la crédibilité.

Reconnaître le pouvoir de la vérité – et utiliser ce pouvoir pour renforcer des mensonges – est abominablement corrompu. Un homme qui présente ses opinions comme des faits le les présente ainsi parce qu’ils reconnaît la valeur des faits. Utiliser la crédibilité de la ”vérité” pour rendre des faussetés plus crédibles affirme et dénie simultanément la valeur de l’honnêteté et de l’intégrité. C’est une contradiction logique fondamentale en théorie, et insupportablement hypocrite en pratique. 

Donc, lorsque les enfants grandis commencent à examiner leurs ainés, ils découvrent rapidement que ces ainés ne savent pas réellement ce qu’ils prétendent savoir – mais en connaissaient assez sur la valeur de la vérité pour présenter leurs opinions subjectives comme des connaissances objectives. Ce crime hypocrite dépasse de loin les abus de la fausse monnaie, ou du faussement de références, parce que les adultes peuvent se protéger contre la fausse monnaie ou des faux diplômes.

Les enfants n’ont pas de telles défenses.

Fais Ce Que Je Dis, Pas Ce Que Je Fais…

La deuxième hypocrisie majeure dans le fait de présenter une opinion subjective comme si elle était un fait objectif est que les parents réservent ce pouvoir uniquement pour eux-mêmes – et punissent leurs enfants sur un ton moralisateur s’ils osent faire exactement la même chose. 

Prenez la question d’aller à l’église. Les parents religieux disent à leurs enfants qu’ils doivent aller à l’église. Quand les enfants demandent pourquoi, on leur dit, ”Parce que Dieu existe, et Il t’aime” ou d’autres bêtises du genre. En d’autre mots, les parents donnent un ordre à leur enfant en référant à des absolus objectifs. Les enfants ne sont absolument pas autorisés à dire: ”Je ne veux pas aller à l’église parce que je n’en ai pas envie”.

Avance rapide d’une décennie environ. L’enfant – maintenant un adolescent – s’assoit avec ses parents et leur demande: ”Pourquoi croyez-vous en Dieu ?”

S’il est persistant et bien informé, il va rapidement forcer ses parents à admettre qu’ils croient en Dieu à cause de la ”foi”. En d’autres mots, ils n’ont pas de preuve que Dieu existe, mais croient en Deux parce qu’ils en ont envie, puisque peu importe à quel point la foi est émotionnellement irrésistible pour certaines personnes, ça reste un sentiment qui contredit la raison et la science.

Cependant, quand l’adolescent était un enfant, il ne lui était jamais permis de prendre des décisions parce qu’il en avait simplement envie. Il ne lui était pas permis de rester à la maison plutôt que d’aller à l’église parce qu’il n’avait pas envie d’y aller. Il était toujours envoyé à l’école malgré sa préférence de rester à la maison certaines journées. Ses sentiments ne créaient pas la vérité, et n’établissaient pas un critère objectif valide à l’action.

Lorsqu’il utilisait exactement la même méthodologie que ses parents utilisaient, on lui disait qu’il était désobéissant, mauvais, pécheur, obstiné, immoral, têtu et mille autres péjoratifs. Pour ses parents, agir sur la primauté des sentiments était vénéré comme une vertu absolue et objective. Pour lui, agir sur la primauté des sentiments était un vice objectif et absolu.

Conformisme

Alors que l’enfant grandit, sa tendance à vouloir ”se mêler au troupeau” est critiqué comme une faiblesse immorale. Toute susceptibilité à des modes, des tics linguistiques, des possessions précieuses, des habitudes sexuelles générales ou toute autre forme de ”pensée de groupe” est opposée par ses parents sur des raisons supposément objectives et morales.

Encore une fois – généralement dans l’adolescence – l’enfant commence à réaliser que ses parents ne s’opposent pas en fait à la pensée de groupe ou au conformisme par principe, mais ne font qu’attaquer des conformismes concurrents. Si un fils commence à se tenir avec une bande tumultueuse, ses parents vont le critiquer et l’accuser de conformisme, mais ce n’est pas le conformisme qu’ils opposent, mais le conformisme envers une bande qu’ils désapprouvent, plutôt qu’avec un groupe qu’ils approuvent.

Et ça devient encore pire que cela.

La raison pour laquelle les parents n’aiment pas la nouvelle bande de leur enfant est qu’ils ont peur de la désapprobation de leur propre bande. Si le fils de parents religieux commence à sortir avec un groupe d’athées, ses parents vont le critiquer pour son conformisme irréfléchi et sa rébellion inutile – mais seulement parce qu’ils craignent d’être attaqués, critiqués ou ébranlés par leur propres confrères religieux. En d’autres mots, ils disent essentiellement à leur fils: ”Tu ne devrais pas être susceptible à la désapprobation de tes camarades, parce nous sommes susceptibles à la désapprobation de nos camarades”.

L’Ignorance est-elle de L’Hypocrisie ? 

L’argument est souvent fait que les parents ne sont pas conscients de toutes les complexités de leurs propres hypocrisies, et ne sont donc pas responsables pour leurs incohérences.

Heureusement, il n’y a aucun besoin pour nous de se fier à la simple théorie pour établir la vérité de cette proposition. 

Si je vous dis de prendre l’autoroute 101 pour vous rendre à destination, et il se trouve qu’elle vous amène dans la direction exactement opposée, quelle serait une réponse rationnelle si j’étais réellement ignorant du fait que je vous donnais de mauvaises directions ?

Tout d’abord, j’insisterais que ce sont vraiment les bonnes directives, puisque je pense honnêtement qu’elles le sont. Par contre, lorsque vous me montreriez une carte pour me pointer exactement la raison pour laquelle mes directives étaient si mauvaises, je verrais la vérité, je m’excuserais profusément, et je promettrais ouvertement de ne plus jamais donner de mauvaises directions – et je promettrais aussi d’acheter un nombre important de cartes, et de passer beaucoup de temps à les étudier.

Mais si je me fâchais le moment où vous me disiez que je vous ai amené dans la mauvaise direction, et refusais de regarder aucune carte, et refusais d’admettre que j’avais tort, et si je changeais continuellement de sujet, vous distrayant avec des manipulations émotionnelles, devenant de plus en plus contrarié, et je finirais par sortir de la pièce en criant, vous pourriez être incertain de bien des choses, mais vous auriez la complète certitude d’au moins une.

Vous seriez certain que je n’ai jamais voulu vous donner de bonnes directives.

Dans le domaine de la relation parent-enfant, cette réalisation est un profond et terrible choc. Cette réalisation est comme une explosion nucléaire sur un bidonville, radiant des vagues de destruction, écrasant les assomptions que vous aviez sur toutes vos relations existantes.

Le moment que vous réalisez que vos parents, prêtres, professeurs, politiciens – vos aînés en général – ont seulement utilisé la vertu pour vous contrôler et vous subjuguer – comme un outil d’injure – votre vie ne sera plus jamais la même.

Le fait terrifiant que vos ainés connaissaient le pouvoir de la vertu, mais ont utilisé ce pouvoir pour vous contrôler, vous intimider et vous exploiter, révèle le réel sadisme qui siège au coeur de la culture – il révèle l’affreux ”culte” dans culture.

Un docteur qui fausse ses références est déjà mauvais – comment n’importe quelle personne saine d’esprit jugerait un docteur qui étudie le corps humain non pas pour le soigner, mais pour causer encore plus de douleur ?

Un escroc est encore meilleur qu’un sadique.

Que pouvons-nous dire, donc, de nos parents et des autres figures d’autorité qui savent tout ce qu’il y a à connaître sur le pouvoir et l’efficacité de l’utilisation d’arguments moraux pour contrôler les actions et pensées des enfants – qui respectent le pouvoir le la vertu – et qui utilisent ensuite ce pouvoir pour détruire toute capacité d’intégrité morale dans leurs enfants?

Dans les films, des terroristes vont presque invariablement kidnapper la femme ou l’enfant du héros dans le but de le forcer à acquiescer à leurs demandes. Ses vertus – l’amour et la loyauté – deviennent donc au service du mal. Le meilleur qu’il est, le pire qu’il doit agir. Plus il aime la vertu, plus il est contrôlé par le mal.

Et de cette façon, les meilleurs deviennent les pires.

Et les enfants sont élevés de cette façon.

Et ceci était votre instruction.

Réticence

Nous répugnons instinctivement à confronter le vide moral au coeur de nos relations interpersonnelles – et fondamentalement, le vide moral au coeur de notre relation avec nous-mêmes. 

Il y a une simple et terrible raison pour notre réticence à confronter ce vide.

Les sociétés sont généralement construites sur des mythologies – en fait, une société peut être décrite avec justesse comme étant un groupe de personnes qui partagent la même mythologie. 

J’utilise le terme ”mythologie” ici parce que je veux vous rendre à l’aise avec l’idée des fictions sociales, et le degré dont elles peuvent dénaturer votre relation avec vous-même et avec les autres – et donc votre relation avec la réalité.

Il y a deux disciplines majeures qui nous aident à dissiper les toiles d’araignée corrosives que sont les fictions sociales et atteindre la réalité. La première est théorique, la seconde est pratique.

La première discipline est la logique, qui est le procédé d’organiser nos pensées de façon systématique et non-contradictoire. La seconde est la science, qui est le test des théories logique contre l’observation empirique. L’union de ces deux discipline est la philosophie, qui consiste fondamentalement à tester des théories de connaissances à la fois sur la logique et sur l’observation.

La logique va vous dire que deux plus deux égalent quatre, la science va vérifier que placer deux roches à côté de deux autres roches va donner une agrégation de quatre roches. 

Mais c’est la philosophie qui nous dit que la logique et le test de la réalité sont tous deux des conditions requises pour établir la vérité. C’est la philosophie qui rejette spécifiquement la primauté de la foi, ou la primauté de l’émotion, ou la primauté de l’autorité, ou la primauté de l’âge, ou la primauté des préférences, ou la primauté de la biologie – ou n’importe quel autre mécanisme idiot et exploiteur que les êtres humains ont utilisé comme substituts à la logique dans le but d’infliger la ”vérité” aux impuissants.

La philosophie est le contraire de la mythologie. Ou, pour être plus précis, la vérité est le contraire du mensonge.

Nous sommes tous profondément conscients des déficiences de nos croyances. La connaissance de base que nos croyances ne sont que des simple préjugés, infligés sur nous par nos parents et nos professeurs, est un fait que, au fond, nous sommes parfaitement conscients. La quantité d’énergie que nous mettons tous à prétendre autrement est époustouflante et épuisante. Il y a une raison pourquoi la dépression est une des maladies qui prévalent le plus au monde.

La contradiction au coeur de la mythologie sociale est que ces faussetés culturelles sont toujours présentées comme des vérités objectives et absolues.

Les Américains, par exemples, sont célèbrement fiers de leurs pays et des croyances qu’ils ont hérité des Lumières et des Pères fondateurs. C’est une notion très étrange lorsque vous l’examinez.

L’Américain moyen est simplement né en Amérique – c’était un simple accident, pas quelque chose qu’il a gagné. L’Américain moyen est fier de son héritage culturel, qu’il n’a pas inventé, et qui lui a été appris par d’autres qui ne l’ont pas inventé non plus. Croire que vous êtes vertueux à cause que vous êtes né dans un pays en particulier est comme croire que vous êtes un excellent entrepreneur parce que vous avez hérité beaucoup d’argent, ou que vous êtes une bonne personne parce que vous êtes de grande taille. 

L’Américain moyen n’a aucune idée des prémisses philosophiques expliquant l’idéal d’un gouvernement limité constitutionnellement. L’Américain moyen supporte avec enthousiasme un gouvernement qui est des centaines de fois plus oppressif et brutal que le gouvernement britannique contre qui ses ancêtres se sont battus pour se libérer. L’Américain moyen célèbre avec enthousiasme le Jour de l’Indépendance malgré le fait que, quand son pays a été fondé, l’esclavage était protégé, et les droits fondamentaux des femmes et des enfants leur étaient niés.

En d’autres mots, l’Américain moyen vénère aveuglément sa propre histoire et sa culture parce qu’on lui a enseigné à la vénérer, pas parce qu’il a une compréhension rationnelle de ses mérites et déficiences.

Ceci ne veut pas dire que l’Amérique n’est pas un meilleur pays que, disons, la Syrie. Elle l’est, et je suis content de ne pas vivre en Syrie. Néanmoins, la méthodologie de transmission des valeurs de parent à enfant est la même. Les valeurs légitimes aux États-Unis sont apparues à cause de réflexions rationnelles qui brisaient les vieilles traditions, pas à cause d’une allégeance à la saleté et aux guenilles.

L’Américain moyen se considère supérieur au Syrien musulman moyen, parce qu’il croit à un certain degré de séparation entre l’Église et État, supporte une démocratie limitée, les droits des femmes et respecte certains aspects du libre marché. Il croit que ce sont de bonnes valeurs à posséder, et critique les musulmans pour ne pas avoir les mêmes valeurs.

Le triste fait est que même si les croyances spécifiques varient de culture à culture, la méthodologie des croyances est identique dans toutes les cultures. Le simple fait est que si l’Américain moyen était né à des parents musulmans en Syrie, il serait tout à fait similaire au Syrien musulman moyen. Il ne serait pas plus probable qu’il prône la séparation de L’Église et de L’État qu’une femme occidentale née à Manhattan de porter une burka.

Soit quelqu’un est une bonne personne parce qu’il est né en Amérique, ou parce qu’il se conforme à un certain standard objectif de bonté. Soit vous aimez une voiture parce qu’elle est une Buick, ou les Buick sont des bonnes voitures parce qu’elles ont un excellent kilométrage.

Le patriotisme est un détournement des accomplissement des autres – généralement des ancêtres – pour se gratifier dans notre égo comme s’ils étaient les nôtres. Cela implique une déformation logique qui est aveuglément évidente lorsqu’on la voit.

Si quelqu’un est bon parce qu’il est né en Amérique, alors il ne peut clairement pas juger un homme né en Arabie Saoudite comme déficient d’aucune façon, moralement ou culturellement. L’essence de l’aristocratie – le fléau éternel de l’humanité – est la croyance que nous sommes ”nés” dans la supériorité; que notre ”excellence” est innée, d’une façon ou d’une autre. Cependant, si un Américain est supérieur à un Saoudien, alors cette supériorité n’est pas gagnée. Si Bob était né en Arabie Saoudite plutôt qu’en Amérique, il serait un musulman ”inférieur” plutôt qu’un chrétien ou Américain ”supérieur”. Donc la supériorité de Bob – ou l’absence de – n’a rien à voir avec ses choix personnels, mais est plutôt défini par les accidents de la naissance et la géographie. Soit Bob prétend être meilleur à cause de la géographie, ce qui est impossible – ou à cause de sa vertu personnelle, et alors la géographie n’y a rien à voir.

Les Américains et les musulmans reproduisent tous deux ce qu’on leur a dit – ce qu’on leur a infligé à travers des punitions émotionnelles lorsqu’ils étaient enfants – et l’appellent ”moralité”. C’est exactement la même chose qu’un enfant qui est gavé de force, et qui appelle ensuite l’obésité ”morale”, pendant que l’enfant d’à côté est sous-nourri et considère ensuite avoir la peau sur les os ”moral”. Les fans de sports pensent de la même manière – d’une certaine façon, la franchise la plus près est toujours la ”meilleure”.

Au fond, la culture est la compulsion d’appeler ce qui vous entoure ”moral”, peu importe ce que c’est. Si vous vivez dans les montagnes, alors il est moral de vivre dans les montagnes. Si on vous a appris à nager, alors nager est moral. Si on ne vous a pas appris à nager, alors nager est immoral. Si on vous a enseigné à couvrir vos jambes, alors les découvrir est ”impudique”. Si on vous a enseigné à les dénuder, alors les couvrir est ”prude”. Si on vous a montré à plier le drapeau d’une certaine façon, alors plier le drapeau de n’importe quelle autre façon est ”irrespectueux”.

Lorsque j’avais six ans, on m’a envoyé à un pensionnat anglais. Une des règles était que je devais porter des jarretelles autour de mes bas pour les garder hauts, surtout à l’église. On m’a dit en termes non incertains que si j’entrais dans l’église sans mes jarretelles, j’allais ”manquer de respect à Dieu”. Ça ne faisait pas beaucoup de sens pour moi; j’ai argumenté que Dieu avait fait mes jambes, et que les hommes ont fait les jarretelles, et que j’étais sûr que Dieu apprécierait regarder sa propre création plutôt que ce que les hommes ont fait. 

Naturellement, mes objections ont aussi été interprétées comme étant du rouspétage immoral – je ”manquais de respect” au directeur.

Je suis sûr que vous comprenez l’idée.

Tout ce qui vous entoure est formulé en terme d’éthique, puisque ça fonctionne. Si vous pouvez faire croire à un enfant que quelque chose est bien ou mal, vous contrôlez son esprit, son corps, son intelligence, son allégeance, son être. Les arguments moraux ont un pouvoir qui n’a pas d’égal dans aucune autre forme d’interaction humaine. En terme de contrôle social, les arguments moraux sont les ultimes armes de destruction massive.

Susceptibilité

En tant qu’enfants, nous sommes hautement susceptibles aux arguments moraux parce que nous voulons désespérément être bons, et parce que nous savons que la ”moralité” amène aux félicitations, alors que ”l’immoralité” amène à se faire punir. Quand nos parents, nos prêtres et nos professeurs nous disent que quelque chose est ”bon”, ce qu’ils disent réellement est: ”Tu ne seras pas puni pour ça, et tu vas peut-être même être récompensé!” Inversement, lorsqu’on nous dit que quelque chose est ”mal”, ce qu’on nous dit vraiment est qu’on va être puni pour faire – ou même contempler – peu importe ce que c’est.

Nous ne sommes pas punis pour avoir été mauvais. ”Être mauvais” est inventé pour que l’on puisse être puni de façon ”juste”.

Ceux en autorité sont continuellement conduis à cacher leur usage perpétuel de pouvoir sur leurs victimes. Nos professeurs n’aiment pas nous dire directement que nous serons punis si on leur désobéit, puisque c’est une démonstration de pouvoir abusif beaucoup trop dénudée.

C’est aussi une forme de contrôle hautement inefficace. 

Si notre professeur nous disait : ”Si tu me ments, je vais te punir”- et laissait ça comme ça, alors mentir serait toujours plus ou moins un risque calculé – et être puni pour avoir menti n’aurait pas plus de signification morale que d’avoir une pénalité en jouant au basket-ball. Si un professeur enseigne une classe de 30 élèves, chacun calculant s’il peut dire un mensonge sans se faire prendre, alors clairement, plus il y a d’enfants qui mentent, plus chaque mensonge devient difficile à détecter, tout comme il est plus difficile de déterminer quels enfants parlent quand il y a 20 enfants qui discutent plutôt que seulement deux.

De plus, si un parent utilise ouvertement la force brute pour obliger la docilité à un enfant, alors nos cerveaux vont immédiatement extraire un principe de cette interaction. Dans nos esprits, chaque décision et interaction est extrapolée involontairement en principe. Si nos parent nous poussent à être dociles avec la force, alors le principe que nous extrayons de cette interaction est: ”Quiconque a le pouvoir devrait l’utiliser pour contrôler abusivement n’importe qui d’autre”.  Ou: ”Quiconque a le plus de pouvoir devrait infliger sa volonté sur quiconque en a moins”. 

Dû au déclin naturel de la vie organique, ceci est un principe plutôt dangereux à établir pour les parents. Si on pense à une mère monoparentale qui élève ses deux garçons, on peut voir assez facilement que de créer un principe appelé ”la force brute décide” – même si elle aura certainement une utilité pratique lorsqu’ils sont jeunes – ne la servira guère lorsque ses garçons atteindront l’adolescence, et deviendront physiquement bien plus forts qu’elle. Même les pères vont atteindre la faiblesse physique par rapport à leurs fils, et donc profiteront très peu d’appliquer le principe ”Quiconque a le plus de pouvoir devrait infliger sa volonté sur quiconque en a moins”. 

Donc l’usage de la force doit être voilée à jamais dans le brouillard de ”l’éthique”. C’est une affaire très difficile logiquement, puisque ce qui est requis est un appel simultané à un principe, et à une personne – ce qui est directement contradictoire.

L’Appel Contradictoire

Lorsque votre père dit ”Honore ton père et ta mère”, il invoque à la fois un principe et une personne. Le principe est que tous les pères et mères sont honorables, et méritent donc le respect. La personne est qu’il invoque lui-même et votre mère spécifiquement – ton père et ta mère. 

Logiquement, cela ne fait aucun sens.

Dire ”Honore ton père et ta mère” est comme dire ”Honore toutes les femmes qui sont mon épouse”. Si je dois honorer toutes les femmes, donc je vais automatiquement honorer votre épouse, puisqu’elle est une femme. Si je dois honorer votre épouse, il n’y a donc aucune raison de dire que je dois l’honorer en tant que femme, puisque ça impliquerait d’honorer toutes les femmes encore. C’est un ou l’autre.

Si vous devez honorer la catégorie ”père” et ”mère”, alors vous devez respecter tous les pères et mères également. Montrer une préférence pour vos propres parents serait injuste.

Si vous devez montrer une préférence pour votre propre mère et père, alors la catégorie de ”mère” et de ”père” est sans rapport. Il doit y avoir une autre raison que vous devez honorer ces individus en particulier.

Si vous devez accorder de l’honneur à votre père et votre mère en tant qu’individus, et pour aucun principe objectif, alors ce qui est réellement exigé n’est pas de l’honneur, mais de l’obéissance envers des individus sous le déguisement de l’honneur et du principe.

Cette contradiction logique de base, même si compliquée à discuter, est quelque chose que chaque enfant comprend instinctivement. Quand notre mère exige qu’on la respecte, ne sentons-nous pas du dédain, de la frustration et du désespoir ? Exiger le respect est comme exiger l’amour, ou détourner un avion. C’est ordonner une destination, plutôt que de respecter le libre choix des individus. 

On ne peut pas imaginer quelqu’un détourner un avion dirigé vers Vladivostok et ordonner ”Emmenez moi à Vladivostok” ! Des gens détournent des avions parce qu’il ne va pas où ils veulent qu’il aille. 

Contrôle Efficace

Si, cependant, à travers l’intimidation, la distinction entre le principe et la personne peut être brouillée et enterrée, un méchanisme de contrôle beaucoup plus efficace est atteint. Si un enfant – ou un citoyen – peut être appris à obéir une personne comme si celle-ci était un principe universel, les fondations d’une dictature hégémonique sont fermement établies, que ce soit dans la famille, l’église, l’école ou l’État. Si l’esprit d’un enfant peut être enseigné à obéir les lubies d’un individu au même degré que le corps de l’enfant obéit à la gravité, alors un contrôle presque parfait peut être établi.

Bien sûr, ce contrôle vient avec un terrible coût – et un terrible risque. Le coût est accumulé à la fois au parent et à l’enfant, comme c’est le cas dans toutes les interactions corrompues. En utilisant des principes faux et incohérents pour enseigner l’enfant à obéir une personne plutôt qu’un principe, la capacité de l’enfant à extraire des principes des interactions est paralysée. De tels enfants grandissent et répètent inévitablement des modèles destructeurs dans leurs relations, sans aucune capacité d’apprendre de leur erreurs. Comment pourraient-ils ? Ils ont été enseignés à obéir des individus par principe – comment peuvent-t-ils de façon concevable extraire des principes généraux du comportement de ces individus ? Ce serait comme espérer que l’eau se mette à couler par en haut. S’attendre à ce que des gens comme ceux-là puissent extraire des principes de leurs interactions avec les autres est similaire à s’imaginer qu’un moine croyant que le monde suit les caprices des dieux pourrait découvrir la théorie de la relativité – ou la méthode scientifique elle-même. 

Pour les parents, le coût est une peur perpétuelle et grandissante de l’intelligence et la perception de leurs enfants, qui se manifeste dans une variété de façons, telles qu’une absense d’expression, un mépris corrosif, une indifférence paresseuse ou une irritabilité pinailleuse.

Pour nos parents – et nos aînés en général – le monde moderne a pratiquement garanti que la fête se termine. 

L’antidote d’une fausse moralité est une multiplicité de fausses moralités. L’antidote d’un préjugé irrationnel est plusieurs préjugés irrationnels. 

C’est en étant capable de voir le monde en entier que nous pouvons finalement nous libérer.

Détonner la Mythologie

Si nous avions seulement été exposé au français, nous ne l’appellerions pas ”français” mais simplement ”la langue”. La nécéssité de différentier le français comme une langue survient uniquement lorsque nous entrons en contact avec d’autres langues.

De la même façon, si nous sommes seulement exposés à nos mythologies, nous ne pensons pas à ceux-ci comme étant des mythologies, mais la vérité. Si nous connaissons seulement notre propre dieu, alors on peut référer à cette fiction sous le nom de ”Dieu” – ceci est à un univers de dire ”un dieu”, ou plus précisément ”notre dieu”.

En notre for intérieur, chacun de nous sait que notre foi en nos contes de fées fragiles peut seulement être maintenue si nous évitons constamment les contes de fées concurrents. Ceci a tendence à paralyser notre capacité pour l’empathie – nous devons ridiculiser les croyances idiotes des autres cultures, et ne jamais faire le saut terrifiant d’essayer de voir notre propre culture à travers leurs yeux.

La peur et la haine qui gâche si souvent les relations entre différents groupes culturels ne surgit pas par ignorance, mais plutôt par connaissance. les chrétiens se sentent très mal à l’aise autour de musulmans – et les musulmans très inconfortables autour de chrétiens – non pas parce qu’ils sont différents, mais parce qu’ils sont pareils. Deux femmes infidèles qui connaissent chacun les secrets de l’autre ne seront pas à l’aise du tout si on les force à souper ensemble – non pas parce qu’elles n’en savent pas assez sur l’autre, mais parce qu’elles en savent trop.

La seule façon dont la mythologie peut dominer génération apres génération de façon soutenable est en faisant semblant qu’elle n’est pas un mythe, mais la réalité.

Pour aider à clarifier ceci, voici un petit exercice de pensée.

Imaginez que l’eau coulant du robinet est consciente, et peut réfléchir. Maintenant, imaginez que je fais couler cette eau dans une variété de contenants de verre, chacun ayant une forme différente. L’eau, puisqu’elle est consciente, va sans doute se féliciter pour son individualité. Puisqu’elle serait incapable de voir le verre qui la contient, et fait sa propre forme, elle croirait honnêtement que sa véritable forme physique est un gobelet, un bocal, une éprouvette ou un verre à martini.

L’eau remplissant l’éprouvette regarderait toutes les autres formes de verres autour d’elle et serait énormément amusée. ”Ne savent-ils pas à quel point ils ont l’air ridicules de l’extérieur ? Imaginent-ils que cela peut être leur vraie forme ? C’est de la folie !” elle glousserait, pressée contre le verre de sa propre prison conceptuelle. Et l’eau contenue dans le verre à martini regarderait tous les autres contenants – incluant l’éprouvette – et dirait exactement la même chose. 

Et ceci, en vérité, est l’état de toutes les différentes cultures autour du monde. Chacun de nous est versé dans un contenant de verre, qui représente ce que nous croyons être la vérité, qui nous fournit une forme et une identité, que nous prenons pour ”la nature humaine”. Et ceci peut fonctionner relativement bien – du moins jusqu’à ce que l’on puisse voir les autres contenants de verre qui nous entourent.

Pour un temps, nous allons nous efforcer à maintenir l’illusion que seulement les autres sont contenus dans un contenant de verre – pas nous ! Néanmoins, il y a ceux parmi nous qui peuvent se libérer de la cage de verre qu’est la culture – nous nous tenons en dehors de tels contenants, et de notre point de vue, la différence de forme des contenants est pratiquement sans importance.

La forme et la grosseur de votre prison n’est pas importante. Le fait que vous êtes dans une prison l’est.

Le savoir que vous êtes dans une prison n’a pas à être appris. Il doit seulement être accepté. Ce n’est pas quelque chose que vous ne savez pas. Au fond de vous, vous êtes parfaitement conscient que ce que vous appelez la vérité ne sont que la physique magique de contes de fées invisibles.

Comment pourrais-je savoir ceci ? 

Comme pour toutes les idées dans ce livre, nul besoin de me croire sur parole pour quoi que ce soit. Vous pouvez facilement découvrir votre profonde connaissance de ce fait avec quelques expériences très simples. 

Comme je l’ai mentionné plus tôt, vous pouvez vous assoir avec vos parents et leur poser des questions sur la bonté. Vous pouvez vous assoir avec vos amis et leur dire que vous avez peur que vous vivez une fiction qui sape votre joie et votre indépendance. Vous pouvez aller dans une mosquée et demander si vous pouvez observer. Vous pouvez essayer de vous mettre dans le ”contenant de verre” de quelqu’un d’autre et voir comment vous vous sentez.

Essayez-le. Fermez les yeux pendant un instant et imaginez vous assoir avec vos parents pour leur demander ce qu’est la bonté, ou prendre un verre avec vos amis et discuter des mythologies sociales. Sentez vous de la nervosité ? Sentez vous un papillon inconfortable et un malaise dans votre estomac simplement à penser à une telle honnêteté et curiosité ? 

Pourquoi ? Pourquoi avez-vous peur ? Pourquoi n’avez-vous jamais posé ce genre de questions ? Qui vous a dit que ce genre de questions n’était pas permis ? Avez vous déjà été puni pour avoir posé ce genre de questions dans le passé ? Existe-t-il une loi interdisant de poser ce genre de questions ?

Qu’arrivera-t-il si vous posez ce genre de questions ? 

Vous connaissez déjà la réponse. C’est pourquoi vous avez peur.

Ce n’est pas la lâcheté qui fait que vous avez peur. C’est la sagesse qui fait que vous avez peur.

Parce que vous avez toutes les raisons d’avoir peur. 

Amour Mythologique

Toute notre vie, nous sommes entourés de personnes qui disent nous aimer. Nos parents prétendent perpétuellement être motivés par ce qu’il y a de mieux pour nous. Nos enseignants proclament que leur seule motivation est de nous aider à apprendre. Nos prêtres nous font part de leurs inquiétudes envers nos âmes éternelles, et les membres de notre famille élargie annoncent encore et encore leur dévouement au clan.

Quand des gens prétendent nous aimer, il n’est pas déraisonnable de s’attendre qu’ils nous connaissent.  Si vous me dites que vous aimez la Thaïlande, mais il se trouve que vous n’y êtes jamais allé, et en savez bien peu sur ce pays, alors il est difficile pour moi de croire que vous l’aimez vraiment. Si je dis que j’aime l’opéra, mais n’écoute jamais d’opéra – vous comprenez l’idée générale ! 

Si je vous dis que je vous aime, mais je connais très peu sur vos véritables opinions et sentiments, et je n’ai aucune idée de ce que peuvent être vos vraies valeurs – ou même peut-être quels sont vos livres, auteurs ou films préférés – alors il devrait être logiquement très difficile pour vous de me croire. 

C’est certainement le cas dans ma famille. Ma mère, mon frère et mon père faisaient tous trois des prétentions extravagantes sur leur amour pour moi. Cependant, lorsque j’ai finalement demandé à chacun d’entre eux de me dire quelques faits sur moi – quelques unes de mes valeurs et préférences – j’ai eu droit à un tripode parfait de regards vides.

Donc, j’ai pensé, si des gens qui ne savent presque rien sur moi prétendent m’aimer, alors soit ils mentent, ou  je ne comprends rien du tout à l’amour. 

Je n’irai pas dans les détails de mes théories sur l’amour ici, autre que de dire que, à mon avis, l’amour est notre réponse involontaire à la vertu, tout comme le bien-être est notre réponse involontaire à un style de vie sain. (Notre affection pour nos bébés est davantage de l’attachement qu’un amour mature, puisqu’elle est partagé avec le royaume animal.)

La vertu est un sujet compliqué, mais je suis sûr que nous pouvons nous entendre que la vertu doit impliquer quelques bases qui sont généralement comprises, comme le courage, l’intégrité, la bienveillance, l’empathie, la sagesse et ainsi de suite. 

Si c’est bien le cas, il est impossible d’aimer des gens que nous connaissons très peu. Si l’amour requiert la vertu, alors nous ne pouvons pas aimer des parfaits étrangers, parce que nous ne connaissons rien sur leurs vertus. L’amour dépend à la fois de la vertu de l’autre personne, et notre connaissance de celle-ci, et il grandit en proportion à cette vertu et connaissance, si nous sommes vertueux nous-mêmes. 

Pendant mon enfance, à chaque fois que j’exprimais une pensée personnelle, un désir, un vœu, une préférence ou un sentiment, j’étais généralement accueilli avec des yeux tournés au ciel, de l’incompréhension, de l’évitement et, bien trop souvent, un mépris pur et simple. Ces diverses ”tactiques de rejet” étaient complètement joints avec des expressions d’amour et de dévouement. Quand j’ai commencé à m’intéresser à la philosophie – à l’origine avec les travaux d’Ayn Rand  – mon amour grandissant pour la sagesse a été rejeté du revers de la main comme une sorte de dysfonctionnement psychologique. 

Puisque ma famille savait très peu de chose sur mes vertus – et n’aimaient pas ce qu’ils savaient – donc nous ne pouvions pas tous être vertueux. Si ils étaient vertueux, et n’aimaient pas mes valeurs, alors mes valeurs ne pouvaient pas être vertueuses. Si moi, j’étais vertueux, et ils n’aimaient pas mes valeurs, alors ils ne pouvaient pas être vertueux.

Et de cette façon, j’ai commencé à essayer de créer une ”carte éthique” de ma famille. 

C’est la chose la plus effrayante que j’ai jamais faite. La quantité de résistance émotionnelle que j’ai ressenti envers l’idée d’essayer de comprendre rationnellement et moralement ma famille était stupéfiante – c’était littéralement comme si je courais directement vers le bout d’une falaise.

Pourquoi était-ce si terrifiant ?

Bien, parce que je savais qu’ils mentaient. Je savais qu’ils mentaient à propos de leur amour pour moi et je savais que, en prétendant être confus sur la question, je mentais aussi – et à moi-même, la pire de toutes les faussetés.

Amour: Le Mot contre l’Action

Dire le mot ”succès” est bien plus facile que d’obtenir le succès. Prononcer le mot ”amour” est beaucoup plus facile que d’aimer quelqu’un pour les bonnes raisons – et être aimé pour les bonnes raisons. 

Si nous n’avons aucun standard pour être aimés, alors la paresse et l’indifférence va inévitablement en résulter. Si j’ai un emploi où je travaille à la maison, et personne ne vient voir mon travail, et je n’ai jamais rien à produire, et je me fais toujours payer peu importe ce qui arrive, et je ne peux pas me faire renvoyer, combien de temps faudra-t-il avant que mon éthique de travaille décline ? Des jours ? Des semaines ? Certainement pas des mois. 

Une des questions les plus importantes à poser dans n’importe quelle examination de la vérité est ”comparé à quoi ?” Par exemple, si je vous dis que je vous aime, il y a implicitement dans cette affirmation une préférence pour vous sur les autres. En d’autres termes, comparé aux autres, je vous préfère. Nous préférons l’honnêteté à la fausseté, être rassasié à être affamé, la chaleur au froid, et ainsi de suite.

Il n’est pas logiquement valide d’assimiler le mot ”amour” à ”famille”. Le mot ”famille” est une simple description d’une similarité biologique – il ne fait pas plus de sens d’égaliser ”famille” avec ”amour” que d’égaliser ”amour” avec ”mammifère”. Donc le mot ”amour” doit vouloir dire une préférence comparé à – quoi ?

Il est impossible d’avoir des standards pour l’amour si nous n’avons aucun standard pour la vérité. Puisqu’être honnête est mieux que de mentir, et le courage est meilleur que la lâcheté, et la vérité est meilleure que le mensonge, nous ne pouvons pas avoir d’honnêteté ou de courage à moins de supporter quelque chose de vrai. Alors lorsque nous disons que nous ”aimons” quelqu’un, ce que nous voulons vraiment dire est que ses actions sont cohérentes comparé à un standard rationnel de vertu. De la même façon, si je dis que quelqu’un est ”en santé”, ce que je veux réellement dire est que ses organes fonctionnent de façon cohérente, relatif à un standard rationnel de bien-être.

Donc l’amour n’est pas une préférence subjective, ou une similarité biologique, mais notre réponse involontaire à des actions vertueuses de la part d’un autre.

Si nous comprenons vraiment cette définition, il est facile pour nous de voir qu’une société qui ne connait pas la vérité ne pourra jamais connaître l’amour. 

Si rien n’est vrai, la vertu est impossible.

Si la vertu est impossible, nous sommes forcés de faire semblant d’être vertueux, à travers le patriotisme, les loyautés au clan, la fierté culturelle, des conformités superstitieuses et autres contrefaçons amorales.

Si la vertu est impossible, alors l’amour est impossible, parce que les actions ne peuvent être comparés à aucun standard de bonté. Si l’amour est impossible, nous sommes forcés de recourir à la sentimentalité, ou l’apparence extérieure et superficielle d’amour.

Donc il peut être dit que n’importe quel ensemble de principes qui interfère avec notre aptitude à connaître et comprendre la vérité nous évide, sapant et détruisant notre capacité à aimer. Des faux principes, des illusions, des fantaisies et des mythologies nous séparent les uns des autres, nous éloigne de la vertu, de l’amour, des véritables connexions que nous pouvons accomplir uniquement par la réalité.

Dans la fantaisie, il n’y a qu’isolation et faux-semblant. La mythologie est, fondamentalement, la solitude et le vide.

Imagination contre Fantaisie

À ce point, je pense qu’il vaudrait la peine de souligner les différences entre l’imagination et la fantaisie, parce que beaucoup de gens, après avoir entendu mes critiques de la mythologie, pensent qu’ils ne sont plus supposés d’aimer la Guerre des Étoiles.

L’imagination est une faculté créative profondément enracinée dans la réalité. La fantaisie, de l’autre côté, est une simple espèce de souhait intangible. Il a fallu à Tolkien des décennies d’études et d’écriture pour produire ”Le Seigneur des Anneaux” et chaque partie de ce roman était cohérente avec le tout. Ceci est un exemple d’imagination. Si je paresse en rêvassant que je vais un jour faire une fortune en écrivant un meilleur roman que ”Le Seigneur des Anneaux” – mais je ne commence jamais à écrire – ceci est un exemple de fantaisie. L’imagination a produit la théorie de la relativité, pas rêver de gagner un jour un prix Nobel.

Les rêves éveillés qui ne sont jamais convertis en action sont l’ultime procrastination. Imaginer un merveilleux futur que vous ne devez jamais agir pour accomplir vous empêche d’accomplir un merveilleux futur.

De la même manière, imaginer que vous connaissez la vérité lorsque vous l’ignorez vous empêche à jamais d’apprendre la vérité. Rien n’est plus dangereux que l’illusion de la connaissance. Si vous allez dans la mauvaise direction, mais n’en doutez jamais, vous n’allez jamais faire demi-tour.

Comme Socrate l’a remarqué il y a plus de 2000 ans, le doute est la sage-femme de la curiosité, et la curiosité accouche de la sagesse.

La fantaisie est l’opposé du doute. La mythologie fournit des réponses instantanées alors que les gens ne savent même pas quelles sont les questions. Au Moyen-âge, lorsque quelqu’un demandait ”D’où vient le monde ?” on lui répondait: ”Dieu l’a fait”. Ceci dissipait efficacement la nécessité de demander la question plus importante: ”Qu’est-ce que le monde ?”

Parce que les gens religieux croyaient savoir d’où venait le monde, il y avait peu de raisons de demander ce que le monde était. Parce qu’il y avait peu de raisons de demander ce qu’était le monde, ils n’ont jamais appris d’où est venu le monde.

La fantaisie est un cercle de néant, dévorant à jamais sa propre queue. 

Définir l’Amour

Si les gens fantasment qu’ils connaissent la vérité, alors ils arrêtent inévitablement de chercher la vérité. Si je me dirige vers ma maison, je vais arrêter de conduire lorsque je serai arrivé. Si les gens fantasment qu’ils savent ce qu’est la bonté, ils vont inévitablement arrêter d’essayer de comprendre la bonté.

Et, encore plus important, si les gens fantasment qu’ils sont déjà bons, ils arrêtent d’essayer de devenir bons. Si vous voulez un bébé, et vous croyez être enceinte, vous arrêtez d’essayer de devenir enceinte. 

La question – dont nous savons déjà la réponse – demeure donc: Pourquoi les gens qui prétendent nous aimer ne nous disent jamais ce qu’est l’amour ?

Si je suis un mathématicien accompli, et mon enfant vient me voir et me pose des question sur ses tables de multiplications, il serait impoli et grossier de ma part de débouter ses questions. Si je vais voir ma mère, qui depuis 20 ans a prétendu m’aimer, et je lui demande ce qu’est l’amour, pourquoi refuse-t-elle de répondre à mes questions ? Pourquoi est-ce que mon frère lève les yeux au ciel et change de sujet à chaque fois que je lui demande ce qu’il aime de moi ? Pourquoi mon père prétend-t-il m’aimer, tout en rejetant continuellement tout ce qui m’est cher ?

Pourquoi toutes les personnes autour de moi utilisent-ils perpétuellement des mots qu’ils refusent de définir ? Sont-ils remplis de connaissances qu’ils ne peuvent exprimer ? Ce n’est pas une bonne raison pour éviter continuellement le sujet. Un romancier qui écrit instinctivement ne devrait pas logiquement devenir hostile si on lui demande la source de son inspiration. Il ne donnera peut-être pas une réponse parfaite, mais il n’aurait aucune raison d’éviter perpétuellement le sujet.

Sauf si…

Sauf si, bien sûr, il est un plagiaire.

Ce que Nous Savons

Ceci est le savoir que nous avons, mais détestons et craignons. 

Nous savons que les gens qui prétendent nous aimer savent très peu de choses sur nous, et rien du tout sur l’amour.

Nous savons que les gens qui prétendent nous aimer font cette affirmation dans le but de créer des obligations en nous. 

Nous savons que les gens qui prétendent nous aimer font cette affirmation dans le but de nous contrôler.

Et ils le savent aussi. 

Il est complètement évident qu’ils le savent, puisqu’ils savent exactement quels sujets éviter. Un faux monnayeur n’aura aucun problème à se faire demander quelle est la capitale du Madagascar. Il aura un problème, par contre, à se faire demander si vous pouvez vérifier l’authenticité de son argent. Pourquoi est-ce le seul sujet qu’il essaiera d’éviter à tout prix ?

Parce qu’il sait que sa monnaie est fausse. 

Et il sait aussi que, si vous l’apprenez, il ne pourra plus s’en servir pour vous voler. 

Obligations

Si j’ai un restaurant, et que j’accepte de la fausse monnaie d’un escroc, mais je ne sais pas que son argent est faux, alors je suis obligé de lui remettre ce qu’il a ”acheté”.

De la même façon, si je crois que je suis aimé – même lorsque je ne suis pas aimé – je suis jusqu’à un certain point obligé par l’honneur de retourner cet amour. Si ma mère me dit qu’elle m’aime, et qu’elle est vertueuse, alors elle doit m’aimer parce que je suis vertueux. Vu qu’elle est elle-même vertueuse, alors je lui ”dois” l’amour par justice, tout comme je dois la confiance à quelqu’un qui agit constamment de manière digne de confiance.

Alors lorsque quelqu’un essaie de nous convaincre qu’il nous aime, il essaie en fait de créer une obligation en vous. Si j’essaie de vous convaincre que je suis digne de confiance, c’est parce que je veux tous les bénéfices d’être traité comme quelqu’un de fiable. Si je suis en fait une personne digne de confiance, alors je dois comprendre la nature de la confiance – du moins à un certain niveau – et donc je dois savoir qu’elle ne peut pas être exigée, mais doit être gagnée. Puisque gagner la confiance est plus difficile que de l’exiger, je dois savoir la véritable valeur de la confiance, parce que dans le cas contraire, je n’aurais pas fait l’effort de la gagner avec un comportement cohérent – je l’aurais exigé, tout simplement, et sauté toutes les choses dures !

Si vous exigez la confiance, vous exigez ce qui n’a pas été gagné, ce qui indique que vous ne croyez pas l’avoir gagné. Donc quiconque exige la confiance est automatiquement indigne de confiance.

Pourquoi les gens exigent la confiance des autres ?

Pour les voler. 

Si je veux vous emprunter de l’argent, et j’exige que vous me fassiez confiance, c’est parce que je ne suis pas fiable, et il est peu probable que je vous rembourse un jour.

En d’autres mots, je veux voler votre argent et vous mettre en mon pouvoir.

C’est la même chose avec l’amour. 

Amour et Vertu

Si je suis vertueux, les autres personnes vertueuses vont me considérer au moins avec respect, sinon l’amour. Les personnes corrompues ou mauvaises vont peut-être me regarder avec un certain respect, mais elle ne vont sûrement pas m’aimer.

Donc, être vertueux et refuser d’exiger l’amour de personne est la meilleure façon de trouver d’autres personnes vertueuses. Si vous êtes une personne vertueuse et non-exigeante, alors les autres gens vertueux vont graviter naturellement autour de vous. La vertu qui ne s’impose pas aux autres est comme un aimant pour la bonté, et repousse la corruption. 

Le résultat pratique d’une vertu véritable est une autoprotection fondamentale.

Si mon courtier de finances me donne constamment un retour de 30% sur mes investissements, est-ce qu’il y a aucun montant que je ne vais pas lui donner autre que ce que j’ai besoin pour vivre ? Bien sûr que non! Puisque je sais que je vais toujours recevoir plus que ce que je donne.

Si je suis vertueux, je vais inévitablement me sentir incliné vers d’autres gens vertueux – et plus ils sont vertueux, plus je vais les aimer. Mon énergie, mon temps et mes ressources vont être à leur disposition, parce que je sais que je ne serai pas exploité, et qu’il vont répondre de manière réciproque à ma générosité.

Si on s’est prêté, vous et moi, de l’argent à chacun à travers les années, et vous m’avez toujours remboursé, la prochaine fois que venez me voir pour un prêt, il serait injuste de ma part de refuser de vous prêter quoi que ce soit parce que je ne pense pas que vous allez me rembourser. Votre honnêteté perpétuelle envers moi en affaires a créé une obligation en moi envers vous. Ça ne veut pas dire que je dois vous prêter de l’argent à chaque fois que vous me le demandez, mais je ne peux pas prétendre de façon justifiée que ma raison de ne pas vous prêter l’argent est une croyance que vous n’allez pas me rembourser.

Pareillement, si vous avez été mon épouse depuis 20 ans, et je ne vous ai jamais trompé, si une femme appelle et raccroche tout de suite, il serait injuste de votre part de m’accuser immédiatement d’infidélité.

Une tactique centrale pour créer d’artificielles et injustes croyances en d’autres est d’exiger leur opinion positive, sans être consentant à la gagner. La façon la plus efficace de faire ceci est d’offrir une opinion positive qui n’a pas été gagnée – de prétendre aimer les autres.

Si, dans les 20 dernières années, je n’ai que rarement remboursé l’argent que je vous ai emprunté, il est parfaitement raisonnable pour vous de me refuser un prêt additionnel. Je vais peut-être alors me fâcher, vous dire que vous êtes injuste, et vous ordonner de me traiter comme si j’étais digne de confiance, mais il ne serait guère vertueux de votre part d’obéir à mes souhaits. En effet, il serait malhonnête et injuste pour vous d’ignorer mon manque de fiabilité, parce que vous agiriez  comme s’il n’y avait aucune différence entre quelqu’un qui rembourse ses prêts et quelqu’un qui ne le fait pas.

Lorsqu’on agit de façon vertueuse envers d’autres, nous créons un réservoir de bonne volonté où nous pouvons aller puiser, tout comme lorsque nous mettons nos économies dans une banque. Un homme peut agir imparfaitement et être aimé quand même, tout comme il peut manger une barre de chocolat à l’occasion et être quand même en santé, mais il y a une condition requise de constance dans toute discipline. Je pourrais probablement frapper un coup de circuit dans un parc des ligues majeures une fois aux mille lancers, mais ca ne ferait guère de moi un joueur de baseball professionnel!

Si j’agis de façon digne de confiance, je n’ai pas à vous demander de m’aimer – et en fait, je serais très imprudent de le faire.  Soit vous allez me faire confiance volontairement, ce qui veut dire que vous respectez les comportements honorables et constants, et répondez donc justement à ceux qui font le bien, ou vous n’allez pas me faire confiance volontairement, ce qui veut dire que vous ne répondez pas justement au comportement fiables, et donc êtes vous-même indigne de confiance. 

Si, d’un autre côté, je viens vers vous et j’exige que vous me fassiez confiance, je m’engage dans un calcul complexe de contrefaçon et de pillage.

La première chose que j’essaie de faire est d’établir si vous connaissez quoi que ce soit à la confiance. La deuxième chose est de mesurer votre niveau d’estime de vous-même. La troisième chose est de vérifier si vous connaissez quoi que ce soit à l’intégrité.

Un attaquant va toujours essayer de trouver la fissure la plus faible dans votre armure. Si j’exige votre amour, et vous acceptez de me le donner – sans aucune preuve antérieure – alors je sais que vous ne connaissez rien à la confiance. Similairement, si votre confiance ne nécessite pas d’être gagnée, alors je sais que vous manquez de confiance en vous et d’estime de vous-même. Si vous êtes disposé à me traiter comme si j’étais digne de confiance quand je ne suis pas digne de confiance, alors il est clair pour moi que vous en savez très peu sur l’intégrité.

Cela me dit tout ce que j’ai besoin de savoir sur votre histoire personnelle. Ça me dit que vous n’avez jamais été traité avec respect lorsque vous étiez enfant, et que l’on ne vous a jamais enseigné à juger les gens sur des standards indépendants, et qu’à chaque fois que vous avez essayé de défendre vos opinions et vos valeurs, votre famille vous a attaqué.

En d’autres termes, je sais que vous êtes une proie facile.

Je ne peux créer une obligation en vous à moins que vous acceptiez que je vous ai traité de façon juste dans le passé. Comme toutes choses, il est bien plus facile de convaincre une personne faible que vous l’avez traité justement que de réellement traiter les gens d’une manière juste et constante. Si je peux vous convaincre que je vous ai traité justement dans le passé, alors vous me ”devez” la confiance et le respect dans le présent.

”L’Amour” comme Prédation

Imaginez que nous sommes frères, et qu’un jour vous vous réveillez d’un coma et vous me voyez assis à côté de votre lit. Après quelques discussions, je vous dis que vous me devez 1000$, que vous m’avez emprunté le jour de votre accident. Je vous dis que puisque je suis un bon frère et que vous êtes a l’hôpital, vous n’êtes pas obligé de me rembourser le mille dollars – j’aimerais simplement que vous vous en souveniez, pour que la prochaine fois que j’ai besoin d’emprunter 1000$, vous allez me le prêter.

Vous pourriez regarder dans les poches des pantalons que vous portiez le jour de votre accident, et vous pourriez aussi regarder dans votre appartement pour voir s’il y a un 1000$ qui traîne à quelque part, mais il n’y aurait pas de façon de prouver hors de tout doute que je ne vous ai pas prêté l’argent. Vous devrez alors soit me traiter de menteur – une accusation dont vous n’avez aucune preuve – ou bien vous sentir substantiellement plus obligé à me prêter de l’argent dans le futur.

Si vous me traitez de menteur, je vais me fâcher. Si vous acceptez l’obligation sans jamais trouver le 1000$, vous allez éprouver du ressentiment. Dans les deux possibilités, notre relation est blessée – et en vous parlant du 1000$, j’ai introduit volontairement une complication et du soupçon dans notre relation – ce qui n’est guère aimant, juste ou bienveillant.

Ceci est la sorte de tromperie et d’imposture qui se passe tout le temps dans les relations interpersonnelles – spécialement dans les familles.

Lorsque nos parents nous disent qu’ils nous aiment, il exigent en fait qu’on leur donne l’amour. Ils nous disent, à la base, qu’ils nous ont prêté 1000$ – même si nous ne pouvons nous en souvenir – et donc que nous leur devons la confiance dans l’avenir – si ce n’est pas 1000$ dans le présent ! 

En d’autres mots, nos parents passent une quantité énorme d’énergie à nous convaincre qu’ils nous ”aiment” afin de pouvoir créer des obligations artificielles en nous. En faisant cela, ils prennent un terrible risque – et nous forcent à faire un choix encore plus terrible.

Imposture

Quand quelqu’un vous dit qu’il vous aime, c’est soit une affirmation de respect authentique, basée sur une vertu mutuelle, ou c’est une exigence injuste et exploiteuse pour votre argent, temps, vos ressources ou votre approbation. 

Il y a très peu entre les deux. 

Soit l’amour est réel, et une véritable joie, ou bien l’amour est faux, et la forme de vol la plus lâche et corrompue que l’on puisse imaginer. 

Si l’amour est réel, alors il n’inflige aucune obligation injuste. Si l’amour est réel, il est donné gratuitement sans exigences. Si un homme bon vous donne son amour, et vous ne lui retournez pas, alors il réalise simplement qu’il s’est trompé, apprend un peu et repart. Si une femme vous dit qu’elle vous aime, et ensuite s’indigne de toute hésitation ou manque de retour d’affection que vous démontrez, alors elle ne vous aime pas, mais utilise le mot ”amour” comme une sorte d’appât, pour vous piéger à faire ce qu’elle veut de vous, à votre détriment.

Comment pouvez-vous savoir si l’amour que quelqu’un exprime pour vous est authentique ?

C’est très, très simple. 

Lorsqu’il est authentique, vous le sentez.

Qu’arrive-t-il, par contre, lorsqu’un parent exige notre amour ?

Bien, nous devons soit nous soumettre à leur exigence, et faire semblant de répondre pareillement, ou bien nous devons la confronter sur sa manipulation – et menacer la base entière de la relation. 

Une personne qui nous aime vraiment ne nous mettrait-elle jamais dans cette terrible position ?

Société et Religion

Le principe d’infliger une bonne opinion afin de créer une obligation injuste se passe aussi au niveau social. Des soldats sont supposé d’être morts pour ”nous protéger” ce qui crée une obligation pour nous de supporter les troupes. Le simple fait d’être né dans un pays crée une obligation à vie de payer des impôts à la pointe d’un fusil, afin de recevoir des services que l’on n’a jamais directement demandé. La célèbre citation de John F. Kennedy, ”Ne demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais plutôt ce que vous pouvez faire pour votre pays” est une autre façon de dire: ”Un d’entre nous va se faire arnaquer dans cette interaction, et ce ne sera pas moi !”

La même chose se passe dans le domaine de la religion, bien sûr. Jésus est mort pour vos péchés, Dieu vous aime, vous allez être puni si vous n’obéissez pas, l’enfer est la destination des non-croyants, etc. etc. etc. 

Toutes ces ruses émotionnelles sont conçues pour créer une obligation en vous qui n’existerait pas dans aucun univers rationnel. 

Le ”sacrifice”, en d’autres mots, n’est qu’une exigence déguisée.

Inconscient ?

Toutes ces critiques substantielles reposent sur la prémisse que les gens savent réellement ce qu’est l’amour, et le faussent pour leur gain personnel – tout comme n’importe quelle critique d’un faux-monnayeur repose sur la prémisse qu’il sait ce qu’est l’argent, et le contrefait pour son gain personnel. 

Naturellement, il est difficile d’imaginer que les gens autour de nous essaient constamment de nous infliger des obligations injustes en appelant à une sorte fantastique de mythologie sociale. Quand vous pensez à votre douce et vieille mère aux cheveux blancs, qui a tout sacrifié pour vous, qu’est-ce que ça pourrait vouloir dire de la condamner pour ne pas être capable de définir parfaitement la nature et les propriétés de l’amour, une question qui échappe même à des grands philosophes ?

Eh bien, il est certain qu’il serait grossièrement injuste de demander à une personne moyenne de définir précisément la vraie nature de l’amour, tout comme il serait ridicule – et dangereux – de demander au premier passant dans la rue de réaliser votre appendicectomie. 

Il est évidement injuste de juger les gens sur des standards dont ils n’ont pas conscience. Cependant, il n’est pas du tout injuste de juger les gens sur les standards qu’ils ont eux-mêmes placés. Je ne peux pas déterminer seul à quel prix vous allez me vendre votre voiture – mais si vous mettez vous-même le prix dans la fenêtre, il n’est pas déraisonnable de ma part de m’attendre à ce que vous l’honoriez. 

Donc quand les personnes utilisent le mot ”amour”, ils ”mettent le prix dans la fenêtre”. L’amour est bien sûr considéré comme étant un sentiment de grande considération pour quelqu’un, et est soit basé sur les vertus ou le caractéristique de la personne aimée, ou ne l’est pas. Si l’amour n’est pas basé sur les caractéristiques de la personne aimée, alors il doit être basé sur la volonté de la personne qui l’aime.

Si l’amour est basé sur la volonté de la personne qui ”aime”, alors il doit être considéré vertueux d’aimer de façon aussi altruiste. S’il n’est pas vertueux d’aimer de façon aussi altruiste, alors il n’y a rien de bénéfique ou de positif dans l’interaction, puisque ni la personne qui aime, ni la personne aimée ne possède de caractéristiques positives. Nous pourrions aussi bien définir le harcèlement obsessif comme étant de ”l’amour”.

S’il est ”bien” pour Personne A d’aimer Personne B malgré le peu de bonnes qualités de Personne B, alors cette ”bonne action” est soit un principe universel, ou bien une simple préférence personnelle. Si je dis que la crème glacée est ”bonne”, je ne veux pas dire que la crème glacée agit avec vertu, courage et intégrité. Si je dis qu’une action en particulier est ”bonne”, alors elle doit être bonne pour plus d’une personne, afin de pouvoir être plus qu’une simple préférence personnelle. Cependant, s’il est ”bien” d’aimer une personne qui n’est pas aimable, alors un paradoxe est créé instantanément.

Si je ne suis pas aimable, alors je ne possède pas de ”bonté”, puisque la bonté est quelque chose d’aimable. S’il est ”bien” d’aimer quelqu’un malgré le fait qu’il n’est pas aimable, alors par définition je suis incapable d’aimer quelqu’un, vu que je n’ai pas de bonté. De cette façon, deux règles opposées sont créées, ce qui ne peut être valide. Personne A fait le ”bien” en aimant Personne B, qui est incapable d’aimer. Personne B peut donc rendre possible la ”bonté” de Personne A uniquement en recevant sans donner – donc ce qui est bien pour Personne A n’est pas bien pour Personne B. 

Encore une fois, ceci peut être compliqué à analyser, mais c’est un argument que les enfants devenus adultes ont continuellement avec leurs parents. Si je vois ma mère tout sacrifier perpétuellement pour mon père, je vais lui demander encore et encore que si tout sacrifier pour votre époux est bien, pourquoi mon père ne sacrifie-t-il pas tout pour elle ? Pourquoi un tel sacrifice est-il uniquement bien pour elle ? Pourquoi mon père peut-il s’en sortir sans effort ?

Il ne peut être considéré ”bon” d’aimer quelqu’un qui n’a pas de bonnes qualités. L’amour, donc, est une forme de paiement pour la vertu.

Je dois confesser que j’ai compris cela à l’âge de treize ans, quand j’étais un jeune homme très superficiel. À l’école, la rumeur courait que j’allais inviter une fille à une danse. Mes critères, malheureusement, étaient uniquement basés sur l’apparence. Lorsque mes camarades de classe m’ont pris dans un coin et m’ont fait révélé qui j’allais inviter, j’ai été accueilli avec un silence choqué. Cette fille, bien qu‘attirante physiquement, était considérée assez rude et peu intelligente.

”Pourquoi voudrais-tu sortir avec elle ?”, a demandé un ami.

”Euh… Pour sa… personnalité”, j’ai répliqué, sans convaincre personne. 

Pourquoi est-ce qu’à un âge aussi tendre, j’ai senti le besoin d’inventer une vertu à la base de mes désirs ? Aurait-il été mal de dire: ”Elle est sexy, c’est tout !” et en être satisfait ?

Et les regards dans les yeux de mes amis étaient très intéressants. Ce n’était pas tellement qu’ils savaient que je mentais – c’était évident. C’est davantage qu’il savaient pourquoi je mentais – et ils avaient même un brin de sympathie pour cela, je pense.

Ils savaient que je mentais parce qu’il est plus facile d’inventer des ”bonnes” raisons pour vouloir la mauvaise chose que de vraiment vouloir la bonne chose.

Et cette leçon nous a été bien apprise par nos professeurs – mais je vais aller dans ce sujet plus tard.

Lorsque j’avais environ 11 ans, j’ai volé de l’argent à mon frère pour m’acheter un livre. Il me soupçonnait pour le vol, et a passé une bonne quantité de temps et d’énergie à me contre-examiner pour savoir où j’ai pu trouver l’argent pour mon livre. Il n’a jamais pu prouver que j’avais volé l’argent, et j’ai évité et fait des regards innocents avec un savoir-faire décent.

Il y a trois choses dont je me rappelle très fortement de ce long après-midi.

1. Je n’étais pas fondamentalement troublé par l’idée de voler, j’avais seulement peur de me faire prendre. 

2. Si quelqu’un m’avait demandé si voler était mal, j’aurais honnêtement répondu ”oui”.

3. Cette contradiction flagrante ne m’inquiétait pas du tout.

En d’autres mots, je savais que voler était mal, mais cette connaissance n’était qu’une abstraction, tout comme savoir le nombre de lunes qu’a Jupiter ou le nom du batteur de Led Zeppelin. Je croyais que voler était mal – mais ce que ça voulait réellement dire est que je savais que j’allais me faire punir si je ne disais pas que voler était mal. Alors je le récitais, comme une formule magique païenne qui éloigne les punitions.

C’était similaire à la façon dont je chantais mes tables d’additions et de soustractions avant d’avoir aucune compréhension de l’arithmétique. La phrase n’était pas ”oui, je sais que voler est mal, mais je voulais un livre !” C’était encore moins relié que cela: ”Voler est mal, et je voulais un livre”. Juste deux faits, un principe et un désir, qui ne s’orbitaient même pas…

Alors est-ce que je savais que voler était mal ? Bien sûr, je pense que oui, mais pour moi, ”mal” voulait simplement dire ”désapprouvé”. À cet âge, j’avais déjà vécu dans plusieurs pays différents et dans plusieurs classes sociales différentes, et je savais que ”mal” n’était pas objectif, parce que ce qui était ”désapprouvé” variait énormément selon l’endroit où j’étais. Et évidemment, ”j’approuvais” de prendre l’argent de mon frère, puisque je l’ai fait. Donc, il y avait ma petite ”approbation” et la ”désapprobation” de beaucoup de personnes, et je me suis dit: bien, si d’autres personnes ont le droit de désapprouver de choses que je préfère, alors j’ai certainement le droit d’approuver de choses qu’ils ne préfèrent pas.

Logique, me diriez vous. Amoral, mais logique. Et je serais d’accord.

Mais le problème important est que je connaissais les règlements, et je les ai ensuite brisé en les appliquant à moi-même, et j’ai simplement fabriqué des nouvelles règles par la suite. Ceci est, je crois, beaucoup plus commun qu’on peut l’admettre.

Et nous en venons donc à la question fondamentale: À quel point sommes nous responsables face à nos propres hypocrisies ?

La Cage Ouverte…

J’aimerais que vous imaginiez un homme qui est debout au milieu d’une grande prairie. Vous passez quelques temps à regarder cet homme, et ça ne vous prend pas beaucoup de temps pour réaliser qu’il marche uniquement dans un petit carré de 10 pieds de large. C’est tout. Seulement 10 pieds. 

Après quelques heures à le regarder faire cela, vous marchez jusqu’à lui. Quand vous avancez pour lui serrer la main, par contre, vos doigts sont brûlés par un fort choc électrique provenant d’une barrière invisible.

Surpris – et blessé – vous criez. L’homme vous regarde.

”Qu’est-ce qui se passe ?” demande-t-il.

”Je viens de toucher ce mur invisible qui m’a donné tout un choc!” vous répondez.

Il fronce les sourcils. ”Je n’ai rien vu”.

Vous clignez des yeux. ”Vraiment ? Vous n’avez jamais entendu ou senti cette barrière invisible ?”

Il secoue la tête lentement. ”Quelle barrière invisible ?”

”Celle qui vous entoure – celle qui vous retient prisonnier d’un petit carré de 10 pieds !”

”Quel petit carré de 10 pieds ?” demande-t-il. ”Il n’y aucun petit carré de 10 pieds ! Je peux aller où je veux !”

”Non, vous ne pouvez pas !”

”Qui êtes-vous pour me dire où je peux ou ne peux pas aller ? C’est moi qui décide !”

”Je ne vous dis pas où vous pouvez ou ne pouvez pas aller – je vous dis simplement ce que vous faites !”

”Mais de quoi parlez-vous ?”

”Eh bien, je vous ai regardé durant les dernières heures, et vous êtes au milieu de cette grande prairie, et tout ce que vous faites est de faire les cent pas dans un carré de 10 pieds à peine”.

”Je peux aller où je veux !” répète l’homme furieusement.

”Vous dites ça, mais vous ne faites que marcher dans un petit carré de 10 pieds ! Si vous pouvez aller où vous voulez, pourquoi ne faites-vous pas un pas de plus ?”

”Je n’ai aucune idée de ce que vous parlez” rugit-il. ”Maintenant, hors de ma propriété!”

”Attendez – je peux vous montrer !” Vous prenez quelques brindilles d’herbe du sol et vous les lancez vers l’homme. À quelques pieds de son visage, les brindilles prennent feu et s’évaporent. Vous faites ceci à plusieurs reprises, prouvant définitivement qu’il y a en effet un champ de force invisible autour de lui, d’environ 10 pieds par 10 pieds.

”Vous voyez ?” demandez-vous avidement. ”Voyez-vous que vous êtes dans une cage invisible ?”

”Sortez de ma propriété, espèce de malade !” crie-t-il, tremblant de rage.

”Mais vous devez savoir que vous êtes dans une cage invisible” vous criez. ”Vous devez le savoir, puisque vous n’essayez jamais d’aller en dehors de ses murs. Vous devez avoir essayé une fois de vous échapper de cette cage, et vous avez été brûlé par le choc électrique, et c’est pourquoi vous ne faites jamais plus de quelques pas avant de tourner ! Ne voyez-vous pas ?”

Il sort un fusil et hurle qu’il a un principe de tirer sur les intrus, et compréhensiblement, vous vous enfuyez à la course.

Ceci est le grand paradoxe d’enseigner aux gens ce qu’ils savent déjà. Tout le monde prétend avoir la liberté totale, mais sont toujours prisonniers d’un petit carré. Tout le monde est entouré des cages invisibles de la culture et la mythologie, et le nient catégoriquement. La preuve qui indique ces cages est très claire, vu qu’ils se retournent toujours juste avant de les toucher. Mais ensuite, ils nient que ces cages existent.

Tout le monde agit comme s’il étaient parfaitement libres, et parfaitement asservis en même temps. Personne n’admet être dans une prison, mais tout le monde fait les cent pas dans une cellule de 10 x 10 invisible. 

De la même façon, tout le monde vous dit qu’ils sont libres, mais tout le monde est enfermé dans de minuscules cellules de conversation permise. Tous vous disent qu’ils vous aiment, mais évitent vigoureusement de vous dire ce qu’est l’amour, ou ce qu’ils aiment de vous. 

Tous vous disent qu’ils sont bons, mais n’ont aucune idée de ce qu’est la bonté – et vous attaqueront sauvagement si vous avez ne serait-ce que la témérité de poser la question.

Tout le monde parle de la vérité, mais la vérité réelle est que personne ne peut parler de la vérité – ce qu’elle est, comment elle est définie et vérifiée, et sa valeur.

Responsabilité 

Si l’homme de la prairie a été mis dans sa cage lorsqu’il était un bambin, il a sûrement découvert les limites de sa prison – douloureusement – quand il était très jeune. Il est entièrement concevable qu’il ait simplement fini par éviter ses barreaux invisibles, pour conserver son illusion de liberté, et réprimer la douleur de son emprisonnement. Si vous ne pouvez vous évader, aussi bien imaginer que vous êtes libre. 

L’homme n’est pas responsable pour avoir été mis dans sa cage étant bambin, et il n’est pas responsable non plus pour sa répression qui en a résulté, et il n’est pas responsable de ne pas tester ses barreaux, mais change plutôt de direction avant de les toucher.

Il y a deux choses, par contre, dont il est responsable.

La première chose dont il est responsable est de nier les preuves claires et tangibles qui contredisent sa croyance. Il y a deux morceaux de preuves principales: l’herbe qui prend feu, et le fait que malgré qu’il dit qu’il est libre, il ne fait jamais plus de quelques pas avant de se retourner.

La deuxième chose dont il est responsable est de fermer la conversation lorsqu’elle le rend inconfortable.

L’essence de la sagesse est d’apprendre la valeur de ”rester dans la conversation” même lorsqu’elle vous rend inconfortable.

Particulièrement lorsqu’elle vous rend inconfortable.

La Fausseté et la Conversation

La chose la plus importante dans la vie est de ne pas mentir aux autres personnes – l’honnêteté est la vertu la plus fondamentale. Maintenant, à chaque fois qu’un philosophe met sur la table la vertu de l’honnêteté, un blizzard de questions bloque son progrès – des questions conçues pour trouver les zones floues à la limite des comportements éthiques, comme par exemple: ”Est-ce que c’est correct de mentir si quelqu’un pointe un fusil sur votre tempe et demande de savoir où est votre femme pour qu’il puisse la tuer ?”

Tout ceci est bien intéressant, mais complètement hors de propos pour le monde tel qu’il est.

Dans le monde d’aujourd’hui, nous sommes tellement incapables de se dire la vérité que de se concentrer sur les zones floues de la pratique de l’honnêteté est comme demander à un homme qui entre à l’urgence tenant son bras arraché s’il a besoin d’une manucure. Ou encore, pour prendre une autre analogie médicale, je vois les philosophes comme des docteurs essentiels au milieu d’une terrible épidémie. Tout autour de nous, des gens souffrent et meurent, et nous devons travailler aussi fort que possible pour sauver autant de gens que l’on peut – en étant parfaitement conscients que très peu de gens vont s’en sortir. La plupart des philosophes modernes, par contre, s’assoient au milieu de toute cette souffrance, et débattent quelle serait la meilleure méthode de traitement si quelqu’un se présentait en pleine crise cardiaque, avec le diabète et un ongle incarné, et était frappé par la foudre pendant son examination.

Ma réponse à cela est: Quand nous aurons atteint un monde où les problèmes qui arrivent une fois par siècle seront les choses les plus importantes que l’on puisse s’occuper, nous n’aurons plus vraiment besoin de la philosophie !

Alors retroussons-nous les manches, et essayons de guérir l’épidémie qui nous dévore maintenant, et laissons les problèmes improbables à un avenir plus heureux.

La raison que l’homme dans la cage invisible ci-haut est à blâmer pour ses actions est qu’il vous a menti.

Lorsque vous avez commencé à lui montrer la vérité, il s’est senti inconfortable. Au début, il semblait légitimement surpris – nous ne pouvons dire si c’était une ruse ou non. Ensuite, lorsque les preuves ont commencé à s’accumuler, à la fois de façon empirique et logique, il a commencé à devenir hostile.

Est-ce qu’il mentait ? Bien sûr.

Il mentait parce qu’il ne vous a pas dit qu’il se sentait inconfortable, mais a plutôt commencé à baragouiner sur votre intrusion, vous a insulté et a fini par sortir un fusil.

Était-ce honnête ? Non. Est-ce que l’homme était conscient qu’il se sentait de plus en plus inconfortable ? Bien sûr. Est-ce qu’il a exprimé honnêtement son inconfort ? Non. Il a évadé son inconfort en vous attaquant. 

Pour prendre un exemple, lorsque j’ai discuté avec mon frère, après avoir décidé d’arrêter de voir ma mère, il m’a présenté l’argument suivant:

”Stef, tu devrais voir notre mère parce que si tu ne la vois pas, elle exerce un pouvoir sur tes choix. Si tu laisses le fait que tu ne l’aimes pas contrôler tes actions, alors elle a gagné, et tu as perdu une liberté essentielle”.

”Donc” j’ai répondu, ”si je te comprends bien, tu dis que je devrais voir des gens que j’aime parce que je les aime, et je devrais voir les gens que je n’aime pas parce que sinon, ils auront un pouvoir sur moi. En d’autres mots, je ne devrais jamais refuser de voir personne.”

Comme d’habitude, il a levé les yeux au ciel et haussé les épaules. 

”Mais laisse-moi te dire ce qui me dérange dans cette famille,” j’ai continué. ”Je sens fortement qu’il ne m’est jamais permis d’avoir de vraies préférences. Je veux dire, je peux avoir des préférences à ma façon, mais personne ne respecte ces préférences en changeant ses actions. Tu préfèrerais que je voie notre mère, et tu essaies donc de me faire changer mes actions basé sur tes préférences. Mais par contre, tu me dis que mes préférences ne veulent rien dire, par rapport à qui je vais voir. Mais comment se peut-il que tes préférences exigeraient un changement dans mes actions, mais mes préférences n’exigeraient aucun changement dans mes actions ?”

Tristement, inévitablement, la conversation était terminée à ce moment-là.

Il était clair pour moi même à cet époque que mon frère était intensément inconfortable à mes questions. Il démontrait tous les signes habituels: lèvres pincées, lever les yeux au ciel, haussement d’épaules et froncements de sourcils. J’ai senti une très forte résistance, et j’ai demandé à mon frère s’il se sentait inconfortable. Il m’a répondu que non.

C’était, bien sûr, le moment-clé de notre interaction. S’il avait été honnête avec moi, et m’avait dit qu’il se sentait inconfortable, nous aurions pu parler de son inconfort, et des façons dont cet inconfort pourrait avoir affecté sa position.

En me disant que ce que je faisais était mauvais, alors que ce qui se passait réellement était que mes choix le rendaient inconfortables, mon frère me mentait. Essentiellement, il essayait de gérer son inconfort en infligeant des commandements moraux sur moi. Il a essayé de faire appel à mon intérêt personnel basé sur un ”standard” vague et quand ça n’a pas fonctionné, il a désapprouvé de ma ”résistance”. Ma décision de ne plus voir notre mère créait une grande anxiété en lui, parce qu’elle ouvrait la possibilité d’un choix, alors qu’avant, il n’y avait qu’un absolu.

C’était un aspect essentiel de notre interaction. Je pense que je vais avoir eu une longue vie si je vis jusqu’à l’âge de cent ans. Si, cependant, la technologie nous permettra de vivre jusqu’à 200 ans, cent ans ne semblera plus une si longue vie. Quand il n’y a pas de possibilité d’atteindre 200 ans, nous ne nous sentons pas d’anxiété à ne pas l’atteindre. S’il n’y a pas de possibilité de ne pas voir votre mère, alors nous nous sentons bien moins anxieux si nous continuons à la voir même si, au fond de nous, nous ne voulons pas.

Par contre, dès que quelqu’un dit: ”Je ne vais plus aller voir ma mère” ceci crée une grande anxiété en nous, parce qu’une possibilité existe maintenant que nous voulons vraiment au fond de nous que nous pensions impossible.

Lorsque j’ai pris ma décision, mon frère pouvait gérer son anxiété de deux façons. Il pouvait soit examiner cette anxiété et essayer de comprendre sa source – ou, il pouvait essayer de réduire son anxiété en me manipulant à revoir ma mère.

Lorsque le choix entre dans nos vies, lorsqu’auparavant il n’y avait que des absolus, nous devenons anxieux parce qu’au fond de nous, nous savons que ce choix a toujours existé, mais on nous a dit qu’il était mal de penser à ce choix. Émotionnellement, cela nous ramène à nos traumatismes de jeunesse à travers lesquels la ”culture” nous a été infligés – et donc à une critique profonde et amère de nos parents et professeurs – ce qui nous ramène directement devant la clôture électrifiée invisible des punitions mythologiques.

Nous ne voulons vraiment, mais vraiment pas aller là.

Si quelqu’un s’évade de la prison, vous pouvez soit essayer de vous évader vous-même, ou vous pouvez aider les gardes à le ramener en prison. Votre décision dépendra de ce que vous faites de votre anxiété. Si vous décidez de comprendre votre anxiété de façon interne, reliée à vos croyances, votre histoire, vos fausses allégeances à de fausses vertus, alors vous serez catapulté dans toute l’évolution personnelle qui est le résultat inévitable d’arrêter d’utiliser les autres pour gérer vos émotions. 

C’est une triste réalité que pour la plupart des gens, leur prison ne ressemble pas à une prison jusqu’à ce que quelqu’un essaie de s’en échapper. La conclusion qu’ils en font est que la personne qui s’est évadé de prison est celui qui l’a transformé en prison – par l’action exacte de s’en être échappé ! C’est de la folie, évidemment, mais beaucoup trop commun. 

Lorsque je me suis assis avec ma mère, il y a huit ans de cela, une conversation très similaire s’est produite, comme vous pouvez vous y attendre. Et comme vous pouvez vous y attendre, elle était beaucoup plus efficace que mon frère, puisqu’elle lui a enseigné.

La conversation s’est passée essentiellement de cette façon:

J’ai dit: ”Maman, j’ai l’impression que tu ne m’écoute pas”.

Ma mère a répondu: ”Ne sois pas stupide – bien sûr que je t’écoute !”

Aie-je besoin de vous aider à trouver la contradiction flagrante dans cette interaction ?

J’en doute.

Exploitation

Si je suis malade, et j’ai besoin que vous me donniez un rein, j’ai quatre choix généraux:

1. Je peux vous dire que j’aimerais que vous me donniez un rein, sans jamais m’attendre que vous allez le faire.

2. Je peux décider de ne pas vous demander votre rein.

3. Je peux vous dire que j’ai réellement besoin que vous donniez un rein, et que vous devez le faire parce que je le veux.

4. Je peux vous dire qu’il est immoral de refuser de me donner un rein, et donc que vous êtes obligé éthiquement de me donner votre rein, comme vous êtes éthiquement obligé de rembourser un prêt.

Dans le premier cas, je ne fais qu’exprimer mon désir réel et honnête pour votre rein. Je ne vous manipule pas. Je ne vous intimide pas. Je vous dis ce que je veux. Ma requête n’est pas une exigence – et ma requête, fondamentalement, n’est pas d’avoir votre rein, mais que vous compreniez que j’aimerais avoir votre rein.

C’est une différence cruciale, qui est si souvent ignorée. Dire ”J’aimerais avoir ton rein” n’est pas dire ”Donne-moi ton rein !” Dire ”J’aimerais être un astronaute” n’est pas dire ”Fais de moi un astronaute !”

Soit je suis libre d’exprimer ma pensée et mes sentiments envers vous, ou je ne le suis pas. Si je le suis, alors je dois bien sûr être libre d’exprimer ce que je préfèrerais que vous fassiez, si c’est ce que je pense. 

Si vous interprétez mes préférences comme des ordres que vous devez obéir, alors vous allez naturellement préférer que je n’exprime aucune préférence. Si vous détestez le goût de la crème glacée, mais qu’à chaque fois que je disais ”j’aime la crème glacée” vous seriez obligé d’en manger un bol, vous préfèreriez évidement que je ne dise pas ”j’aime la crème glacée”. Puisque mes désirs font de vous un esclave, vous devez asservir mes désirs.

La meilleure et plus terrible façon d’asservir un autre être humain est d’interpréter ses désirs comme des ordres. Si, à chaque fois que j’exprime une préférence, vous l’interprétez comme un ordre, alors vous serez inévitablement porté à contrôler, minimiser, ignorer ou attaquer mes préférences.

En d’autres mots, si mes désirs sont des commandements, alors mes préférences sont des attaques envers vous. 

Et le seul antidote à cela est la curiosité.

Curiosité

Le contraire de la tyrannie est la curiosité. Le contraire de l’ignorance est la curiosité. Le contraire de la manipulation est la curiosité.

Le contraire de l’immaturité est la curiosité, parce qu’il est sage d’être curieux.

Quelle est la réponse la plus mature et logique à l’affirmation: ”J’aimerais que tu me donnes ton rein”. ?

Est-ce que c’est:

1. ”Bien sûr, le voici – je l’ai même glacé pour toi”.

2. [r e g a r d   v i d e]

3. ”Ne me demande pas, cela me rend inconfortable”.

4. ”Et puis, comment vont les Mets ?”

5. ”Je t’avais dit de ne pas jouer au rugby, tu ne m’écoutes jamais, je n’arrive pas à croire que tu aie les trippes de me demander, comment peux-tu être aussi égoïste et manipulateur ?”

6. ”Dis-moi en plus”.

Si nous comprenons réellement la nature de l’affirmation, qui est ”j’ai un sentiment qui s’appelle ‘je préfèrerais que tu me donnes ton rein”’ alors nous pouvons examiner ensemble la nature de ce sentiment. Si je suis un arrêt d’autobus, et une femme à côté de moi dit ”je sens qu’il va pleuvoir” il serait logique pour moi de demander ”comment on se sent, quand on sent qu’il va pleuvoir ?” Argumenter sur la réelle imminence de la pluie serait illogique, parce que la femme n’a pas dit ”il va pleuvoir”. Ce qu’elle a dit est ”je sens qu’il va pleuvoir”, ce qui est très différent. C’est une affirmation d’une expérience intérieure, pas une prédiction, un ordre ou une demande. 

Si je vous dis ”j’ai rêvé à un éléphant la nuit dernière”, pourriez-vous logiquement être en désaccord avec moi ? Vous pourriez ne pas être particulièrement intéressé par mon rêve, mais il ferait très peu de sens pour vous de disputer mon affirmation. Soit je dis la vérité ou pas. Si je dis la vérité, il n’y a rien à argumenter – si je ne le fais pas, il n’y a toujours rien à argumenter, puisque vous n’allez jamais avoir la moindre preuve que je mens.

Alors lorsque je vous dis ”j’aimerais que tu me donnes ton rein” ce sont les deux premiers mots qui sont importants, pas les quatre derniers. Mais tout le monde se concentre sur les quatre derniers, les considère comme un ordre intimidant, et doivent donc passer le reste de leur existence mortelle à gérer et contrôler les deux premiers.

Des affirmations de préférences ne sont que des affirmations d’expériences intérieures, et si nous tenons vraiment à la personne qui les exprime, nous serons curieux à propos de son expérience.

Donc, pour extrapoler à quelque chose d’un peu plus général que les reins, si vous faites quelque chose qui me dérange, j’ai généralement quatre choix:

1. Je peux vous dire que je suis dérangé par ce que vous faites, sans m’attendre à ce que vous deviez changer ce comportement.

2. Je peux quitter la situation.

3. Je peux vous dire que ce que vous faites me dérange, et que vous devriez arrêter parce que ça me dérange. 

4. Je peux vous dire que ce que vous faites est immoral, et que vous devez arrêter parce que c’est mal.

Évidemment, si les gens en général étaient matures et sages, ils choisiraient généralement ce qui est derrière la porte numéro un – occasionnellement, ils pourrait quitter par la porte numéro deux pour quelques instants s’ils sont troublés – mais ils n’ouvriraient jamais les portes trois et quatre.

Cependant, le monde n’est ni sage ni mature, alors les enfants doivent rapidement apprendre que lorsque les adultes sont anxieux ou bouleversés, ce sont les comportements des enfants qui doivent toujours changer. Si ma mère est anxieuse à propos de mes sorties, la ”solution” pour moi est de ne pas sortir. Si mon père va être embarrassé par mon absence de l’église, alors je dois aller à l’église. Si ma mère sera embarrassée si je n’embrasse pas ma vieille grand-mère qui sent mauvais, c’est l’heure des bisous ! Si ma mère sera mortifiée si j’arrache un jouet des mains d’un autre enfant, la solution pour moi est de ”jouer gentiment”. (Bien sûr, je ne devrais pas vraiment arracher des jouets; le problème est que ma mère n’est pas curieuse sur la raison pour laquelle je le fais, mais cherche seulement à contrôler les symptômes, au lieu de travailler à en comprendre la cause.)

Attaque

Lorsque j’avais environ 14 ans, j’ai pris un cours d’été, désespéré à sortir du goulag mental qu’est l’école publique le plus rapidement possible. J’avais un professeur cassant et hostile, qui exigeait que l’on soit présent à 8h30 pile, mais ensuite nous ferait assoir et lire un cahier de notes pendant les 30 à 40 premières minutes de la classe. Il nous montrait aussi des documentaires vraiment ennuyants, parlait en monotone et était complètement obsédé par les théories de conspiration sur l’assassinat de JFK. 

Occasionnellement, j’étais très somnolent, et je mettais ma tête sur mon bureau pendant quelques minutes. Je ne me suis jamais endormi, mais on aurait très bien pu en avoir l’impression.

Après quelques semaines de classe, je me suis levé pour faire une présentation sur l’esclavage. Juste avant que je commence, ce professeur a levé la main et à ordonné à tout le monde de mettre leur tête sur leur bureau.

Tous les autres enfants étaient très confus, comme vous pouvez imaginer – et moi aussi. Après quelques minutes d’ordres et d’intimidation, tous les enfants avaient mis leur tête sur leur bureau. Mon visage était très pâle, et j’étais alarmé, c’est le moins qu’on puisse dire. 

Quand toutes les têtes ont été baissées, l’enseignant s’est tourné et m’a littéralement crié : ”Tu vois comment on se sent ? Est-ce que tu vois comment on se sent lorsqu’on essaie d’enseigner quelque chose aux gens, et ils mettent leur tête sur leur bureau? EST-CE QUE TU VOIS COMMENT ON SE SENT ? C’EST IMPOLI ! NE FAIS PAS ÇA !” Ses veines sortaient littéralement de son cou.

Et ensuite, bien sûr, il a exigé que je fasse ma présentation.

Que se passait-il ici ?

La chose stupéfiante à savoir sur les gens qui maltraitent les enfants, c’est qu’il n’ont vraiment aucune idée de la façon dont les enfants les voient réellement. Je savais qu’il avait tout le pouvoir, mais c’était un très triste spectacle, et j’ai eu l’impression très forte d’une vie futile, répugnante et pathétique. Peut-être qu’ils s’imaginent que d’intimider des enfants donne l’impression qu’ils sont forts, mais le degré de mépris que je ressentais – et ressens – envers ceux qui maltraitent les sans-défense est presque sans mots, et je ne pense pas être le seul.  Quand on pense au mépris radioactif que les adolescents ont souvent envers leurs parents et autres formes d’autorité, je pense qu’il est assez facile de voir qu’intimider des enfants ne génère pas le respect – pas plus que de battre votre femme ne génère l’amour.

Appelons ce professeur Bob, puisque je n’ai aucune idée de son nom, après toutes ces années. Clairement, Bob n’avait pas l’impression qu’il était un très bon professeur, parce qu’un bon professeur aurait regardé un étudiant épuisé avec curiosité. Je pourrais être fatigué parce que je ne peux pas dormir, ou j’ai des problèmes à la maison, ou un déséquilibre hormonal, ou d’autres raisons qui n’ont rien à voir avec sa capacité à enseigner – ou bien je pourrais être épuisé parce qu’il est un professeur ennuyant.

Si Bob ne démontre aucune curiosité sur la raison de ma fatigue, il ne le saura jamais. Si je suis malade ou stressé (et j’avais trois emplois différents à ce point de mon enfance), il pourrait être capable de m’aider – ou du moins, il aurait établi que ce n’est pas parce qu’il était ennuyant.

S’il découvre que je suis fatigué à cause qu’il est ennuyant, ça peut bien sûr être douloureux, mais je n’ai aucun doute que Bob préfèrerait être un professeur passionnant plutôt qu’ennuyant. S’il avait investi le temps d’essayer et de trouver – avec moi – les raisons de ma fatigue, il aurait été capable d’apprendre comment devenir un professeur plus intéressant, ce qui aurait été en ligne avec ses propres valeurs, et l’aurait donc rendu plus heureux. 

La vérité est cependant que, bien sûr, comme nous avons vu plus haut, au fond de lui, Bob était absolument convaincu qu’il était un terrible professeur. Lorsque j’ai mis ma tête sur mon bureau, ceci a confirmé ses plus grandes peurs, qu’il a violemment rejeté.

Quand nous comprenons le pouvoir de la mythologie, il est clair à quel point Bob savait peu de ce que je faisais et communiquais.

Quand j’ai mis ma tête sur mon bureau, je ne disais pas ”Bob, tu es un terrible professeur”. Je ne disais pas ”Je mets ma tête sur mon bureau pour défier ton autorité”. Je ne disais pas ”Je mets ma tête sur mon bureau parce que je suis un individu égoïste et impoli qui se fiche des sentiments des autres”.

Quand je mettais ma tête sur mon bureau, je disais simplement: ”Je suis épuisé”.

Tout le reste n’était que mythologie – des contes de fées vicieux et paranoïaques. 

Tout le reste était l’invention de Bob, et il a inventé tout le reste dans le but d’éviter d’être curieux.

Pourquoi ? Pourquoi était-il si terrifié de la curiosité ?

C’est simple. 

La raison pourquoi nous ne sommes pas curieux et que nous connaissons déjà les réponses, mais nous ne les aimons pas. 

Sagesse et Douleur

La douleur est le moyen qu’a notre corps pour nous dire ce que nous avons besoin de nous occuper, nous aider à prioriser nos actions par rapport à notre santé. Notre corps ne nous dit rien quand tout nos organes fonctionnent bien, mais le moment qu’une dent s’infecte, nous savons tout ce que nous devons savoir !

En d’autres termes, la douleur nous dit ce que nous devons faire. Si notre dent nous fait mal, nous devons aller à un dentiste. La douleur nous informe des problèmes que nous devons régler.

Si nous pensons à notre vie avant les anesthésiants, il est facile de comprendre que nous devions généralement accepter une augmentation de la douleur pour être plus en santé. Une dent infectée devait être arrachée. De nos jours, nous devons parfois subir la douleur de la chimiothérapie pour traiter le cancer. 

Ceci est le défi de la douleur – nous ne l’aimons pas, mais devons souvent accepter une augmentation de celle-ci pour redevenir en santé.

Si je brise ma jambe, ça fait vraiment mal – c’est pourquoi j’arrête de la bouger. Après la guérison de ma jambe, pour regagner une mobilité complète, je dois endurer la douleur de la physiothérapie.

Les blessures peuvent aussi nous rendre plus forts. Si je survis à une crise cardiaque, je peux choisir de perdre du poids, manger mieux, faire de l’exercice et ainsi de suite – je vais peut-être même devenir plus en santé que si je n’avais jamais eu de crise cardiaque. Similairement, si je brise ma jambe, ma jambe peut devenir plus forte, en résultat de l’exercice requis pour regagner sa force et sa mobilité. Perdre une dent peut engendrer un désir pour une meilleure hygiène orale.

Il y a cependant plusieurs différences-clé entre la douleur physique et la douleur psychologique, que vous devez réellement comprendre si vous désirez devenir plus heureux et plus en santé.

La première et plus importante différence est que la douleur psychologique peut être transférée d’une personne à une autre. Si ma dent me fait mal, je ne peux pas vous transférer mon mal de dents – mais le contraire est vrai pour la douleur psychologique, du moins à court terme.

Si je ressens de l’anxiété à propos de ce que vous faites, je peux réduire temporairement cette anxiété en vous forçant à changer votre comportement, tout comme je peux temporairement réduire la douleur d’un mal de dents en prenant des antidouleurs – la différence étant que quand je prends des antidouleurs, vous ne ressentez pas mon mal de dents. 

Le transfert de douleur psychologique se passe presque toujours dans une relation hiérarchique, telle que parent-enfant, patron-employé, un mariage dominant/soumise et ainsi de suite. L’impuissance et la dépendance – réelle pour les enfants, imaginée chez les adultes – sont requises pour recevoir ce genre d’exploitation émotionnelle parasite.

C’est la raison principale pour laquelle les relations de pouvoir hiérarchique ou hégémonique existent. Nous ne jetons pas nos déchets dans un dépotoir parce que le dépotoir est là – le dépotoir existe parce que nous devons jeter nos déchets à quelque part. De la même façon, nous n’exploitons pas les gens parce qu’ils sont impuissants, nous les rendons impuissants pour pouvoir les exploiter. 

Bob n’a pas fini par maltraiter les enfants parce qu’il avait le pouvoir d’un professeur – il a recherché le pouvoir d’un professeur pour pouvoir maltraiter des enfants. 

Le pouvoir ne crée pas la corruption; le désir de corrompre crée le pouvoir. 

Lorsque nous sommes dans l’agonie de la détresse psychologique, il est totalement contre-intuitif de vouloir ressentir encore plus de cette agonie – tout comme il est contre-intuitif d’arracher une dent qui fait déjà mal, ou de commencer la chimiothérapie lorsque vous ne vous sentez pas malade. 

Et pourtant, c’est exactement ce qu’il faut faire, si nous voulons être en santé. 

Si je décide de ne pas aller en physiothérapie après que ma jambe ait guéri, je suis le seul à devoir vivre avec la faiblesse et le manque de mobilité qui va en résulter. Si je décide de gérer mon anxiété en attaquant les plus faibles, par contre, je gagne un soulagement temporaire en infligeant ma détresse sur les autres. 

Et c’est de cette façon que le système en entier se reproduit. 

Essentiellement, en essayant de m’humilier de façon aussi affreuse, Bob essayait de m’infecter du virus de la violence. Vu qu’il n’était pas assez mature ou sage pour assumer ses propres émotions, il a inévitablement cru que j’étais la source de son anxiété. Et vu que ”j’infligeais” de l’anxiété sur lui, j’agissais de façon ”hostile”, tout comme si je lui injectais un poison – et donc son attaque envers moi était une forme tordue d’autodéfense.

De plus, en infligeant son ”humiliation” sur moi, Bob exigeait que j’aie de l’empathie pour ses sentiments – mais si l’empathie est une valeur, pourquoi n’avait-il pas d’empathie pour ma fatigue ? 

Sans aucun doute, Bob a été ignoré et humilié à répétition lorsqu’il était enfant, forcé à se soumettre aux caprices irrationnels de ceux qui avaient le pouvoir sur lui. Les habitudes naturelles de généralisation des règles de son cerveau ont alors créé le commandement: ”Tu dois obéir ceux qui sont en position de pouvoir !” – ou, plus précisément: ”Désobéir à ceux qui sont en position de pouvoir va faire en sorte que tu seras attaqué et humilié”.

Il y a trois composantes majeures à l’agonie psychologique qui résulte de l’établissement de ce principe.

La première est la honte et l’embarras qui résulte du fait d’être humilié.

La seconde est l’horreur d’être prisonnier de ceux qui vous maltraitent.

La troisième est la rage qui résulte de se faire dire que cet abus est en fait vertueux – ”C’est pour ton bien !”

Quand nous sommes maltraités étant enfants, nous sommes mis dans une situation terriblement difficile, puisque nous sommes totalement dépendants de nos abuseurs. Une forme du ”syndrome de Stockholm” s’installe, et nous nous forçons à ”respecter” ceux qui nous maltraitent. C’est une stratégie de survie entièrement sensée, puisque l’horreur de savoir que nous allons être sous le contrôle abusif de nos parents pour des années à venir serait trop grande à supporter. Aussi, puisque nous sommes punis pour ne pas montrer de respect, il est plus facile de simplement les ”respecter” plutôt que de continuellement faire semblant – ce qu’ils vont s’apercevoir, sans doute, et punir. 

De plus, puisque l’abus est toujours déguisé par des justifications morales (”C’est moralement mal de me désobéir !”), nous expérimentons aussi une sorte d’horreur existentielle, puisque nous savons que nos parents utilisent des termes moraux – et notre désir d’être bons – pour nous humilier, nous contrôler et nous intimider. En d’autres mots, ils utilisent le bien au service du mal, la pire corruption de toutes. 

Nous sommes donc inévitablement portés à inverser les standards rationnels de la morale – intimider les impuissants devient une vertu.

Absolus 

Nous pouvons choisir de ne pas manger,  mais nous ne pouvons pas effacer le besoin de nourriture de notre corps. Nous pouvons choisir de sauter du haut d’une falaise, mais nous ne pouvons pas choisir de défier la gravité.

Nous pouvons prétendre que des mensonges sont vérités, que des vices sont des vertus, mais nous ne pouvons transformer un mensonge en vérité, ni un vice en vertu.

Nous ne pouvons effacer la vérité en nous; nous ne pouvons que la refouler et la déformer.

Fondamentalement, la philosophie n’est pas de l’invention, mais de l’excavation; pas de l’exploration, mais de l’archéologie. 

Lorsque nous sommes maltraités étant enfants, comme Bob l’a sûrement été, nous tentons désespérément d’engourdir notre douleur en imaginant que nos abuseurs sont vertueux. Néanmoins, au fond de nous, nous savons la vérité, ce qui est la raison pourquoi nos distorsions nous causent tant d’agonie à long-terme. 

Nous pouvons utiliser les autres pour ”gérer” nos anxiétés aussi bien que nous pouvons utiliser les drogues ou l’alcool pour ”gérer” nos anxiétés.

La disparité entre les mythes que nous devons inventer pour survivre à nos enfances et la vérité que nous connaissons est la source la plus fondamentale de notre déprime et notre anxiété.

En d’autres mots, la fantaisie est la cicatrice de l’abus.

Lorsque Bob m’a vu mettre ma tête sur le bureau, j’ai ”créé” de l’anxiété en lui parce que je n’agissais pas sur une prémisse qu’il pensait absolue: ”Tu dois obéir ceux qui ont le pouvoir !” Sa réaction hystérique à ma somnolence inoffensive ne résultait pas du fait qu’il croyait que je devais obéir ceux qui ont le pouvoir, mais plutôt parce que, au fond de lui, il savait qu’il est en fait immoral d’obéir à ceux qui ont le pouvoir – et parce qu’il savait aussi que si quelqu’un ayant le pouvoir exige l’obéissance, c’est parce que cette personne est immorale.

En d’autres termes, il a évité la douleur de son propre abus en prétendant qu’il n’a jamais été abusé – en prétendant que ceux qui l’ont maltraité étaient moralement bons. Il l’a fait en transformant le contrôle qui a été infligé sur lui d’un principe pratique d’obéissance en standard moral de perfection.

Justification comme Prédiction

Imaginez que je vis en Angleterre et que pendant des décennies, j’ai parlé des immigrants qui ne prennent pas le temps d’apprendre l’anglais. ”Comment pouvez vous venir habiter dans un pays sans faire l’effort d’apprendre la langue ? C’est irrespectueux, impoli et renfermé. Quiconque souhaite être un citoyen décent doit faire l’effort d’apprendre la langue !”

Je publie une tonne d’articles sur ce sujet, je fais des discours publics, et je coupe les ponts avec tous ceux qui ne sont pas d’accord avec moi.

En d’autres mots, je suis vraiment engagé à cette idée.

Ensuite, imaginez que je déménage en Suède. Je vis en Suède pendant un an, et je reviens vous visiter en Angleterre.

”Alors, comment est la Suède ?” demandez-vous.

”Géniale !” je vous réponds.

”Et comment va ton suédois ?”

”Oh, je n’ai pas du tout appris de suédois, pourquoi le ferais-je ?”

Est-ce que ça vous surprendrait ? Penseriez-vous que je suis plutôt hypocrite ? Sentiriez-vous un désir fort de réexaminer ma croyance forte et ouverte que les habitants d’un pays sont moralement obligés d’en apprendre la langue ?

Si j’explique l’incohérence entre mes croyances et mes actions en disant qu’il est très difficile d’apprendre une nouvelle langue, et que ce n’est pas réellement nécessaire si vous vivez dans un groupe culturel expatrié – vous sentiriez-vous obligé de me dire que c’est exactement le contraire de la position que j’ai prôné publiquement et férocement pendant plusieurs années ?

J’imagine que vous suggèreriez ensuite qu’il serait approprié de ma part d’écrire un suivi à mes anciens articles, rejetant mes anciennes positions, basé sur ma nouvelle compréhension du problème. 

Est-ce que mon refus catégorique de faire une telle chose affecterait votre opinion sur moi ?

Ceci est le cycle de l’abus.

Lorsque nous, étant enfants, justifions les abus de nos parents dans le but de survivre à la situation, nous créons des absolus moraux sur le droit et la bonne utilisation du pouvoir. ”Il est moral pour ceux qui ont le pouvoir de blesser ceux qui n’ont pas le pouvoir, dans le but de les protéger, les guider ou les ‘endurcir”’.

C’est de cette façon que nous justifions et survivons le mal que l‘on nous a fait.

C’est pourquoi nous répétons et ré-infligeons si souvent le mal que l’on nous a fait.

Si j’étais un Britannique publiquement xénophobe qui déménageait en Suède, je serais parfaitement conscient de toutes les critiques que je rencontrerais si je n’essayais pas d’apprendre le suédois. Je saurais que je devrais soit apprendre le suédois – et bien l’apprendre – ou répudier publiquement toutes mes opinions antérieures.

”Flip-floper” sur nos principes est très humiliant, parce que quiconque proclame une vérité proclame inévitablement que cette vérité est basée sur la raison et la réalité. Personne n’avance de ”vérité” en proclamant qu’elle est basée sur une opinion non confirmée – puisqu’évidemment, ce ne serait pas la vérité.

Donc quelqu’un qui proclame ”la vérité” dit toujours que cette vérité est basée sur la raison – même ceux qui proclament ”la foi” comme étant la base de leurs croyances disent que la foi fournit des preuves, et qu’il est donc rationnel de croire des vérités basées sur la foi.

Si une personne qui proclame une vérité doit complètement renverser sa position, il ne peut le faire de façon crédible que si de nouvelles preuves sont découvertes. Par exemple, s’il se trouve que l’univers est en fait énergisé par des fées sur des tapis roulants, je vais devoir réviser quelques unes de mes opinions sur la réalité – mais seulement parce que de nouvelles preuves sont apparues. 

Si, cependant, il n’y a pas de nouvelles preuves qui sont apparues, alors il est clair que la réalité ne peut être citée comme la raison de la position antérieure de quelqu’un. Il devient clair que la position de cette personne était basée sur des préjugés – mais la raison et la réalité étaient citées comme justification.

C’est un point essentiel – et très similaire aux hypocrisies éthiques et culturelles discutées plus haut.

Lorsque je cite la raison et des preuves comme étant les justifications de mes croyances, j’affirme le pouvoir de la raison et des preuves tangibles. J’accepte et je respecte pleinement la primauté de la raison lorsqu’il faut déterminer la vérité des croyances. 

S’il se trouve que je n’avais aucune raison et aucune preuve pour mes croyances, alors je suis engagé dans la même sorte de terrible hypocrisie perpétrée par ceux qui utilisent la morale pour des fins immorales. J’utilise la raison pour supporter la discrimination subjective.

L’hypocrisie se cache à la racine de mes affirmations publiques et privées sur la vérité. Si on découvre que j’ai utilisé la valeur de la raison pour promouvoir le préjugé et la discrimination, alors non seulement tous mes anciennes affirmations n’ont-elles plus aucune valeur, mais je suis révélé comme étant un hypocrite, un escroc et un manipulateur.

Toute ma crédibilité est éliminée. Toutes mes affirmations précédentes deviennent des exemples non pas de vérité, mais d’hypocrisie flagrante.

Pas bon.

C’est exactement ce qui arrive lorsque nous maintenons nos justifications d’enfance pour les abus de nos parents à l’âge adulte. 

Si nous croyons qu’abuser de notre pouvoir est moral, nous serons portés inévitablement à abuser du pouvoir. Si je vais en Suède, mais n’apprends pas la langue, je vais devoir mentir, ou prétendre que j’ai appris le suédois, ou que je suis sur le point de l’apprendre, et ainsi de suite. Ou bien je vais entrer le monde magique du ”c’est juste différent” ce qui va requérir que je remplace la cohérence par l’agression quand on me questionne sur le sujet. 

Nous reproduisons ce que nous prônons. Nos justifications guident nos vies aussi sûrement que le chemin de fer guide un train. Les mensonges que nous croyons aujourd’hui sont les vies que nous vivrons demain. 

L’enseignant qui m’a humilié l’a fait parce qu’il croyait que c’était ce que les gens ayant le pouvoir devaient faire. 

Presque tout le monde, lorsque donné le choix entre l’hypocrisie ou l’abus, choisit d’abuser.

Le Sadisme pour Salut

Si je vais voir un docteur parce que je me suis rendu malade en fumant, et le docteur me prescrit un traitement qui me cause de la douleur, mon docteur n’est pas cruel, mais utile. Le docteur ne cherche pas à me blesser parce qu’il est sadique, mais je dois plutôt aller vers le docteur pour un remède parce que je me suis fait mal à moi-même en fumant. Je ne devrais pas éprouver du ressentiment envers le docteur pour la douleur de son remède, mais plutôt le remercier pour sa capacité à m’aider. Le docteur n’est pas responsable de ma douleur. Je le suis. 

Un enfant né dans une prison va presqu’inévitablement dire: ”Je n’obéis pas aux gardes parce qu’ils sont des sadiques avec des matraques, mais plutôt parce que les gardes de la prison sont vertueux, et essaient de m’aider”.

Il y a un terrible coût à cette croyance, comme il y en a à toutes les fantaisies. 

Si mes gardes de prisons me frappent avec leurs matraques, je dois leur obéir. Si j’accepte que je dois leur obéir parce qu’ils me frappent, je me sens terriblement humilié et impuissant, mais je maintiens au moins une impression exacte de la situation. D’un autre côté, je peux choisir de réduire mon humiliation en imaginant que je ne me soumets pas parce que je me fais frapper, mais je me fais frapper parce que je désobéis. Ce n’est pas ma désobéissance aux caprices des gardes qui fait que je me fais battre, mais plutôt ma désobéissance à des vertus morales. Les gardes ne me battent pas parce qu’ils sont sadiques – je me fais battre parce que je suis mauvais. Les gardes ne sont pas responsables de m’avoir battu – je suis responsable de m’être fait battre. Les gardes n’essaient pas de m’humilier; ils essaient en fait de m’aider, tout comme le docteur essaie de m’aider à redevenir en santé.

Voyez-vous de quelle façon l’agonie de la corruption morale peut être transmise d’une personne à une autre ?

Si mes parents me battent non pas parce qu’ils sont mauvais, mais parce que je suis mauvais, je peux conserver un certain sens de l’honneur et du contrôle à l’intérieur d’une situation désespérée et abusive.

Si, cependant, je conserve cette fantaisie en tant qu’adulte – après que j’aie gagné du pouvoir sur les autres – alors ma stratégie de survie devient une exploitation destructrice. L’équation de la violence avec la vertu qui m’a permis de survivre me corrompt maintenant. Je suis devenu ce que je craignais et détestais à l’origine.

Alors, lorsque mes actions sont entrés en conflit avec la croyance de Bob qu’il était vertueux d’obéir le pouvoir, j’ai créé une grande anxiété en lui et déclenché ses défenses, en ravivant tous ses souvenirs d’avoir été maltraité.

Je créais un choix où il croyait qu’il n’y avait qu’un absolu. J’agissais également de façon ”immorale” et on lui a enseigné étant enfant qu’il est moral d’attaquer quelqu’un qui agit de façon ”immorale”.

Alors, pour défendre ses fantaisies sur les vertus de ses parents, pour éloigner l’anxiété et l’horreur grandissante qu’il ressentait envers les mensonges qu’il a dû inventer pour survivre à son propre abus, pour écraser la liberté que je possédais qu’il n’avait pas, pour rendre légitime un faux absolu moral – et fondamentalement, pour à la fois recréer l’abus de ses parents et pour être la ”mauvaise” personne que ses parents prétendaient qu’il était – tout cela pour justifier leur abus – il m’a attaqué.

Si je n’avais jamais compris cela, il est très probable que je serais devenu Bob, et aurais transmis mon propre abus. 

Si j’avais pris les injures de Bob personnellement, j’aurais absorbé une agonie que j’aurais inévitablement infligé sur d’autres, sans doute des enfants.

Mais l’abus de Bob n’avait pas plus à voir avec moi que ma fatigue avait à voir avec Bob.

Il s’est déchainé sur moi parce qu’il savait la vérité au fond de lui, mais ne pouvait l’accepter. 

Il a essayé de m’humilier parce que, dans son esprit, un de nous deux devait être humilié – et c’est moi qui avait commencé !

Il a fait le mal afin de protéger la ”vertu” du mal.

Et il est temps pour nous – pour nous tous, autour du monde – d’arrêter.

Comment Changer

Je prévoyais à l’origine que ce livre allait être plus long, mais lorsque j’ai atteint ce point dans mon texte, j’ai commencé à ressentir une anxiété grandissante, qui était difficile à comprendre pour moi. J’ai cru que c’était parce que j’avais commencé ce livre sans plan, et que je me perdais dans mes mots. Cependant, lorsque ma femme et moi avons relu le livre ensemble, il était clair qu’il coulait vraiment bien. 

La nuit dernière, nous sommes allés prendre une marche, et avons discuté la forme et le contenu de ce livre. En 16 mois à peine, j’ai produit plus de 800 podcasts, et je ne suis même pas près de commencer à manquer de sujets !

Néanmoins, quand vous avez été immergé dans une discipline pendant un quart de siècle, il peut être difficile de se souvenir ce que c’est de commencer. Je suis maintenant certain que mon anxiété provient d’une inquiétude qu’un livre plus long serait trop dur à digérer. Quand vous voulez manger un dessert, cinq tartes ne sont pas meilleures qu’une tarte.

Nous allons sûrement nous reparler, mais je pense que nous avons assez parlé pour l’instant. 

Les idées de ce livre vont changer votre vie si vous réfléchissez sur elles, et agissez sur elles. Le but de la philosophie n’est pas la pensée, mais l’action – tout comme le but de la médecine n’est pas le traitement, mais la santé.

Ces idées sont dans votre esprit à présent, et ne s’en iront jamais. Vous ne serez pas plus capable de les faire disparaître que d’oublier que deux plus deux font quatre. Il est donc essentiel que votre aventure ne s’arrête pas à lire ce livre. Il est essentiel que la philosophie soit une conversation dans votre vie – que vous parliez de votre expérience et de ces idées avec ceux autour de vous, peu importe à quel point c’est terrifiant. 

Ce livre n’est pas un appel à la méditation, mais à l’action. 

Dans un monde rempli de faussetés, la vérité vous isolera si vous ne restez pas dans la conversation.

Alors – allez et vivez la vérité en disant la vérité.

Pour davantage d’information sur la philosophie, veuillez visiter Freedomain Radio au www.freedomainradio.com pour des podcasts gratuits, des articles, des vidéos et une communauté virtuelle florissante.
Traduit en français par Jean-Filipe Bergeron.

Article Categories:
Philosophie

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